Sommaire

CHAPITRE II L'église actuelle.

La population de Dijon augmenta avec la prospérité de la ville ; au quinzième siècle, l'étroite enceinte fut remplacée par les remparts qui protégeront la cité contre l'attaque des Suisses et qui, plantés d'arbres, formèrent plus tard une promenade.

Il n'en reste plus aujourd'hui que le rempart de la Miséricorde, emprunté par la voie du chemin de fer de Paris à Lyon ; tout le surplus de l'enceinte a été successivement démoli au cours du siècle dernier.

A la fin du quinzième siècle, l'église bâtie par Garnier de Mailly, malgré toutes les adjonctions, ne suffisait plus aux besoins d'une paroisse dont la population, très attachée aux pratiques du culte, augmentait sans cesse. L'opinion publique réclamait un édifice plus vaste, une belle église pouvant soutenir la comparaison avec l'église Saint-Jean que l'on venait de reconstruire ; le clergé, les administrateurs de la paroisse encourageaient ce mouvement des esprits et, en 1497, le 17 juillet, date mémorable dans

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l'histoire de Saint-Michel, fut décidée la construction de l'église actuelle.

A cette époque, sous le règne de Charles VIN, les paroissiens étaient encore, pour les décisions importantes, associés directement à l'administration temporelle de leur paroisse. Les fidèles convoqués au prône des messes solennelles, avertis par le son des cloches, se pressaient en foule, le 17 juillet 1497, sur le cimetière entourant la vieille église. Ils étaient appelés à décider si oui on non on entreprendrait de la remplacer par un édifice plus grand, plus orné et si chacun était disposé à s'imposer les sacrifices pécuniaires indispensables pour mener à bien cette grande entreprise. Y eut-il des opposants ? C'est probable, quel projet n'en suscite pas 1 Mais, en tous cas, leurs objections n'arrêtèrent pas les bonnes volontés.

La reconstruction de l'église est décidée et on se met immédiatement à l'œuvre : il faut un terrain plus vaste, car la vieille église est très petite ; il faut des matériaux, de l'argent, beaucoup d'argent, car en fait de construction, on ne peut rien entreprendre, rien terminer surtout, sans cela.

La chambre de ville, sur la demande des fabriciens, leur concéda pour trois ans l'usage d'une carrière ou " perière " nouvellement ouverte, près du couvent des Chartreux, de plus elle, autorisa une large emprise sur les terrains entourant l'église.

En effet, le 2 août 1499, les membres de la chambre de ville, après avoir étudié les plans et probablement les dessins dont il a été question plus haut, viennent sur place, comme pourraient le faire aujourd'hui les
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conseillers municipaux formant la commission des travaux, pour examiner, avec les promoteurs de l'entreprise, comment le projet pourra s'exécuter. On tombe vite d'accord : le portail ouest de l'église restera où l'avait implanté Garnier de Mailly et l'édifice élargi s'allongera du côté du chœur. On a prétendu que le conseiller Antoine de Loysie qui demeurait à l'angle de la place Saint-Michel et de la rue du Vieux-Collège, offrit une grosse somme pour que la nouvelle construction ne se rapprochât pas trop des fenêtres de son hôtel ; c'est possible mais non prouvé.

Ce qui est certain, c'est qu'il fit bâtir à ses frais une chapelle de la nouvelle église, la chapelle actuelle du Sacré-cœur, où il établit sa sépulture.

Le 6 du mois d'août 1499, le maire Jean Aignault, accordait toutes les autorisations nécessaires pour l'agrandissement de l'église. Il portait d'ailleurs un vif intérêt à l'avancement des travaux et, en 1503, la pierre venant à manquer, il fit encore concéder aux fabriciens l'usage d'une seconde carrière dite la foliotte.

Quant à l'argent, les paroissiens durent le fournir, pour assurer, notamment, le paiement des ouvriers.

