Sommaire

CHAPITRE IV L'église Saint-Michel depuis le Concordat.

Quand le nouvel évêque du diocèse de Dijon, Mgr Henry Reymond, entreprit, en 1803, de réorganiser son diocèse qui comprenait alors les deux départements de la Côte-d'Or et de la Haute-Marne, il confia la direction de la paroisse Saint-Michel à M. Philippe Deschamps. C'était un choix heureux : né à Dijon, le 9 octobre 1742, M. Deschamps était, depuis 1770, mépartiste de l'église Notre-Dame, quand éclata la Révolution. Il refusa le serment et fut un de ces prêtres courageux qui, au prix de mille dangers, continuèrent à se dévouer au service des catholiques privés de leurs églises et de leurs pasteurs ; on trouve son nom dans nombre des actes de catholicité de cette époque troublée. A ce ministère difficile, il avait acquis une expérience consommée et une grande autorité, aussi n'est-on pas surpris de voir Mgr Reymond quittant Dijon le 23 juin 1803, pour entreprendre sa première visite pastorale, appeler M. Deschamps dans le conseil composé de cinq membres 190 auquel il confiait, en son absence, l'administration de son vaste diocèse.

Le premier soin du nouveau curé de Saint-Michel fut de purifier liturgiquement son église tant de fois et si longtemps profanée, puis il se mit courageusement à l'œuvre pour rétablir l'ordre dans les esprits et dans les choses. La tâche était malaisée : sans doute les excès de la Terreur, les déplorables conséquences pratiques de la suppression de l'enseignement religieux pendant plusieurs années, avaient ouvert les yeux à beaucoup qui applaudissaient au rétablissement du culte catholique ; niais ce changement provoquait chez d'autres des mécontentements et des craintes. Ceux qui avaient fait la Révolution, ceux qui en avaient profité, et ils étaient nombreux, ceux qui ne séparaient pas l'Eglise de certains abus de l'ancien régime, s'indignaient à la seule pensée de voir rentrer officiellement dans les églises ce clergé catholique dont presque tous les membres, en franchissant la frontière, leur semblaient avoir, à un moment donné, fait cause commune avec les émigrés et pris parti pour l'étranger. Le tact et la prudente sagesse du nouveau curé surent vite faire tomber les préventions et ramener la paix dans les esprits.

Avec l'aide des chrétiens fervents dont il excellait à utiliser le zèle en le modérant, il se mit à panser d'abord les plaies de son église dévastée et à y rétablir ce qui était indispensable pour l'exercice du culte paroissial. L'édifice était dans un état lamentable : à l'extérieur, le grand portail et les portes latérales étalaient leurs niches vides et les mutilations récentes de leurs riches sculptures, les toitures laissées sans entretien pendant des années ne protégeaient plus les voûtes contre les intempéries ; à l'intérieur, sur les murailles nues et dans les chapelles dépouillées, apparaissaient partout les traces des destructions violentes, les autels étaient ruinés, les vitraux brisés. La fureur des démolisseurs s'était surtout acharnée sur les monuments funèbres si nombreux dans j'église Saint-Michel ; bien entendu, la sacristie était vide : argenterie, livres, linge, ornements, mobilier, tout avait disparu.

Les ressources pécuniaires manquaient pour entreprendre la restauration complète de l'église, M. Deschamps dut se borner à ce qui était absolument indispensable. Le maÎtre-autel et la chapelle des fonts furent tout d'abord l'objet de ses soins : il ne pouvait songer alors à rendre au grand autel ses ornements de cuivre doré, il rétablit du moins le gradin avec le tabernacle fermé par une simple porte en bois, répara les marches de l'autel et la grille du sanctuaire. Celle de la chapelle des Fonts, travail de serrurerie médiocre, porte la date de 1803, la pauvre boiserie de chêne qui c ouvre la muraille de cette chapelle et s'applique maladroitement sur les colonnes de la basse nef, est de la même année.

Pour le mobilier, M. Deschamps s'adressa surtout aux brocanteurs dont les boutiques étaient alors remplies des dépouillés des églises et des couvents jetées sur le marché par les pillages révolutionnaires et les ventes nationales. Malgré sa prudente économie, quand,, le 4 janvier 1804, il rendit compte de la situation financière aux marguilliers installés quelques 192 jours auparavant, la caisse de l'église était vide et il était d–, à différents ouvriers, vitrier, couvreur, serrurier, fondeur, 4,606 fr. 55, et à divers particuliers, pour avances faites par eux, 8,245 fr. 85, soit, au total, un découvert de 12,842 fr. 40. Le 21 juin 1804, le nouveau conseil de fabrique, nommé par MM. les vicaires généraux, entrait en fonctions et apportait son concours à M. Deschamps pour couvrir cet inquiétant déficit et continuer petit à petit les restaurations commencées.

La chaire si souvent profanée pendant la Révolution avait subi de graves détériorations : les figures de la cuve et les anges du dossier étaient mutilés. Le sculpteur Daujon, l'auteur de la statue de Saint-Michel qui surmonte le buffet des orgues, avec l'aide du menuisier Nefflier, fut appelé à faire disparaÎtre ces blessures.

En même temps qu'il faisait restaurer les sculptures de la chaire, M. Deschamps, et on ne saurait trop l'en louer, obtenait la restitution du bas-relief du Jugement dernier de Nicolas de la Cour, et les fabriciens chargeaient le sculpteur Nicolas Bornier, professeur à l'Ecole des beaux-arts, de replacer ce précieux morceau, avec tous les soins possibles, dans le tympan de la grande porte d'où il avait été enlevé dix ans auparavant. Quelques objets mobiliers et différents tableaux provenant des églises et des couvents de Dijon furent, en outre, attribués à l'église Saint Michel, sur la demande de M. Deschamps ; notons, parmi les objets d'art, quatre grandes toiles de Krauze provenant de la Chartreuse de Champmol, la Nativité, 193 - l'Adoration, des bergers, l'Adoration des mages et la Fuite en Egypte, deux tableaux de Gabriel Revel, l'Annonciation et Jésus chez Marthe et Marie, venant probablement de l'église du couvent des Ursulines.

Pour répondre au désir de M. Philippe Deschamps qui avait une grande confiance en la Sainte Vierge et en son saint patron, les fabriciens réparèrent successivement les deux chapelles dédiées l'une à la Sainte Vierge, l'autre à saint Philippe, de chaque côté du chœur, à l'extrémité des collatéraux. L'argent était rare, aussi dans la chapelle Saint-Philippe, dut-on se contenter de dresser, sur l'ancien autel de marbre, quatre colonnes corinthiennes en bois peint groupées deux à deux, entre lesquelles prit place la statue actuelle de saint Philippe achetée à Paris pour remplacer celle de Jean Dubois disparue pendant la Révolution. Le rétablissement de cette chapelle entraÎna une dépense de 1,737 francs dont M. Deschamps prit partie à sa charge, ses initiales P. D. se voient au panneau central de la grille.

Peu à peu, grâce aux ressources fournies par de généreux paroissiens, quelques-unes des chapelles des basses nefs, reçurent des autels provenant pour la plupart d'autres sanctuaires ; ainsi l'autel de bois peint en noir avec- ornements dorés et tableau formant retable dans la chapelle Sainte-Ursule provient du couvent des Ursulines, celui de la chapelle Saint-Francois de Sales du couvent de la Visitation. En 1806, Mme de Marliens organisait à ses frais la chapelle aujourd'hui consacrée au Sacré-cœur, dans laquelle ont été inhumés plusieurs membres de sa famille, et obtenait de la fabrique l'autorisation d'y apposer une inscription rappelant le souvenir de l'un d'eux, Philibert-André Fleutelot de Marliens, doyen du Parlement de 13ourgogne, mort à Versailles, le 23 janvier 1787.

Sur la demande de M. Deschamps, la fabrique remplaça, en 1807, la porte en bois du tabernacle du maître-autel par une fermeture plus convenable et plus solide. M. Duperrier, fondeur, se chargea, pour la somme de trois cents francs, de faire la porte cri cuivre doré qui existe encore sur laquelle est figurée l'arche d'alliance. L'année suivante, un don anonyme de 1,400 francs permit d'acquérir, du même fondeur, pour le maÎtre-autel, six chandeliers de cuivre et un pied de croix argentés et ciselés de bon style.

M. Duperrier consentir à reprendre les anciens chandeliers et le pied de la croix, la dépense totale s'éleva à 21250 francs.

En 1805, grâce à un don de 600 francs fait à l'église par Mme Henriette Cottin, veuve de M. Thomas Laverne, une petite cloche venait rejoindre, dans le vaste beffroi de la tour centrale, l'unique cloche épargnée par la Révolution. La nouvelle cloche qui pesait 315 livres, se brisa bientôt et un don de 1,200 francs permit de la remplacer par une autre plus importante, de 802 livres, qui fut bénite, le 23juillet 1806, par M. le curé Deschamps, en présence de M. Durande, maire de Dijon. Cette cloche sonna toutes les messes jusqu'en 1860.

Le même M. Durande proposa, en 1809, à la fabrique de lui céder la flèche démolie depuis de l'ancienne 197 église Saint-Jean, à la condition de la transporter sur la tour centrale de l'église Saint-Michel. La fabrique dénuée de ressources refusa de s'engager dans une pareille entreprise ; le projet fut cependant étudié, mais il n'aboutit pas et il n'y a pas à le regretter, car, par suite du mauvais état de la flèche dépouillée des plombs qui protégeaient sa base, la dépense aurait été considérable, sans permettre d'espérer un heureux résultat, la flèche se trouvant trop grêle pour la tour évidemment destinée à un tout autre couronnement.

La fabrique avait d'ailleurs assez à faire pour préserver de la ruine les parties hautes de l'église longtemps laissées sans entretien. Il fallut vers 181 1, pour éviter une catastrophe, consolider la calotte de pierre de la tour nord du portail, à l'aide d'agrafes de fer que l'on aperçoit faisant saillie, d'une façon assez disgracieuse, sur les nervures du dôme. En 1815, il pleuvait sur les voûtes, les tuiles tombaient du clocher central et brisaient, dans leur chute, les couvertures d l'église ; l'argent manquait pour les réparations les plus urgentes. La fabrique était alors si pauvre qu'elle dut inviter les prêtres habitués à se procurer, à leurs frais, la cire et le vin nécessaires pour la célébration de leurs messes.

Des réparations furent faites aux toitures de l'église pendant l'année 1819, on éleva alors la lanterne en pierre de la tourelle du clocher central qui fut couvert du toit d'ardoise assez disgracieux qui existe encore.