Henry Chambellan, général des monnaies et maître des comptes en Bourgogne, père de l'abbé de Saint-Etienne, Antoine Chambellan, se chargea de centraliser les souscriptions et de recueillir les versements mensuels. C'est sans doute pour cela et parce qu'il ouvrit lui-même largement sa bourse que ses armes avaient été sculptées au-dessus des deux portes latérales de J'église, place Saint-Michel et rue Buffon.

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Elles ont été grattées, à la Révolution, mais on voit encore, à chaque porte, l'écu et les deux enfants qui le supportent.

Il y avait, dans la paroisse, nombre de familles riches qui s'empressèrent d'offrir leur concours ; plusieurs d'entre elles construisirent à leurs frais, comme le conseiller de Loysie, des chapelles qui, tout en faisant partie de l'église, restaient leur propriété.

En dehors de ces fondations, on ignore et on ignorera toujours la part de chacun dans l'œuvre commune ; mais il ne faudrait pas croire que les nobles et les riches bourgeois en ont fait tous les frais. Il est, au contraire, certain qu'à côté des larges contributions des favorisés de la fortune, les modestes offrandes des marchands, des ouvriers, des vignerons, vinrent, par leur nombre, assurer le succès.

L'église Saint-Michel a été, en réalité, bâtie par tous les paroissiens, les grands et les petits ; on trouve la preuve de la coopération des ouvriers, des gens de métier, dans les détails même de l'ornementation intérieure : certains chapiteaux, certains culs-de-lampe montrent, en effet, des apothicaires, des corroyeurs, des cordonniers au travail, et conservent ainsi le souvenir de leur part dans l'œuvre commune.

Les travaux furent rapidement menés, au début, et une grande activité régna dans le chantier. On construisit successivement le chœur, le transept avec ses deux charmantes portes, la tour octogone du clocher central et les nefs. Dès le 29 juillet 1529, l'église nouvelle élevée, par les paroissiens, en l'honneur de l'archange saint Michel, celle qui existe encore aujourd'hui, était solennellement consacrée, le siège épiscopal de Langres étant vacant, par Philibert de Beaujeu, un ancien moine de l'abbaye de Saint-Bénigne, devenu évêque de Bethléem, à Tonnerre.

Personne ne s'attend à trouver ici une description scientifique détaillée de l'église Saint-Michel que connaissent non seulement tous les Dijonnais, mais même tous les étrangers qui visitent Dijon. D'ailleurs les plus minutieuses descriptions n'arrivent guère à donner une idée exacte d'un monument, mieux vaut jeter les yeux sur des photographies et celles représentant l'église Saint-Michel sont innombrables, on en trouvera quelques-unes dans ce petit volume.

Nous nous bornerons donc à quelques observations que chacun, suivant ses aptitudes et ses goûts, pourra contrôler et compléter à sa guise.

Le plan adopté, en 1497, pour l'église Saint-Michel, par un architecte resté jusqu'ici inconnu, est le plan traditionnel des églises gothiques ; il affecte la forme d'une croix latine et comporte une nef orientée, comprenant six travées avec collatéraux et chapelles logées entre les contreforts. Comme clans d'autres églises de Dijon, Saint-Bénigne et Notre-Dame, les basses nefs se prolongent au-delà du transept pour former deux chapelles, celle de la Sainte-Vierge, au nord, celle de Saint-Philippe, au sud ; ces chapelles, avant l'établissement des stalles actuelles, s'ouvraient beaucoup plus largement sur le chœur, elles se terminent carrément par une muraille pleine, tandis, qu'à Saint-Bénigne et à Notre-Dame, des absides polygonales percées de fenêtres donnent à ces chapelles beaucoup plus d'élégance.

Le chœur se compose de deux travées fermées par une abside à trois paris ; il est éclairé par cinq longues fenêtres dont les meneaux ont été refaits, au dix-neuvième siècle, sur un modèle uniforme.

La grande nef sans galerie et sans fenêtres latérales ne reçoit de lumière que des deux fenêtres de la façade et de celles des chapelles des collatéraux d'ailleurs assez élevés.