Dès l'année 1811, M. Jean-Edme Durande, avocat, avait obtenu la remise de la statue de saint Yves par Jean Dubois provenant de la Sainte-Chapelle et l'avait 198 - érigée dans la seconde chapelle du collatéral sud où il fonda une messe annuelle pour les âmes des avocats du barreau de Dijon décédés. A cette époque, on répara pauvrement le monument funèbre de l'avocat Cl.-Francois Jeannin (1630-1698) que l'on voit dans cette chapelle. M. Deschamps lui rendit un moulage du buste de Jeannin, l'une des meilleures œuvres de Jean Dubois, buste en marbre conservé à la Bibliothèque municipale de Dijon, mais il a perdu avec les deux génies qui accompagnaient l'image du défunt, tous ses ornements de bronze doré. Un ancien dessin conservé à la 13ibliothèdue nationale permet de se rendre compte de ce qu'était ce monument dans son intégrité.

M. Deschamps qui avait le goût des arts et aurait voulu rendre à son église sa splendeur d'autrefois, souffrait de voir encore dans ses nets les traces douloureuses des dévastations révolutionnaires. Peu à peu, suivant les ressources dont il disposait, il s'efforça de panser ces plaies et de rétablir ce qui avait été détruit.

La grande chapelle du transept sud, l'ancienne chapelle des diables, ruinée lors de l'installation à Saint Michel du culte de la Raison, étalait toujours dans l'église le retable de Jean Dubois outrageusement inutile ; M. Deschamps entreprit de restaurer cette chapelle pour y transporter le siège de l'antique Confrérie des rois qu'il tenait à rétablir dans sa paroisse. Il fut aidé dans cette tache par d'anciens confrères, MM. Antoine-Bernard Amiot et Jacques Camus, huissier, qui avaient religieusement conservé les archives de la Confrérie. Le 23 décembre 1821, M. Deschamps réunit à la sacristie anciens et nouveaux 199 confrères, leur fit part de son dessein et, pour renouer la tradition, on procéda, suivant le mode accoutumé, au tirage au sort du roi. Le 6 janvier suivant, fête de l'Epiphanie, l'association reconstituée lit célébrer une messe à sept heures ; il y eut, ce jour-là, distribution -de pain bénit, sermon après les vêpres, 7e Deum et procession ; mais la chapelle destinée à devenir, sous le vocable des Trois-Rois, le siège de la Confrérie, était alors dans un tel état de délabrement avec son grand retable mutilé, ses sculptures brisées, ses niches vides, ses marbres rompus, qu'on ne pouvait songer à y célébrer la fête. On se contenta de placer, ce jour-là, sur l'autel de la chapelle Saint-Philippe, une statue de l'Enfant Jésus.

Immédiatement on se mit à l'œuvre pour adapter la chapelle du transept sud à sa nouvelle destination. Le sculpteur Jean-Louis-Joseph Moreau (1797-1855), le chef d'une légion d'artistes distingués, fut chargé de remplacer, dans le cadre de marbre qui surmonte l'autel, les restes du saint Michel de Jean Dubois, par un bas-relief représentant l'Adoration des rois. Le menuisier Nefflier fit un autel en bois et un banc avec pilastres cannelés pour les dignitaires de la Confrérie.

La chapelle restaurée fut inaugurée, en grande pompe, le 24 novembre 1892, jour de la fête de saint Bénigne, apôtre de la Bourgogne.

M. Deschamps avait eu soin de replacer, dans les niches des pilastres du grand retable, les statuettes d'anges qu'il put retrouver, il s'ingéniait à faire rentrer dans son église, quand l'occasion s'en présentait, les objets d'art qui lui avaient jadis appartenu, ou même à y donner asile à ceux provenant d'autres sanctuaires qu'il pouvait se procurer. Telle l'intéressante sculpture du quinzième siècle, débris d'une de ces populaires mises au tombeau, multipliées par la piété de nos pères, que M. Deschamps plaça, en 1824, sous la voûte d'une grotte en rocaille, dans l'ancienne chapelle des Cinq-Plaies, la première du collatéral sud. De l'ancienne représentation de la scène, le Christ, les deux personnages tenant le linceul ont disparu, subsistent seuls taillés dans la même pierre les témoins de l'ensevelissement de la sainte Vierge, saint Jean, Marie-Madeleine, Marthe et Marie. D'après une note de M. Batidot, s'autorisant du dire de M. Deschamps lui-même, cette sculpture proviendrait de l'église des Jacobins, devenue un marché et démolie, en 1874, lors de la construction des halles. Il aurait été acheté 20 francs, à un nommé Dumont. Un tombeau en pierre très simple formant autel a été disposé, au-devant des personnages qui lui servent de retable ; les roches de la grotte rustique proviennent, en partie, du jardin que Mme veuve Bazire possédait au-dessus du cavalier de la porte Saint-Pierre. Trois croix de bois noir se dressent au-dessus de la voûte sépulcrale ; derrière ces croix une toile peinte tamise la lumière de la fenêtre et figure les murs de Jérusalem, enfin une haute grille de fer ferme la chapelle et remplace la clôture en pierre de l'ancienne chapelle des Cinq-1llaies.

Différentes réparations durent être faites aux vitraux et aux toitures de l'église ; en 1821, le collatéral nord vit disparaÎtre sa vieille couverture en 201 pierre, à la mode bourguignonne, et les ® laves ¯ furent remplacées par des tuiles. Il n'y a pas lieu de noter ici, en détail, tous les travaux d'entretien, mais on ne peut passer sous 'silence la dernière opération importante entreprise par M. Deschamps pour faire disparaÎtre de son église, par un badigeonnage général, les dernières traces des destructions révolutionnaires. Le 21 mai 1829, un marché à forfait était conclu, et moyennant la somme de 1,200 francs, Morillot, couvreur, Roger et Galliac, plâtriers, s'engageaient à couvrir de badigeon toutes les parois intérieures de l'église. Un fabricien fut chargé de choisir la teinte et il eut le bon go–t de s'en tenir à la couleur même de la pierre. Le travail fut achevé le 27 août, les boiseries avaient été revernies et l'intérieur de l'église retrouvait, à la satisfaction de tous, un aspect net qu'on ne lui connaissait plus depuis longtemps. Pour rappeler la date de cette opération ardemment désirée par les paroissiens, les ouvriers avaient peint, au-dessus de la fenêtre centrale du chœur, le millésime 1829, il a disparu, en 1896, lors de la restauration du chœur par M. Charles Suisse, qui eut la fâcheuse idée de supprimer les enduits anciens, pour laisser apparaÎtre le médiocre appareil des murailles. Cependant le badigeon de 1829 recouvre encore les transepts et les nefs, mais il a, et depuis bien des années, perdu sa fraÎcheur, est devenu sale et noirâtre et s'écaille de toutes parts ; à certains jours, sous l'influence de l'humidité, il tombe des voûtes par plaques et saupoudre d'une poussière jaunâtre les chapeaux des dames et les vêtements des assistants. Quand verrat-on un nouvel enduit rendre, à l'église Saint-Michel, l'air de jeunesse qu'elle avait retrouvé en 1829 et qu'elle a perdu depuis trop longtemps ? Jamais on ne se rendra compte de tout ce que M. Deschamps a fait pour sa chère paroisse ; il aurait voulu faire plus encore et travailla infatigablement à lui rendre quelque chose de ses trésors perdus les inventaires mobiliers, soigneusement dressés, permettent de suivre l'enrichissement régulier de la sacristie si pauvre, si dénuée de tout, à la réouverture des églises : en 1820, M. Deschamps offre l'ostensoir d'argent dont on se sert encore aujourd'hui, un ange agenouillé y soutient une gloire de rayons dorés. L'ange et le pied ne seront dorés qu'en 1874, mais dès 1820, la lunette était enrichie de diamants et de rubis. A ce riche présent, M. Deschamps joignit l'exposition cri bois sculpté et doré qui se place au-dessus du tabernacle, un bel encensoir d'argent, style Louis XVI, de provenance inconnue, des ornements précieux et quantité d'autres objets pour la plupart anciens, et toujours de bon go–t.

Si du matériel, nous pouvions passer au spirituel, combien plus importante encore nous apparaÎtrait l'œuvre de M. Deschamps ! Tout fut réorganisé par ses soins, dans la paroisse : comme il avait rétabli la Confrérie des rois, il rétablit celles du Saint-Sacrement et de la Sainte-Vierge, l'Association des dames de charité, celle de la bonne mort, la maison des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, etc.

Il applaudit et prêta son concours à la grande - 203 mission de 1824 qui a laissé, à Dijon et dans la paroisse Saint-Michel, des souvenirs encore vivants ; elle s'étendit à toute la ville, s'ouvrit le mercredi des cendres, sous la direction de M. l'abbé Rauzan, supérieur des missions de France, et se poursuivit, dans les différentes paroisses, pendant tout le Carême. A Saint-Michel, les prédicateurs furent MM. Férail, Poncelet et Levasseur : chaque jour, à 5, h. li2 du matin, instruction familière suivie de la messe, le soir, sermon ou conférence et salut. Les prédications du soir attirèrent, à l'église Saint-Michel, un grand concours d'auditeurs particulièrement aux fêtes de la rénovation des promesses du baptême, de l'amende honorable, de la consécration à la sainte Vierge qui furent célébrées avec toutes les pompes et décorations usitées en pareilles circonstances. L'ornementation de l'église, pour la cérémonie de la rénovation des promesses du baptême, fut surtout admirée : entre les piliers de la grande nef étaient suspendus des médaillons entourés de guirlandes de verdure sur lesquels on lisait les Commandements de Dieu.

Le 11 avril, eut lieu, à Saint-Michel, la communion générale des femmes, celle des hommes se fit, à la cathédrale Saint-Bénigne, le lundi de Pâques. La mission se termina, le 22 avril, par une procession solennelle qui, en cinq heures, parcourut les différents quartiers de la ville. Cent cinquante hommes y portèrent tour à tour sur leurs épaules le grand crucifix qui, le lendemain, fut dressé en avant de la porte de Condé, là où est aujourd'hui la place Darcy, à l'embranchement des deux routes de Paris. Cette 204 croix est maintenant à la cathédrale, dans le transept nord, où elle a été transportée en 1830.

M. le curé Deschamps et l'église Saint-Michel se rattachent à un fait de la vie d'Henri Lacordaire qui doit trouver place dans ce récit, le voici tel que le P. Lacordaire l'a raconté lui-même. Quand Henri Lacordaire qui avait été confié à un de ses oncles pendant quelques années, eut atteint l'âge de discrétion, comme disaient nos pères, sa mère le rappela près d'elle, à Dijon, afin de lui faire commencer ses études classiques et elle le conduisit au curé de sa paroisse pour faire ses premiers aveux.

® Je traversai le sanctuaire, dit-il, et je trouvai seul dans une belle et grande sacristie, un vieillard vénérable, doux et bienveillant. C'était la première fois que j'approchais du prêtre ; je ne l'avais vu jusque là, qu'à l'autel, à travers les pompes et l'encens.