On compte, à Saint-Michel, seize chapelles, sans parler de la chapelle dite des Gros, derrière la chapelle de la Sainte-Vierge à laquelle elle sert aujourd'hui de sacristie, non plus que des autels dédiés à saint Pierre et aux trois Rois, dans le transept.

Voici les principales dimensions de l'édifice :

Notons, pour permettre de comparer l'église Saint-Michel aux autres édifices religieux de Dijon, que l'église cathédrale Saint-Bénigne mesure 66 mètres de longueur, 27 mètres de largeur et 23 mètres de hauteur ; qu'à l'église Notre-Dame le porche a 12 mètres de profondeur, le vaisseau 49 mètres de longueur, le transept, 25 mètres de longueur, la 23 grande nef, 17m 50 sous clé ; que l'église Saint-Jean, dont le chœur a été démoli, a encore 56 mètres de longueur, 13 mètres de largeur dans la nef, 25 au transept et 18 mètres de hauteur.

Dans le chœur et dans le transept de l'église Saint-Michel, la sculpture, sobrement distribuée et largement traitée, est d'un bon effet. Les chapiteaux des nefs fouillés et refouillés dénotent plus d'habileté de ciseau que de goût ; en général, leur décoration est empruntée au feuillage chiffonné des chardons dans lequel apparaissent parfois des animaux fantastiques. A noter, dans les chapiteaux, outre les ouvriers au travail dont il a déjà été parlé, une sirène, le conte du renard et du corbeau et, à la chapelle des Fonts, une longue banderole qui, repliée sur elle-même, orne seule le haut du pilier.

A l'extérieur, en dehors du grand portail, sur lequel l'art de la Renaissance a prodigué les ornements de tous genres, et des deux portes des pignons du transept, la sculpture n'apparaît guère que dans les crochets et les fleurons des pignons, et sur les contreforts. Sur ceux-ci surgissent des bonshommes grotesques, notamment au chevet de l'église, des têtes humaines, des animaux plus ou moins réels mais toujours d'une structure très vivante. Des fleurons, des statuettes se dressaient autrefois dans toutes les parties hautes du monument, mais presque tous ces ornements fragiles ont disparu.

Franchement gothiques, comme le corps de l'église, les deux portes latérales, place Saint-Michel et rue Buffon, répètent le même thème sans le reproduire servilement sous prétexte de symétrie. Elles ont malheureusement perdu leurs six statués brisées à la Révolution et on ignore ce qu'elles représentaient.

Le grand portail de l'église Saint-Michel mérite la réputation dont il jouit. La partie inférieure, formant porche avancé, est percée de trois grandes ouvertures en plein cintre qui, très probablement, ne sont pas autre chose que les portes de l'ancienne église de Garnier de Mailly, avec leur emmarchement. Incorporées dans l'édifice nouveau, au seizième siècle, elles auraient été recouvertes de la riche décoration prévue dans les annotations apposées sur le vieux dessin dont il a été parlé plus haut. Ce n'est là qu'une hypothèse, mais l'étude attentive du monument et du dessin lui donne une certaine vraisemblance.

Le grand portail de l'église a été construit après le vaisseau, les travaux entravés par les événements politiques et le manque de ressources ont été menés très lentement. Même dans l'étage inférieur formant porche, il est aisé de distinguer des parties de différentes époques : ainsi la porte qui se trouve sous la tour sud, du côté de la rue Buffon, est encore gothique par sa construction et son ornementation au contraire, dans les deux autres ouvertures, dans les voûtes surtout, les procédés de l'art de la Renaissance s'affirment nettement On comprend dès lors l'intérêt que présente, pour les spécialistes, l'étude de ce portail, il est d'autant plus grand que les édifices religieux importants bâtis, en France, à cette époque, sont peu nombreux.