M. l'abbé Deschamps (c'était son nom) s'assit sur un banc et me fit mettre à genoux près de lui.

J'ignore ce que je lui dis et ce qu'il nie dit lui-même, mais cette première entrevue entre mon âme et le représentant de Dieu, me laissa une impression pure et profonde. Je ne suis jamais rentré dans la sacristie de Saint-Michel de Dijon, sans que ma première confession me soit apparue sous la forme de ce beau vieillard et de l'ingénuité de mon enfance. L'église tout entière de Saint-Michel a, du reste, participé à ce culte pieux, et je ne l'ai jamais revue sans une certaine émotion, qu'aucune autre église n'a pu m'inspirer depuis. Ma mère, Saint-Michel et ma religion naissante font dans mon âme une sorte d'édifice, le - 205 premier, le plus touchant et le plus durable de tous (1). (1) Notice sur le rétablissement en France de l'ordre des Frères prêcheurs, passage cité par m. Foisset, dans sa Vie du R. P. Lacordaire, t. 1, P. 31.

Le curé de l'église Saint-Michel qui avait fait sur le jeune Henri Lacordaire une telle impression, était un prêtre d'une haute piété, un véritable pasteur ; il se consacrait tout entier au soin des âmes et au soulagement de toutes les misères. La visite des malades, l'instruction religieuse des enfants et les confessions absorbaient la plus grande partie de ses journées allongées par ses habitudes matinales et l'austère régularité de sa vie. L'élévation de son esprit, ses connaissances étendues et variées, la sûreté de son commerce et l'aménité de son caractère lui avaient valu de précieuses amitiés qu'il sut toujours cultiver, malgré les labeurs absorbants de sa charge. L'une de ces amitiés mérite d'être rappelée ici, c'est celle qui l'unit, dès sa jeunesse, à M. Guillaume Leprince, devenu chanoine de la Sainte-Chapelle de Dijon, après avoir cédé à M. Philippe Deschamps, sa stalle de mépartiste de l'église Notre-Dame. Tous deux avaient passé par les, mêmes épreuves, ensemble ils avaient mangé le pain amer de l'exil et jusqu'à la mort qui, seule put les séparer, ils habitèrent sous le même toit, rue Longepierre, no 3, entourés l'un et l'autre de la même vénération. Les liens qui unissaient ces deux amis étaient si forts que quand une ordonnance royale rendant hommage aux mérites de M. Leprince, vint l'appeler à un siège épiscopal, il refusa la mitre, pour ne pas quitter son ami, dès qu'il se fut assuré que celui-ci n'abandonnerait jamais son église Saint-Michel, pour venir partager avec lui le lourd Fardeau de l'administration d'un diocèse.

M. Leprince mourut le premier, le 15 mars 1825, assisté, à ses derniers moments, par son vieil ami qu'il avait si heureusement aidé dans l'œuvre laborieuse de la réorganisation de la paroisse. Ancien chanoine de la Sainte-Chapelle, il tint à réparer, par une fondation pieuse dans l'église où il a eu lieu, le sacrilège de la destruction de la Sainte Hostie, tout en assurant des prières aux fondateurs de la Sainte-Chapelle, à ses bienfaiteurs et chanoines, à ses parents et à lui-même. Voici quelques lignes extraites de la note non signée laissée par M. Leprince pour indiquer ses intentions qui furent exactement observées - ® MM. les administrateurs de la fabrique Saint Michel, à Dijon, feront célébrer dans leur église, chaque année et à perpétuité, le 10 février, une grand'messe solennelle sans orgue, pro reparatione injuriarum SS. Sacramento, pendant laquelle, le Saint-Sacrement sera exposé et à la fin seront chantés le trait Domine, non secundum, les versets et oraisons poenitentibus, puis 0 salutaris hostia, à deux fois, suivis de l'Amende honorable et de la bénédiction du très Saint-Sacrement, M. le Curé sera prié d'annoncer au prône cette cérémonie et d'en indiquer l'objet, le dimanche qui la précédera, et d'y inviter les paroissiens.

Le lendemain, il fera célébrer, au grand autel, une messe basse de Requiem, pour le repos de l'âme des fondateurs, des bienfaiteurs et des chanoines de l'église royale de la Sainte-Chapelle détruite.. 207 C'est sans doute de son ami, M. Leprince, que M. Deschamps tenait différents documents et objets mobiliers provenant de la Sainte-Chapelle, notamment un grand porte-cierges en bois sculpté orné de fleurs de lis qui sert encore, à Saint-Michel, pour les offices de 1:4 semaine sainte et un curieux manuscrit contenant les armes des chevaliers de la Toison d'or telles qu'elles figuraient sur les stalles de la Sainte-Chapelle. Ce manuscrit a été légué, par M. Deschamps, à l'Académie de Dijon, avec le beau médaillon en marbre du dauphin, sculpté par Jean Dubois, pour le monument élevé par Jean Gauthier, maÎtre aux comptes, dans son jardin de Plombières-lez-Dijon, en souvenir du séjour à Dijon de la reine et du dauphin, pendant la seconde conquête de la Franche-Comté, en 1674.

M. Deschamps survécut quelques années à son ami ; il était comme lui chevalier de la Légion d'honneur, et mourut, rue Longepierre, no 3, le 11 octobre 1831, à l'âge de 89 ans. Ses restes reposent au cimetière des Péjoces, ainsi que ceux de M. Leprince, dans la sépulture de M. le chanoine Cegaut, qui fut, lui aussi, curé de l'église Saint-Michel de 1867 à 1895.

Après la mort de M. Deschamps, le conseil de fabrique de la paroisse fit une démarche à l'évêché pour demander à Mgr Raillon de lui donner comme successeur son premier vicaire, M. Joseph Comparot.

La requête des fabriciens appuyée, on peut le dire, par le vœu unanime des fidèles ayant été favorablement accueillie, M. Comparot fut installé comme 208 - curé de Saint-Michel le 18 novembre 1831, par M. François-Nicolas-Madeleine Morlot, son ami, alors vicaire général, devenu plus tard archevêque de Paris et cardinal (1795-1862).

Né à Semur-en-Auxois, le 19 décembre 1793, M. Comparot se souvenait d'avoir vu, dans son enfance, arrêter, à Semur, un prêtre insermenté à la messe duquel sa mère l'avait amené ; en 1804, il avait aperçu Pie VII traversent Semur pour aller sacrer Napoléon, il avait plus tard servi la messe d'un des cardinaux exilés par ordre de l'empereur. Ordonné prêtre, le 20 décembre 1819, il fut immédiatement nommé vicaire à Saint-Michel et sa vie sacerdotale, dans si partie active tout au moins, a été consacrée tout entière à cette seule paroisse qu'il ne quittera que le 2 octobre 1854, pour aller occuper une stalle de chanoine à la cathédrale. Formé par M. Deschamps au ministère paroissial, associé à tous ses projets, devenu le confident de toutes ses pensées, M. Comparot s'appliqua à continuer son œuvre, partageant les efforts de son zèle entre l'ornementation de son église et le soin des âmes à lui confiées.

Obéissant à son inspiration, dès le 18 novembre 1831, le conseil de fabrique ouvrait une souscription pour élever, dans la chapelle Saint-Philippe, un monument destiné à renfermer le cœur de son prédécesseur, M. Philippe Deschamps, le prêtre vénéré qui avait tant aimé sa paroisse et s'était si généreusement dépensé pour elle au cours de sa longue vie. M. Forey, sculpteur, aidé de M. Paufard, marbrier, exécuta ce mémorial où l'on voit, au-dessus d'une porte - 209 sépulcrale en marbre noir, un ange en pierre montrant le ciel de la main gauche et soutenant un médaillon ou est sculpté en bas-relief - le profil du défunt d'après une aquarelle de M. Sébastien Morel.

La fabrique se trouvait alors aux prises avec de graves difficultés, les ressources financières lui manquaient et elle était obligée à la plus stricte économie.

Voici une preuve de sa pénurie : jusqu'alors il n'y avait comme moyen de chauffage, dans la sacristie, qu'une ® trappe de braise ¯ que l'on allumait dans les grands froids, au mépris des règles de l'hygiène, sans obtenir beaucoup de chaleur. M. Comparot ayant insisté pour que l'on y installât un poêle parce que les dames de charité y tenaient leurs réunions, on dut se contenter d'abord de louer un poêle faute d'argent pour en faire l'acquisition.

Sans se décourager, M. Comparot, s'inspirant des exemples de son prédécesseur, se mit résolument à l'œuvre pour continuer à améliorer l'aménagement et l'ornementation de l'église. Grâce aux générosités qu'il sut provoquer, le maÎtre-autel retrouva ses ornements en cuivre doré, les chandeliers et sa croix furent réargentés, la porte du tabernacle dorée ; les deux grandes statues de saint Augustin et de saint Ambroise par Jean Dubois, provenant de l'église Saint-Etienne, prirent place dans le sanctuaire de chaque côté de l'autel qu'elles écrasent un peu, deux beaux lustres de cristal offerts par un anonyme furent appendus à l'entrée du chœur. En 1840, la chapelle de la SainteVierge fut restaurée avec goût ; on prit soin de rétablir le vitrail de la fenêtre en employant tout ce qui subsis14 210 tait de l'ancienne verrière et en conservant le sujet représenté : la Vierge entre deux sibylles. M. de la Loge, fabricien, fut chargé de surveiller ce travail confié à M. Gérente, peintre-verrier à Choisy-le-Roi, et ce vitrail est de beaucoup le meilleur de l'église qui n'a gardé que de rares parcelles de ses célèbres vitraux du seizième siècle. M de la Loge qui était amateur de peintures, offrit pour compléter, l'ornementation de la chapelle, deux bons tableaux de sa galerie, l'éducation de la Vierge et la Visitation. Ces deux toiles furent placées de chaque côté du retable avec pilastres et fronton encadrant alors la belle statue de la Vierge du sculpteur dijonnais Bizac. Elles ont dû depuis céder la place à la grande Assomption de Nesles et sont aujourd'hui reléguées dans une des chapelles du collatéral nord.

L'église Saint-Michel n'avait pas de chemin de croix convenable. M. Comparot eut l'idée de s'adresser aux peintres dijonnais professionnels et surtout amateurs, et demanda à chacun d'eux de peindre une des stations. La culture des beaux-arts était alors- assez en faveur à Dijon pour que l'entreprise réussisse ; sans doute plusieurs des scènes du chemin de croix de Saint-michel témoignent de, plus de bonne volonté que de talent, mais l'ensemble n'est-il pas supérieur, comme valeur artistique, aux gravures coloriées que l'on rencontrait, à cette époque, dans nombre d'églises ?

La sacristie de Saint-Michel, dans laquelle on ne pénétrait alors que par l'unique porte donnant accès dans le chœur, fut, en 1838, mise en communication 213 avec la petite cour joignant la rue Buffon et avec la chapelle Saint-Philippe, grâce à l'ouverture de deux portes percées dans les murailles de la petite salle voûtée d'ogives qui forme le vestibule de la sacristie édifiée en 1700.

Sur la demande de M. Comparot désireux de mettre en honneur le culte du Sacré-Cœur, l'ancienne chapelle de Loysie qui s'ouvre en face du monument de M. Deschamps et que celui-ci avait consacrée à saint Jean-Baptiste dès 1806, devint, après une restauration complète, la chapelle du Sacré-Cœur. Elle fut bénite, sous ce vocable, le 5 novembre 1841, par Mgr Rivet. On y avait dressé un autel de marbre blanc, genre gothique, orné d'un retable en bois peint blanc et or encadrant un -tableau de forme ogivale d– au pinceau de M. Mazaroz ; dans le ciel, le Sacré-Cœur apparaÎt entouré d'anges adorateurs et, au bas, des anges portent les instruments de la Passion. Ce tableau d'une couleur agréable et d'un dessin facile a été remplacé, en 1875, par une statue de Jésus pénitent et l'on ne s'explique plus pourquoi le tabernacle et le crucifix qui le surmonte sont si petits, leurs dimensions minuscules étaient, en effet, commandées par la grandeur du retable supprimé, la peinture mesurant 3–, 15 sur 1- 20. La décoration de la chapelle où se trouve, en face de l'autel, une élégante piscine ancienne, fut complétée par un vitrail à dessin régulier, style renaissance, dans la bordure duquel apparaÎt plusieurs fois répétée la devise du fondateur : J'en suis de loysir.

A l'exemple de M. Deschamps, son successeur ne négligeait aucune occasion de remédier à la nudité de son église dont les chapelles étaient jadis remplies de monuments funèbres de tous genres : il accueillit avec empressement l'offre faite, en 1846, par Mme la comtesse d'Agrain, de transporter, à ses frais, dans la chapelle Sainte-Ursule, ancienne chapelle des Gagne de Pouilly, le monument élevé, dans l'église du couvent de la Visitation, à la mémoire de deux membres de sa famille, les frères Claude-Denis Marguerite et Guillaume-Olympe Rigoley de Puligny, morts le premier en 1769 et le second l'année suivante. La belle inscription qui rappelle leur mémoire et leur précoce élévation à la chaire de premier président de la Cour des comptes, est surmontée de la statue une femme assise suivant des yeux l'écoulement du sable,, dans un sablier, œuvre assez insignifiante du sculpteur Etienne-Pierre-Adrien Gois (1731-1823).

Le transept nord restait toujours vide et rien n'y avait remplacé le retable élevé de l'autel du Dieu de pitié ; il fallait là un autel d'assez grande dimension pour remplir cette vaste paroi et s'harmoniser avec la haute arcade de l'ancienne chapelle des Trépassés, devenue la chapelle des Rois. M. Comparot proposa d'y installer un autel dédié au prince des apôtres, pour rappeler le souvenir de l'ancienne paroisse Saint Pierre dont le territoire était alors presque entièrement englobé dans le périmètre de sa paroisse. Le gouvernement qui, en 1843, avait déjà envoyé à notre église un tableau de Camille Bouchet représentant la conversion d'un brigand par l'évangéliste saint Jean, voulut bien commander pour cette chapelle, au peintre 215 Raverat, nue grande toile (7 mètres sur 3 mètres), la Prédication de saint Pierre. Cette peinture forme le retable d'un autel renaissance en bois peint et doré, sur le devant duquel deux grisailles à fond d'or, séparées par les clés pontificales, représentent des scènes de la vie de saint Pierre. L'aménagement de cette chapelle fut terminé en 1847, la dépense totale 'éleva à plus de 7,000 francs.

Enfin, au cours de l'année 1854, M. Creusot fut chargé d'exécuter, sur un modèle trop uniforme, les quatre bénitiers en pierre ornés de têtes de chérubins qui remplacèrent les coquines de marbre aux portes de l'église.

Dès 1838, quand sous la pression de l'opinion publique, le gouvernement s'inquiéta de la protection due aux monuments intéressant l'histoire et l'art, le portail de l'église Saint-Michel fut officiellement classé. Toutefois cette mesure aient d'abord d'autre résultat pratique que d'attirer l'attention sur ce monument - en 1 2, la Commission départementale des antiquités de la Côte-d'Or fit monter le curieux chapiteau qui sert de piédestal à la statue de saint Michel, au trumeau de la grande porte, et étudia avec soin ses bas-reliefs@ (Voir mémoires de la Commission des antiquités de la Côte-d'Or, t. 111, P. xxv, compte rendu des travaux par M. Mallot).

Quelques réparations urgentes furent exécutées, en 1847, dans les toitures de l'église. L'année suivante, on constatait que la vieille couverture en plomb du porche laissait pénétrer l'eau qui dégradait les voûtes, et que cette partie de l'édifice était en péril ; on chercha 216 - à parer à ce danger, mais on eut le tort de substituer, par économie, le zinc au plomb. Sous l'influence des changements de température, la nouvelle couverture fut bientôt aussi mauvaise que l'ancienne et, avant la fin du dix-neuvième siècle, après des réparations successives toujours insuffisantes, on dut rétablir une couverture en plomb.

A différentes reprises, des malfaiteurs restés inconnus avaient pénétré dans l'église Saint-Michel et y avaient commis des vols ; plusieurs fois ils s'étaient introduits par la fenêtre de la chapelle de la SainteVierge, en se dissimulant, pour opérer leur escalade, dans un petit chantier clos de murs qui joignait cette partie de l'église et était loué, par la fabrique, à un charpentier. Dans un but de sécurité, le bail fut résilié, le clos et les baraques qu'il contenait, disparurent et on posa la grille de fer qui entoure l'église du côté de la place et celles qui, jusqu'en 1898, fermèrent les trois portes du porche, au grand portail. Ces différents travaux dont le co–t s'éleva à 4,359 francs furent achevés en 1851.

Fidèle à l'exemple donné par M. Deschamps, M. Comparot ne cessa jamais de poursuivre l'embellissement de son église, mais sans perdre de vue les intérêts spirituels de la paroisse qui lui était confiée. Pendant son long ministère, il ut se rendre compte p des besoins de ses ouailles et ne négligera rien pour leur donner satisfaction. Modestement, sans bruit, il organisa les petits catéchismes pour les jeunes enfants bien avant que l'autorité épiscopale les eut rendus obligatoires par une mesure générale ; il créa un ouvroir 217 pour les jeunes filles et s'employa surtout, avec le concours précieux de Mme Cabiran, l'une de ses paroissiennes, à maintenir, à Dijon, l'enseignement des Frères des écoles chrétiennes. Ou sait qu'en 1830, la municipalité dijonnaise confia toutes ses écoles de garçons à des instituteurs laïcs, c'est la charité des catholiques qui dut alors organiser et soutenir les écoles des Frères aimées de la population. M. Comparot s'occupa très utilement de cette œuvre si importante de l'éducation chrétienne des enfants du peuple et prodigua les efforts de son zèle pour la faire prospérer dans sa paroisse et dans la ville tout entière.

En 1854, sentant ses forces diminuer, M. Comparot demanda à être déchargé du fardeau du ministère paroissial qu'il avait exercé à Saint-Michel pendant trente-six années, et fut nommé chanoine de la cathédrale. Dans sa retraite, il ne cessa jamais de s'intéresser à son ancienne paroisse, aux écoles chrétiennes et à la vie religieuse dijonnaise : il applaudit et contribua largement à la construction de l'église Saint-Pierre, à la réouverture de l'église Saint-Jean. En 1858, il remit encore, à la fabrique de l'église Saint-Michel, une somme de 2,000 francs, pour assurer le luminaire et l'entretien des quatre chapelles Sainte-Ursule, Saint-Joseph, Saint-François de Sales et Saint-jean baptiste.

La fin de sa vie fut assombrie par la disparition successive de tous ses amis, M. Prost, curé de Chatillon-sur-Seine, Mgr Morlot, archevêque de Paris, M. Clerc, curé de Beaune, et par la perte de la vue 218 qui augmenta encore son isolement, sans altérer sa courageuse résignation.

Il mourut, rue des Novices, n 7 le 28 juin 1874, à l'âge de quatre-vingt-dix ans.

M. Jean-Baptiste Girardot qui fut appelé à remplacer M. Comparot, en 1854, naquit à Dijon le 31 mai 1812. Prêtre distingue et instruit, il avait été directeur du grand séminaire, secrétaire particulier de Mgr Pivet et curé de Montbard. Il dirigea sa nouvelle paroisse pendant onze années et s'efforça, lui aussi, d'embellir son église. Il fit, dans ce but, de nombreux projets ; certains, à son grand regret, ne purent aboutir.

Sous son administration les fenêtres du chœur furent garnies de vitraux peints. En 1857, S. E. le cardinal Morlot, archevêque de Paris, sollicité par son ami M. Comparot, offrit le vitrail de la fenêtre centrale dont l'exécution fut par lui confiée à M. Lobin, peintre-verrier à Tours. L'artiste y a reproduit le saint Michel de Raphaël, encadré dans nue profusion d'ornements brillants de couleurs mais rappelant trop l'étrange style soi-disant gothique mis à la mode par les dessinateurs romantiques. L'œuvre fut cependant généralement admirée lors de son installation, mais on s'accorda à reconnaÎtre le mauvais effet produit par ce grand vitrail de pleine coloration, au milieu de quatre hautes fenêtres de verre blanc, il parut nécessaire de les garnir elles aussi de vitraux peints. Une' souscription à laquelle M. Comparot apporta une très généreuse contribution, permit, 219 avec l'aide de la fabrique, de mener à bien l'entreprise. M. Lobin peignit, pour les fenêtres les plus en vue, celles joignant la fenêtre centrale deux verrières au milieu desquelles se détachent : sur un fond d'un dessin courant, l'Annonciation et le voyage de Tobie ; les vitraux des deux autres fenêtres ne comportent que des ornements formant une sorte de tapisserie et des chérubins. Quant à la grande copie du saint Michel de Raphaël qui dominait l'autel au-dessus de la boiserie du sanctuaire, elle fut placée beaucoup trop bas, dans la chapelle de la SainteVierge contre la paroi qui la sépare du chœur. Certaines personnes, un fabricien notamment, protestèrent demandant pour le patron de l'église une place plus convenable, et la grande toile qui le représente, est aujourd'hui au-dessus du tambour de la porte de la rue Buffon.

M. Girardot fut moins heureux quand il voulut rétablir, dans les niches du porche, les statues disparues. M. Buffet, sculpteur, se serait volontiers chargé de ce travail ; il prépara des maquettes, exécuta même, en 1857, deux statues, mais elles ne répondaient pas à l'attente des fabriciens qui les refusèrent et le projet auquel M. Girardot tenait beaucoup, n'aboutit pas.

En 1864, sur sa demande, une commission, composée de trois membres du conseil de fabrique, fut chargée d'étudier la transformation de la décoration de la chapelle de la Sainte-Vierge. On décida de remplacer l'ancien autel de marbre et son retable pour ne conserver que la statue de Bizac. L'ancien autel trouva 220 place dans la chapelle des Rois et M. Creusot fut chargé de le remplacer par un autel en pierre avec tabernacle et retable gothiques, garnissant grâce, aux deux portes qui l'accompagnent, tout le bas de la muraille, au fond du sanctuaire. L'artiste s'est attaché à emprunter soigneusement à la sculpture de l'église les différents motifs de sa composition, mais leur rapprochement ne produit pas un heureux effet et l'ensemble est loin d'être pleinement satisfaisant. M. Eugène Nesle (1819-1871) peignit au-dessus du retable surmonté de la statue, dans une tonalité trop sombre, une Assomption sans grand mérite, les voûtes et les murs de la chapelle reçurent une décoration polychrome qui s'étend à la chapelle Saint-Vincent de Paul. La dépense totale s'est élevée à environ 17,000 francs.

La famille de M. Girardot était originaire de Nuits où il venait de temps à autre ; pendant l'un de ses séjours dans cette ville, sortant le soir de l'église Saint-Symphorien où il aimait aller prier, il tomba par mégarde dans une fosse béante du cimetière qui entoure ce vieux sanctuaire. Personne n'entendit ses cris et il dut passer la nuit dans cette situation misérable exposé au froid de l'automne. Il mourut peu après, le 9 novembre 1865, rue Chabot-Charny, no 33, des suites de ce déplorable accident.

M. Girardot eut pour successeur M. Léger (23 novembre 1809-19 novembre 1867), ancien vicaire de Saint-Michel, qui avait été choisi, en 1858, pour organiser et régir la nouvelle paroisse Saint-Pierre. Son 221 succès dans cette tâche difficile et le souvenir de son zèle et de son dévouement lors de l'épidémie du choléra notamment, faisaient naÎtre les plus heureuses espérances pour l'église et la paroisse Saint-Michel ; mais Dieu en avait décidé autrement : installé le 21 janvier 1866, dix mois après, au jour anniversaire de la mort de M. Girardot, son prédécesseur, M. Léger était subitement emporté par la mort. Regretté de tous' il n'eut le temps de rien entreprendre et n'a pas laissé à Saint-Michel de traces matérielles de son passage comme curé. C'est lui cependant qui, grâce à un don anonyme, fit dorer la croix et les douze chandeliers du maÎtre-autel.

M. Claude Cegaut, curé de Pommard, fut appelé à remplacer M. Léger. Installé à Saint-Michel, le 17 février 1867, il se retira volontairement, en 1895, quand il sentit ses forces affaiblies par vingt-huit années d'un apostolat où il s'était dépensé sans compter. Très pieux, très modeste, poursuivant sans bruit les desseins inspirés par son ardent désir de sauver les âmes, M. Cegaut se consacra surtout à assurer la bonne organisation de sa paroisse et à y développer la vraie piété. Pendant son administration de nombreuses améliorations furent apportées à l'église.

Dès 1868, le Conseil de fabrique entreprit d'éclairer l'église au gaz. Les travaux furent terminés en 1869, ils entraÎnèrent la suppression des trois lustres en cristal appendus, deux à l'entrée et de chaque côté p du chœur, le troisième à la croisée du transept. Celui- - 222 - ci fut vendu, les pendeloques de cristal des deux autres ornent les appareils à gaz.

Pour le chauffage de l'église, en 1868, une première souscription n'avait pas réussi à réunir une somme suffisante ; le projet fut repris, étudié à nouveau et les travaux furent achevés au commencement de l'année 1870 qui amena les désastres de la guerre. Par deux fois, du 31 octobre an 17 décembre 1870, puis du 1er février au 28 octobre 1871, Dijon fut occulté par l'ennemi. L'église Saint-Michel eut à souffrir des douloureux événements de cette triste époque : le 29 octobre 1870, lors de la généreuse tentative de résistance de la ville de Dijon, une balle vint érafler la boiserie qui, à l'entrée du chœur, au côté de l'Epître enveloppe le pilier de la croisée du transept ; la blessure très apparente ne disparut qu'en 1873.

Pendant la double occupation prussienne, l'église Saint-Michel fut réquisitionnée à plusieurs reprises, par les généraux allemands, soit pour y enfermer des prisonniers français après la sanglante bataille de Nuits, soit pour célébrer le service religieux, catholique et protestant de l'armée ennemie victorieuse.

On peut juger de ce qu'eurent à souffrir, pendant ces jours d'angoisse, la foi et le patriotisme de M. Cegaut.

Après la première évacuation de Dijon par les Allemands, Garibaldi qui y avait établi son quartier général, trouva bon d'interdire de sonner les cloches.

Le 19 janvier 1871, le sonneur de Saint-Michel, Antoine Dard, fut arrêté et détenu pendant quelques heures pour avoir sonné une messe, malgré cette défense qu'il ignorait.

223 Les orgues de Saint-Michel s'étaient tues du 30 octobre 1870 au 8 janvier 1871. Ce n'est que le 17 mars 1871, que l'on recommença de sonner l'Angelus ; je lis, à cette date, dans un carnet sur lequel une personne, voisine de Saint-Michel, a écrit ses souvenirs de l'année terrible, la note suivante : ® 17 mars 1871, je me réveille croyant entendre une cloche d'ans le lointain ; un moment après, l'Angelus sonne à Saint-Michel, cela fait l'effet d'une résurrection, c'est la patrie qui se réveille ! "

Sous la prudente administration de M. Cegaut, grâce à ses efforts longuement continués, la paroisse Saint-Michel a pu recouvrer, pour bien peu d'années hélas ! un presbytère où tous alors croyaient assurer à toujours un logement convenable au curé et à ses vicaires. M. Philippe Deschamps, le premier curé concordataire de Saint-Michel, avait eu la pensée de léguer, dans ce but, à la fabrique, sa maison rue Longepierre, no 3, et sans la révolution de 1830, il aurait sans doute réalisé ce projet.

Dès la fin de l'année 1867, le maréchal Vaillant, cri souvenir de son père mort, le 14 décembre 1827, dans la maison qui fait l'angle de la rue Vaillant et de la rue Longepierre, avait mis à la disposition de M. Cegaut une somme de 20,000 francs pour aider à l'achat d'un presbytère quand la chose serait possible D'autres ressources vinrent augmenter ce capital qui sagement administré, en attendant une occasion favorable, permit d'acheter, cri 1882, un vaste immeuble rue Saumaise. Cette acquisition faite régulièrement au nom de la mense curiale de Saint-Michel, semblait assurer à jamais au clergé de cette paroisse l'usage de cette maison, mais les injustes rigueurs, conséquences de la loi de séparation, ont obligé le curé de Saint-Michel, pour continuer à jouir, pendant quelques années encore, d'un bien qui était le sien, à le louer au séquestre en 1909.

M. Cegaut avait une grande dévotion à saint Joseph et, en 1877, il entreprit avec l'aide de la fabrique et le concours des ; paroissiens, d'établir, sous ' son vocable, une chapelle dans son église. Il choisit, dans ce but, la cinquième chapelle du collatéral nord. Par ses soins elle reçut un autel décoré d'anges et dominé par la statue 'de saint Joseph sous un dais, le sol fut pavé en marbre. Dans la fenêtre prit place une verrière représentant le pape Pie IX proclamant saint Joseph patron de l'Eglise universelle.

La composition assez médiocre d'exécution se compose de deux parties : dans le haut, sur des nuages, saint Joseph assis tient l'enfant Jésus sur ses genoux ; dans le bas, le pape fait la proclamation en présence de Mgr Rivet, évêque de Dijon, d'un prélat dont l'identité reste incertaine, et de différents personnages représentant le peuple chrétien. Dans le fond, apparaissent le dôme de Saint-Pierre de Rome et le grand portail de l'église Saint-Michel de. Dijon.

Les murailles et la voûte se couvrirent d'une riche décoration peinte et, au-dessous de la fenêtre, M. Philippe Tête retraça, dans une suite de petits tableaux d'une couleur agréable, différentes scènes de la vie de saint Joseph, l'Ange lui apparaissant pendant son sommeil, la fuite en Egypte, la Vierge 225 berçant l'enfant Jésus, l'Atelier de Nazareth et la Mort @le saint Joseph. Ces différents travaux furent terminés en 1877. Une élégante console en bois doré et un grand porte-cierges en cuivre complétèrent le mobilier de cette chapelle qui a pour clôture une grille provenant de la chapelle de la Sainte-Vierge.

En 1881, la fabrique put enfin entreprendre la réfection depuis longtemps désirée du grand orgue : le travail fut confié à M. Ghys Jean-Baptiste, facteur d'orgues à Dijon, qui le mena à fin en 1884. Le nouvel instrument comprend quarante-quatre jeux dont trente entièrement neufs, avec quatre claviers et quatorze pédales de combinaison ; il fut reçu le 19 novembre 18'84 et la fabrique, pour témoigner à M. Guys sa satisfaction, ajouta 2,000 francs aux 30,000 convenus et lui commanda un orgue de chœur destiné à remplacer un vieil orgue d'accompagnement logé, au-dessus des boiseries du sanctuaire, dans l'ogive qui surmonte le monument funèbre des Fyot de la Marche.

M. Cegaut tint à procurer à sa paroisse le bienfait d'une mission et, en 1887, il appela trois Rédemptoristes les Pères Hubinet, Béthune et Pierre qui, pendant l'Avent, multiplièrent leurs efforts pour réveiller la foi dans les âmes. M. Cegaut avait adressé à chacun de ses paroissiens une lettre touchante pour les inviter à. profiter des grâces de la mission. Son appel, fut entendu et jamais peut-être un auditoire plus nombreux et plus recueilli ne se groupa autour de la chaire de l'église Saint-Michel. De nombreuses - 226 conversions récompensèrent les efforts des missionnaires qui ne sont point oubliés.

Dans le cours de l'année 1895, M. le curé Cegaut sentant ses forces faiblir demanda à être déchargé du ministère paroissial. Il se retira rue du Vieux-Collège, n', 11, et fut nommé, en septembre 1895, chanoine titulaire de la Cathédrale. Il mourut le 9 juillet 1897 à l'âge de soixante-seize ans.

M. Alexis Golinard, curé-doyen de Laignes depuis 1890, fut appelé à remplacer M. Cegaut dont il avait été le vicaire à Saint-Michel pendant treize ans, de 1877 à 1890. Il est aujourd'hui curé de cette église, et pour longtemps encore, si Dieu exauce les vœux de ses paroissiens. Avec lui nous entrons dans la partie à proprement parler contemporaine de l'histoire que nous avons entrepris de raconter. Notre tâche devient à la fois plus simple, les faits récents sont mieux connus, et plus délicate, car il s'agit d'hommes encore vivants, d'événements mêlés à nos luttes de chaque jour, hommes et événements vis-à-vis desquels nous n'avons ni la liberté d'esprit, ni le recul suffisant dans le passé pour espérer éviter les erreurs d'appréciation et de jugement. De plus, en ces dernières ,innées, l'organisation religieuse a été brusquement et profondément modifiée, en France, par la séparation de l'Eglise et de l'Etat ; l'Eglise s'est trouvée exposée à des rigueurs injustes, qui rappellent les mesures révolutionnaires. Si les violences contre les personnes lui ont été épargnées, elle a connu à nouveau les spoliations juridiques et les dures sévérités 227 d'une impitoyable légalité. Ces événements sont trop près de nous, ils pèsent encore trop lourdement sur notre vie nationale, ils divisent trop les esprits pour qu'il convienne de les développer ici et de tenter de les juger. Aussi nous bornerons-nous, dans la suite -de ce récit, à noter simplement la succession des faits, les dates, sans perdre de vue que notre but principal est de retracer l'histoire de l'église Saint Michel considérée surtout dans son individualité monumentale.

Depuis de longues années, aucune réparation importante n'avait été faite à l'extérieur de cette église qui se trouvait fort détériorée. Dans les parties hautes surtout, sous l'influence de la gelée, des pierres s'étaient désagrégées, des fragments de corniches, des sculptures, avaient disparu, de tous côtés les rampants des contreforts étaient disjoints et mutilés. Pour la conservation de l'édifice, comme pour la sécurité des passants, une restauration générale longtemps ajournée s'imposait. Les ressources de la fabrique prudemment ménagées permettaient de l'entreprendre et nous allons la voir se poursuivre sous l'administration de M. Golmard qui ne cessera d'y travailler avec un zèle infatigable et une inépuisable générosité.

Dès l'année 1892, un projet de restauration extérieure de l'église, divisé eu plusieurs parties, avait été préparé par M. Ch. Suisse, architecte des monuments historiques à Dijon. L'adjudication des premiers travaux, comprenant la restauration du grand portail et du pignon sud du transept, rue Buffon, 228 - eut lieu, à la préfecture, le 5 décembre 1895, immédiatement après l'installation de M. Golmard. Le montant du devis s'élevait à 50,377 francs, sur lesquels la fabrique devait payer 32,500 francs, le reste de la dépense prévue restant à la charge de l'Etat et de la ville de Dijon. Cette dernière accordait une subvention de 2,000 francs, son unique contribution à la restauration d'un monument dont les Dijonnais sont justement fiers.

Les travaux commencèrent, au printemps de l'année 1896, par la tour nord et la partie centrale du porche ; la grande porte centrale fut fermée et elle ne se rouvrira que trois ans plus tard, en 1899. Dans cet intervalle de temps, sous la direction de NI. Ch. Suisse, on remplaça toutes les pierres défectueuses et on rétablit avec soin la plupart des sculptures formant la riche décoration du porche ; la plupart, disons-nous, car, malgré leur insistance, les fabriciens se heurtèrent à un refus formel quand ils demandèrent le rétablissement de la t te du prophète Daniel dans 1'ui-i des deux médaillons accompagnant l'arcade nord du porche ; tout ce qu'ils purent obtenir, en fait de restitution de ce genre, fut que l'on remplaçât, à la voûte de 1'arcade centrale, l'un des quatre évangélistes, saint Mathieu, qui avait disparu.

La porte sud du grand portail, qui jusque-là était restée ouverte, fut à son tour fermée, le 5 juillet 1897, pour l'installation des échafaudages nécessaires à la réparation de cette partie de l'édifice. Les fidèles ne pourront plus pénétrer dans l'église par le grand portail jusqu'à l'ouverture du carême de 1899, après 229 l'achèvement de la restauration de la façade et l'établissement du parvis actuel.

On sait qu'au dix-huitième siècle, le parvis avait été surélevé, devant le porche, au niveau du dallage des nefs, pour l'établissement de caveaux funèbres dont l'entrée se trouvait à l'intérieur de l'église.

M. Suisse avait d'abord préparé un projet de restauration du vieux parvis dans les mêmes conditions, en conservant les marches permettant d'y monter et en y remplacent l'asphalte par un dallage en pierre plus monumental. Mais, le 9 juillet 1897, un sondage opéré sous la voûte centrale du porche, au pied des colonnes, ainsi la découverte des bancs de pierre qui, dans le plan primitif, suivaient les ressauts de l'emmarchement existant alors sous les voûtes du porche. M. Suisse n'hésita pas un instant à supprimer les grilles qui, depuis 1851, fermaient les trois arcades et à abaisser le parvis pour rétablir l'emmarchement et les bancs retrouvés. Il fallut nécessairement, le sol de la rue s'étant surélevé, abaisser la voûte des caveaux et établir le nouveau parvis en contrebas de la chaussée. Ce parti souleva d'abord d'assez vives critiques : n'obligeait-il pas les paroissiens à descendre dans le parvis pour remonter ensuite à l'église ? Il était impossible d'éviter cet inconvénient du moment que l'on voulait replacer les anciennes marches sous les voussures du porche, et il faut reconnaÎtre que la suppression du parvis surélevé au dix-huitième siècle et l'abaissement du sol sous les voûtes du porche rendent aux lignes de la façade leur harmonie et produisent un heureux effet.

- 230 Pendant que la restauration du grand portail se poursuivait lentement, même pendant l'hiver 18961897 qui fut très doux, M. le curé Golmard, sans demander aucun concours pécuniaire à la fabrique, entreprenait, dans son église, d'importants travaux. Non seulement il aménageait avec soin la sacristie, faisant peindre ses murailles et ses voûtes, garnir de vitraux ses fenêtres et badigeonner la salle voûtée lui servant de vestibule, remplaçant tous les meubles, mais il y ajoutait un complément depuis longtemps jugé indispensable et élevait, non sans grandes dépenses, dans la cour donnant rue Buffon, un petit bâtiment renfermant une pièce où le curé peut recevoir les personnes désireuses de l'entretenir en particulier.

M. Golmard prenait encore à sa charge la réparation intérieure du chœur, des chapelles Saint-Philippe, du Sacré-Cœur et de l'ancienne chapelle des Gros, petite sacristie de la chapelle de la Sainte-Vierge. La dépense dépassa de beaucoup les prévisions, car il fallut, dans la chapelle Saint-Philippe, remplacer, près de l'autel, une colonne et son chapiteau, puis, après l'enlèvement des enduits des voûtes et des parois e dans le chœur, M. Suisse, malgré la pauvreté de l'appareil des murs, simplement construits en moellons comme les caves des maisons de Dijon, refusa de rétablir ces enduits, ayant cependant toujours existé dans l'église, et imposa, sans même que la fabrique ait été consultée, le jointoiement des voûtes et des murs du chœur. M. Golmard, qui avait pris l'initiative de l'opération et en payait les 231 frais, eut beau protester, montrer la saillie des pierres de taille sur la surface des parois en moellons, preuve évidente du parti adopté par le constructeur de masquer par un enduit le médiocre appareil employé à l'intérieur de l'église, il dut s'incliner et supporter le surcroÎt de dépense résultant d'une modification qu'il considérait comme une fâcheuse erreur. Lors d'une visite à l'église Saint-Michel, le 15 mai 1897, M. Selmersheim, inspecteur des monuments historiques, donnait bien raison à M. Golmard, mais le mal était fait ; ses conséquences sautent aux yeux : tandis que la chapelle Saint-Philippe, où les enduits ont été conservés, en 1896, est restée nette, le chœur, restauré à grands frais, la même année, est aujourd'hui aussi noir, aussi sombre que le reste de l'église avec son vieux badigeon bientôt centenaire -- il date de 1823 - et ce vieux badigeon pourra bien, hélas ! longtemps encore déshonorer l'église Saint-Michel.

Cependant, ce contretemps ne refroidit pas le zèle généreux de M. Golmard : après avoir installé dans son église de beaux bancs de chêne pour les pauvres et les enfants des écoles, il voulut compléter la sonnerie du clocher. Le 1-7 mars 1899, à l'atelier de M. Farnier, rue de Jouvence, il assistait, avec quelques-uns des fabriciens, à la foule de quatre cloches destinées à s'harmoniser avec la cloche du seizième siècle que la Révolution avait laissée seule dans le vaste beffroi de la tour centrale de son église. Ces cloches, qui pèsent respectivement 1,746, 1,270, 751 k 500, et 321 kilos, ont été reçues le 10 juin et elles furent bénites, le 25 du 232 même mois, par Mgr Le Nordez, alors évêque de Dijon. M. Golmard, après avoir pourvu à toutes les dépenses, tint à mettre le clocher en parfait état ; il améliora le mode de suspension de la grosse cloche, répara les abat-son et fit même jointoyer les parois extérieures de la tour.

Les travaux de restauration du grand portail terminés, on passa en juillet l898, au pignon du transept sud, rue Buffon. Ce portail latéral avait beaucoup souffert : en 1513, lors du siège de Dijon, les boulets des Suisses avaient gravement endommagé la partie supérieure d'un de ses contreforts, une des grandes fenêtres avait perdu ses meneaux de pierre, toute la décoration sculptée était dans un état lamentable. On dut refaire le gros cul-de-lampe qui supportait jadis une statue entre les deux fenêtres, là pointe et les ornements du pinacle qui la surmontait, un des personnages soutenant l'écu gratté à vif des Chambellan, sans parler du fleuron servant d'amortissement à la tourelle de l'escalier et des rayons de la rosace qui éclaire le dessus des voûtes dans l'angle du pignon. M. Golmard se chargea encore de payer le perron à pans coupés et les rampes en fer forgé qui n'avaient pas été compris dans le devis primitifs.

Immédiatement, dès le mois d'août 1899, les échafaudages étaient transportés place Saint-Michel, au pignon nord du transept dont la restauration, moins importante, fut terminée l'année suivante ; le 10 juillet 1900, la porte de la place Saint-Michel était remise en service. Elle avait été munie, comme celle de la rue Buffon, d'un escalier d'accès avec 235 rampe en fer, grâce à une nouvelle intervention de M. Golmard.

Au cours des années 1901 et 1902, on restaura l'extérieur des chapelles de Saint-Vincent de Paul, de la Sainte-Vierge et des Gros, ainsi que les murailles du transept et du chœur auxquelles elles sont adossées. Le sculpteur, M. François Verwilt, rétablit une petite statue représentant un moine assis lisant et un heaume héraldique avec lambrequins dont il 'existait plus que des traces indistinctes au sommet n des, contreforts angulaires des chapelles de Saint-Vincent de Paul et de la Sainte-Vierge.

Le 3 mars 1903 un haut échafaudage est dressé contre le chœur et enveloppe son abside et sa face latérale sud. Là encore, on constata, au sommet des contreforts, des ravages considérables causés en 1513, par l'artillerie des Suisses ; après la levée du siège, faute d'argent, on ne put faire que des réparations sommaires et nombre de pierres durent être remplacées, plusieurs sculptures rétablies. On profita des échafaudages pour substituer aux misérables lucarnes éclairant les combles des chapelles, deux lucarnes en charpente, dans le style de l'église, surmontées d'épis en plomb, inspirés par les anciens épis bourguignons dont le château de Dijon avait conservé jusqu'à sa démolition de curieux spécimens.

Le Poinçon de la charpente de l'église, au-dessus du sanctuaire, présentait des traces très apparentées de l'implantation d'une croix en fer disparue ; celle-ci apparaÎt distinctement dans un précieux dessin conservé à la Bibliothèque nationale, à Paris, portant la date du 29 septembre 1615. M. Golmard qui, en 1900, avait déjà fait repeindre la croix et redorer le coq de la tour des cloches, comme il avait auparavant fait redorer les deux boules des tours du portail, tint à rétablir la croix du chevet de l'église et prit à sa charge tous les frais, pour ne rien distraire des ressources de la fabrique, alors tout entières consacrées à la restauration entreprise. M. Suisse dessina la nouvelle croix, qui fut hissée sur la croupe de la charpente, au-dessus du chœur, et mise en place le jour de la fête de saint Pierre, 29 juin 1903. Au montant de cette croix, sobrement dorée, une inscription rappelle cette date, les noms de MM. Golmard, curé, d'Arbaumont, président du conseil de fabrique, Suisse, architecte, Chaussenot, serrurier, Parenteau, couvreur, Porcherot, peintre, elle se termine par cette prière : ® Dieu protège la France ! "

Pendant que se continuaient les travaux de réparations extérieures, le 30 juin 1901, dans la soirée, au cours d'un orage, la grêle chassée par un vent violent brisa, en quelques minutes, tous les vitraux de l'église Saint-Michel, à l'ouest et au sud, notamment ceux, heureusement en verre blanc, que l'on venait de poser aux grandes fenêtres du pignon du transept méridional. Dans ce désastre, disparurent, aux fenêtres des chapelles du collatéral sud, une grande partie des bordures colorées, formées avec les rares débris des belles verrières du seizième siècle. Il fallut en hâte clore les fenêtres et les protéger par des grillages. Heureusement le gouvernement vint en aide à la fabrique pour payer cette dépense inattendue. Elle - 237 dut encore, en 1904, réparer le soubassement fort détérioré de la grille, place Saint-Michel, et daller l'espace enclos par celle-ci entre la sacristie et le pignon du transept nord. C'est alors que l'on prit soin de dresser, dans cette courette, contre le mur de la sacristie, quatre vieilles pierres tombales provenant de l'église ou de ses cimetières : ces pierres sans effigies ne portent que des épitaphes et des armoiries, elles ont été trouvées dans les fondations de l'ancien escalier donnant accès à la porte latérale de la rue Buffon.

Les travaux de restauration, commencés en 1896, ralentis par la diminution des ressources de la fabrique et les dépenses imprévues auxquelles elle eut à faire face, furent interrompues en 1904, et le vote de la loi de séparation ne lui permit pas de les reprendre et de les mener à fin.

A cette date, il avait été dépensé 148,326 francs sur lesquels la fabrique a payé 94,166 francs, dont 13,773 pour l'établissement du nouveau parvis qui est resté entièrement à sa charge ; la ville de Dijon n'a fourni qu'une modeste et unique subvention de 2,000 francs, les différentes allocations du ministère des beaux-arts et des monuments historiques se sont élevées à 35,405 francs, le reste, soit plus de 33,000 francs, a été versé par M. le curé Golmard qui, les cloches le crient bien haut, n'a pas borné là ses largesses.

Certainement si des dépenses urgentes absolument imprévues n'étaient pas venues absorber pour un temps les ressources avec lesquelles la fabrique comptait achever son œuvre, elle aurait réussi à mener à 238 bonne fin ces grands travaux avant la date fatale fixée pour sa disparition, par la loi sur la séparation d l'Eglise et de l'Etat.

D'après les dispositions des articles 3 et 4 de cette loi du 9 décembre 1905, les fabriques restaient e exercice jusqu'à l'attribution de leurs biens aux fameuses associations cultuelles et au plus tard, à défaut d'associations cultuelles, jusqu'à l'expiration d'une année à partir de sa promulgation. On sait comment le Saint-Siège interdit sagement la constitution des associations cultuelles, constitution qui, de toutes façons, on l'oublie trop souvent, n'aurait pas empêché et aurait même consacré la mainmise de l'Etat et des communes sur une grande partie des biens d'Eglise, cathédrales, séminaires, évêchés, églises, presbytères, fondations charitables, etc., tout le reste se trouvant transféré à des associations qui, légalement, ne donnaient pas les garanties jugées indispensables par S. S. Pie X. La fabrique de l'église Saint-Michel, condamnée à disparaÎtre, resta donc encore provisoirement en fonctions ; pendant cette année de survie, elle s'efforça de sauvegarder jusqu'à la fin les divers intérêts dont elle avait la garde : elle continua d'abord à assurer les dépenses du culte, l'acquittement des fondations, le paiement des vicaires, des employés de l'église et de tous ses créanciers. Elle rendit amiablement aux personnes qui lui en firent la demande, divers objets mobiliers par elles donnés à l'église, sans que fut intervenue l'autorisation ministérielle, qui seule aurait pu rendre la donation définitive un tableau de l'école espagnole, 239 - saint Jérôme, donné par les héritiers de M. de la Vilette, en 1889, une lampe de sanctuaire, deux candélabres et des ornements.

Il ne lui fut pas possible, à son grand regret, de faire droit aux sommations à elle faites, par plusieurs fondateurs de services religieux, pour obtenir la remise des titres de rente sur l'Etat destinés à assurer la durée de leurs fondations. Les titres étaient régulièrement immatriculés au nom de la fabrique de l'église Saint-Michel et il lui était impossible de donner satisfaction aux justes réclamations dont elle se trouvait saisie. Les dispositions de la loi, perfidement combinées, ne laissaient d'autre ressource aux fondateurs et à leurs seuls héritiers en ligne directe, que d'intenter contre le séquestre une action en revendication. C'était la confiscation de toutes les fondations, et elles étaient nombreuses, dont les auteurs se trouvaient représentés par des légataires universels, ou par des collatéraux. La fabrique die l'église Saint-Michel possédait 4,125 francs de rentes sur l'Etat garantissant l'exécution des volontés de trente-six fondateurs. Après des procès, d'autant plus périlleux qu'il s'agissait d'appliquer une loi nouvelle qui, loin de s'inspirer des principes du droit, impose au juge des règles exceptionnelles pour ne pas dire injustes, bien peu des intéressés réussirent à rentrer en possession des sommes versées par leurs auteurs.

C'est en janvier 1906 que le gouvernement entreprit de faire, dans toute la France, l'inventaire des biens des églises, pour l'exécution de la loi de séparation. Cette mesure, malgré les déclarations - 240 - rassurantes des politiques, causa une vive émotion chez les catholiques qui y virent, et ils ne se trompaient pas, le prélude de la confiscation. Voici comment les choses se passèrent à l'église Saint-Michel : Le 29 janvier 1906, après l'avis préalable prescrit par l'article 2 du décret du 28 décembre 19Wa, un inspecteur de l'administration des domaines se Présentait à la sacristie, vers 13 heures. M. le curé Golmard et tous les membres du conseil de fabrique étaient présents. M. d'Arbaumont, président, donna lecture d'une protestation contre l'opération à laquelle on entendait procéder, et déclara que ni lui, ni aucun de ses collègues n'y prêterait le moindre concours.

En présence de cette attitude, M. l'inspecteur crut devoir en référer à ses supérieurs, promit que M. le président serait régulièrement avisé du jour où aurait lieu l'inventaire et se rendit ensuite au presbytère, rue Saumaise. Les fabriciens l'y suivirent et, en leur présence, M. le curé Golmard lut une énergique protestation, affirmant sa volonté de ne participer en rien à l'inventaire et faisant les plus expresses réserves contre tout ce qui pourrait être tenté à l'encontre des droits de la mense curiale et des futurs curés de l'église Saint-Michel. M. l'inspecteur n'insista pas et on ne le revit plus au presbytère.

Le 31 janvier, toujours à 13 heures, nouvelle apparition de M. l'inspecteur à la sacristie ; mais sur l'observation de M. le président, se plaignant de n'avoir pas reçu l'avis promis et prévu d'ailleurs par le décret du 28' décembre 1905, il se retira sans avoir rien fait.

241 Le lendemain, le, février, vers midi, des gendarmes -et, des agents de' police occupèrent la place Saint Michel et les abords de l'église. Bientôt, M. l'inspecteur, accompagné d'un commissaire de- police et de plusieurs agents de la sûreté, se présenta à la sacristie.

M. le président du conseil de fabrique, mandé en toute hâte, manifesta son mécontentement de ce qui se passait, sans que, malgré la promesse de M. l'inspecteur, il e–t été régulièrement averti. Après une inutile démarche auprès de M. le préfet, qui maintint l'ordre de procéder immédiatement à l'inventaire, M. l'inspecteur revint à l'église Saint-Michel où l'affluence des fidèles était considérable. Là, au milieu de la foule, suivi par un groupe d'hommes récitant à haute voix le chapelet, il parcourut rapidement le collatéral sud, prenant quelques notes dans différentes chapelles. Après avoir inventorié en hâte vingt-cinq objets, il s'esquiva remettant au 5 février la suite de ses opérations.

Au moment où il venait de quitter l'église, un commissaire de police mal renseigné par un de ses agents, fit arrêter un honorable médecin de la ville, prétendant qu'il venait de l'outrager. Malgré ses dénégations, appuyées par de nombreux témoins, l'inculpé fut maintenu en état d'arrestation par le Parquet, et condamné par le tribunal correctionnel à une amende ; mais peu après, le 20 février, son innocence fut proclamée par la Cour d'appel.

Le lundi 5 février, dès le matin, des gendarmes à cheval circulaient autour de l'église Saint-Michel, un peu avant 13 heures, un grand nombre d'agents de - 242 - police pénétraient dans l'église et en occupaient les portes. Quand M. l'inspecteur se présenta à la sacristie, à 13 heures, M. le président du conseil de fabrique protesta contre l'envahissement de l'église par la force publique, alors qu'aucune tentative violente n'était à craindre, affirmant à nouveau le refus des fabriciens de coopérer à l'inventaire qui se poursuivit, sans obstacle, dans l'église et dans ses dépendances. Au cours de ses recherches, M. l'inspecteur aperçut la porte de fer de l'armoire à trois clés prévue par l'article 50 du décret réglementaire des fabriques du 30 décembre 1809 et où devaient être renfermés les deniers et les titres de la fabrique.

Immédiatement informé de cette découverte, M. le préfet enjoignit, par un arrêté, à M. le curé et à M. le président du conseil de fabrique, de remettre les clés de l'armoire, le lendemain à 4 heures du soir, entre les mains de M. l'inspecteur. Le lendemain, à l'heure dite, pour éviter l'effraction de la vieille armoire de fer, sur l'autorisation de l'autorité épiscopale, les trois clés furent livrées à M. l'inspecteur, l'armoire fut ouverte : elle ne contenait que quelques centimes, des titres de rente au nom de la fabrique et des pièces de comptabilité.

L'inventaire fut terminé le 7 février ; le 8, un commissaire de police vint offrir deux des trois clés, l'une à M. le président, l'autre à M. le trésorier de la fabrique qui refusèrent de les recevoir.

Cependant, malgré l'inventaire qu'elle dut subir, la fabrique de l'église Saint-Michel existait encore et son devoir lui commandait de ne rien négliger pour 243 la défense des intérêts dont elle avait la garde ; malheureusement ses jours étaient comptés et l'administration avait beau jeu pour paralyser ses efforts.

Aussi ne réussit-elle pas à conserver sa destination à un titre de rente légué par le maréchal Vaillant et dont les arrérages devaient servir à perpétuité au soulagement des pauvres de la paroisse. Elle tenta vainement, avec l'autorisation épiscopale, de transmettre ce titre, comme l'article 7 de la loi de séparation le lui permettait, à un établissement de bienfaisance lui inspirant toute confiance et ayant capacité pour le recevoir. L'autorisation préfectorale exigée par l'article 7 fut impitoyablement refusée.

La même déception attendait la fabrique à propos d'une somme de 15,000 francs à elle léguée, pour l'ornementation intérieure de l'église, par Mlle Blanche Simeret, morte le 25 février 1905 ; dès le 6 avril suivant, la fabrique avait accepté provisoirement ce legs et demandé l'autorisation nécessaire pour que son acceptation devÎnt définitive, mais, malgré toutes les réclamations, l'autorisation ne fut jamais ni accordée ni refusée et l'église Saint-Michel, par la faute de son tuteur, se vit privée de ce legs. On voit par ce menu fait combien les rigueurs de la loi de séparation ont été aggravées par ceux qui se trouvèrent chargés d'en assurer l'application.

Jusqu'à la fin, les fabriciens s'efforcèrent de continuer la restauration de l'église ; le 4 mai 1906, ils votaient une somme de 25,182 Francs, qui, avec les 12,500 francs promis par le ministre de l'instruction publie et des beaux-arts, formait le montant du 16' 244 devis dressé par M. Suisse pour l'achèvement des réparations commencées en 1896. Cette somme de 25,182 francs n'existait pas alors disponible dans la caisse de la fabrique et pour pourvoir à cette dépense, le conseil décidait d'arriérer sans retard un titre de rente sur l'Etat 3 pour 100, libre de toutes charges religieuses. Malheureusement, l'aliénation n'était possible qu'avec l'autorisation du gouvernement et, malgré les diligences du trésorier, la fabrique disparaisse avant qu'elle n'ait été accordée. La traditionnelle lenteur de l'administration avait suffi pour paralyser la fabrique et rendre impuissant son bon vouloir.

Le 10 décembre 1906, à la veille de sa mort, le conseil de fabrique tint sa dernière séance. Toutes dettes payées, les services assurés jusqu'au 31 décembre 1906, il restait en caisse quelques centaines de francs ; à l'unanimité les fabriciens, au lieu de laisser cette somme tomber aux mains d'un séquestre' décidèrent de l'employer à rembourser à M. le curé une faible partie des dépenses considérables par lui faites pour différentes améliorations dans l'église. Ces améliorations n'avaient été ajournées que pour permettre de consacrer toutes les ressources disponibles aux travaux de restauration ; la fabrique ne pouvant les mener à fin, rien ne lui parut plus juste que d'employer un reliquat qui allait lui échapper, à rembourser à M. Golmard une petite partie de ses avances. .

Les comptes furent ensuite régulièrement apurés décharge fut donnée au trésorier entre les mains duquel aucun fonds ne restait. M. le président et M. le curé échangèrent quelques paroles émues et, 247 -après une dernière protestation contre la mainmise d'un séquestre sur les biens de l'église Saint-Michel confiés à leur garde et contre l'attribution ultérieure de ces biens à des destinations nouvelles, sans le consentement exprès de l'autorité ecclésiastique, M. le curé et MM. les fabriciens signèrent tous la clôture du registre des délibérations.

La fabrique de l'église Saint-Michel avait disparu. Malgré ses protestations, ses biens séquestrés allaient, y compris le presbytère, être transférés à d'autres, il restait, il est vrai, l'église bâtie par les paroissiens, dont on voulait bien par grâce laisser encore la jouissance aux catholiques, et son curé ignoré de l'Etat et sans droit reconnu auquel incombait la charge d'y maintenir la vie religieuse et de suffire à la tâche nouvelle, immense, qui tout d'un coup lui était imposée. Il lui fallut pourvoir à tout, sans négliger les intérêts spirituels et le soin des âmes, prendre personnellement en mains l'administration matérielle de la paroisse, créer des ressources nouvelles et par surcroÎt organiser les quêtes pour le denier u eu te.

En 1908, les anciens fabriciens furent appelés par lui à constituer le conseil paroissial qui devait l'assister, ils reprirent alors leur place, au banc d'œuvre resté vide depuis le 10 décembre 1906.

Les années ont passé et, grâce au zèle du clergé, tout le monde peut le constater, la loi de séparation a trompé les prévisions de beaucoup ; si elle a jeté une perturbation profonde dans l'organisation 248 traditionnelle de l'Eglise de France, si elle lui a infligé des pertes matérielles douloureuses, si, chose plus grave, elle a momentanément entravé le recrutement normal de ses prêtres, loin de nuire au progrès de la vie religieuse dans la paroisse, elle lui a plutôt imprimé un élan nouveau. Sans doute, p r ceux qui ont reçu mission d'évangéliser le peuple, d'éveiller ou de conserver la foi dans les âmes, les difficultés ne manquent pas, mais leur dévouement et leur zèle croissent avec elles, Dieu semble bénir leurs efforts et leur docilité à suivre les enseignements de Pie X : l'église Saint-Michel a pu, à certaines époques, être plus riche, plus ornée, jamais peut-être elle n'a été un foyer plus intense de foi agissante et de vraie piété.

Plusieurs ont pu s'étonner en voyant reprendre, en 1913, les travaux de restauration de l'église longtemps suspendus : c'est aux efforts de M. Golmard, à ses intelligentes démarches, qu'on le doit. Il est arrivé que ces nouveaux travaux sur lesquels ni lui ni le conseil paroissial n'ont plus aucune action, sont encore payés avec les 25,182 francs votés à cet effet, par la fabrique, le 4 mai 1906, et cela parce que, sur les réclamations personnelles de M. Golmard, appuyées par la ville de Dijon, le ministre a formellement maintenu la destination spéciale de cette somme dans le décret d'attribution du 27 juin 1912. Il convenait de signaler ce fait plus conforme peut-être à la justice qu'au texte de la loi de séparation. Déjà la corniche et la balustrade qui couronnent le mur de la grande nef et les contreforts qui le - 249 soutiennent, ont été restaurés, la couverture en ardoises de la grande nef est remise à neuf. Grâce aux insistantes démarches de M. le curé Golmard, de chaque côté, au midi et au nord, la partie de l'élégante balustrade gothique qui avait disparu au voisinage des tours, a été rétablie. La longue et laborieuse entreprise de la restauration extérieure de l'église Saint-Michel, tant de fois suspendue et entravée, est terminée dans ses parties essentielles. Elle restera l'œuvre de M. le curé Golmard ; il n'a pas dépendu de lui que la restauration ne s'étendÎt à l'intérieur de l'édifice. C'est maintenant aux fidèles qui aiment leur église et souhaitent de voir rendre à ses nefs leur éclat et leur jeunesse, d'assurer la prompte réalisation de leurs vœux.

Dès maintenant voici l'église Saint-Michel, si fièrement campée dans son isolement, si pittoresque de tous les côtés - de la rue Vaillant, avec sa riche façade, de la rue Buffon avec sa porte élégante, de la place Saint Michel avec son abside élancée et sa croix de fer brillant au soleil, voici l'église Saint-Michel qui a repris, à l'extérieur tout au moins, une intégrité nouvelle, gage pour ce monument d'une longue durée. 'Ne le sent-on pas d'ailleurs comme protégé par ce renouveau de go–t pour les choses du passé qu'affirment de plus en plus, à Dijon, des efforts généreux auxquels applaudissent tous ceux qui aiment leur petite patrie et les vieux monuments bourguignons ? Mais l'église Saint-Michel n'est pas seulement un curieux spécimen d'architecture religieuse à cette époque de transition entre le 250 - moyen âge finissant et imposant encore Son plan traditionnel, et la renaissance substituant ses réminiscences d'une antiquité nouvellement découverte à l'art si français des imagiers tout imprégné du sens église bâtie par les chrétiens. Saint-Michel est une église Dijonnaise du seizième siècle, qui en a remplacé une autre élevée, au douzième, par un abbé de l'abbaye dijonnaise de Saint-Etienne, sur l'emplacement d'un sanctuaire plus ancien encore, Saint-Michel est, depuis de longs siècles, un foyer paroissial de vie catholique dans Dijon. Il importe que cette église Saint-Michel reste à jamais une église, le centre d'une paroisse de plus en plus active et vivante, il importe que lui soient épargnées, dans l'avenir, les ignominies douloureuses qu'elle a connues aux jours de la Révolution. On a alors songé à la démolir après l'avoir profanée. Aujourd'hui, sans doute, nous sommes trop curieux d'érudition, trop épris d'art pour qu'on ait à redouter la destruction d'un monument classé parmi les éléments officiellement estampillés du patrimoine artistique de la France ; ne voit-on pas cependant, à Dijon, des sanctuaires et des plus vénérables, conservés sans doute, entretenus même avec soin, mais détournés de leur destination religieuse et ayant par cela même perdu l'âme qui leur donnait la vie ? Plût à Dieu que jamais pareil malheur n'arrive à notre église Saint-Michel 1 Pour cela il importe avant tout que la vie religieuse, que le zèle paroissial s'y développent de plus en plus. Le clergé s'y emploie avec succès, à tous de 251 lui venir en aide. Pour cela, car on ne s'intéresse vraiment qu'à ce que l'on connaÎt bien, il importe aussi que cette église Saint-Michel, son origine, son passé soient mieux et plus généralement connus.

Celui qui a essayé d'écrire son histoire, s'estimerait heureux s'il pouvait espérer avoir, pour si peu que ce fùt, contribué, par ses recherches, à la faire connaÎtre et aimer davantage.