27 La façade de l'église Saint-Michel était encore inachevée quand, en 1513, les Suisses excités et soutenus par l'archiduc Maximilien, vinrent, le 9 septembre, mettre le siège devant Dijon. Ce n'est pas ici le lieu de raconter cet épisode bien connu de l'histoire de la Bourgogne, ceux qui seraient curieux d'en étudier les détails n'ont qu'à ouvrir le livre publié par M. J. Thomas, curé de Notre-Dame, sous ce titre La délivrance de Dijon, en 1513, d'après les documents contemporains. Encore convient-il de rappeler ce que notre église e–t à souffrir du feu de l'ennemi.

Pendant trois jours, les batteries des assiégeants habilement établies sur les hauteurs au nord-est de la ville, aux Petites Roches, en Theuley, près de la fontaine qui a conservé le nom de Fontaine des Suisses, lancèrent sur la ville des boulets de fer de quinze à cinquante livres qui, sans tuer personne, causèrent d'assez grands dommages matériels.

L'église Saint-Michel, toute neuve, se dressait au-dessus des constructions voisines, elle servit de point de mire aux artilleurs suisses qui criblèrent de leurs projectiles ses blanches murailles. Les voûtes furent percées, le pignon sud du transept et les contreforts de l'église exposés au fer de l'ennemi eurent particulièrement à souffrir et la sacristie fut presque entièrement ruinée. Dès le départ des Suisses, les fabriciens pansèrent comme ils purent, et très misérablement, faute de ressources, les plaies de leur église, mais ce n'est qu'en 1898, 1901 et 1902, lors de la dernière restauration de l'église Saint-Michel, que les ravages considérables causés dans ces parties hautes 28 de l'édifice ont été complètement réparés. On voit encore aujourd'hui, sur les parois de l'église, des traces des projectiles suisses ; il en reste une notamment très apparente et intentionnellement conservée dans la muraille orientale du transept sud. En 1805, le boulet était encore incrusté dans la déchirure de la maçonnerie. Une vingtaine d'années plus tard, des ouvriers couvreurs travaillant à l'église l'ont fait tomber et il a été longtemps conservé par deux fabriciens qui l'ont successivement recueilli comme un objet de curiosité. On ignore ce qu'il est devenu, mais on a pu voir, à la sacristie, d'autres boulets suisses trouvés dans les combles de l'église.

Le siège de Dijon une fois levé, on se remit à travailler au portail de Saint-Michel ; mais l'argent était rare, car la grosse somme versée aux Suisses pour les décider à s'éloigner, avait épuisé les ressources, et les travaux du porche, plusieurs fois interrompus, n'avancèrent qu'avec une extrême lenteur. Quant aux tours, elles ne seront terminées, celle du sud qu'en 1659 et celle du nord huit ans après.

La décoration du porche et l'ensemble de la façade de l'église Saint-Michel sont généralement attribués à Hugues Sambin, un grand artiste, à la fois sculpteur, ingénieur et architecte, dont la biographie, malgré bien des recherches, est encore assez mal connue. Il est certain qu'il a habité Dijon pendant la seconde moitié du seizième siècle ; ses talents ont été mis à contribution pour les entreprises les plus diverses et il a laissé, dans la région, sans parler de toutes celles qu'on lui attribue sans preuve aucune, des œuvres intéressantes et variées ; mais on ignore les lieux et dates de sa naissance et de sa mort. Reçu maître menuisier à Dijon, le 8 mars 1549, il a exécuté des sculptures sur bois, notamment au Palais de justice de Dijon, élevé des monuments comme le Palais de justice de Besançon, et il est tort probable que les fabriciens de la paroisse Saint-Michel, désireux de donner à leur nouvelle église un portail digne d'elle, se sont adressés à lui. La tradition affirme qu'il en fut ainsi et l'étude du monument, sa comparaison avec les œuvres connues de Sambin sont loin de la contredire. On aimerait à savoir exactement quelle a été la part d'Hugues Sambin dans ce grand ouvrage ; malheureusement, en l'absence de documents écrits, on ne peut faire que des conjectures à ce sujet.

La partie inférieure, du portail formant porche devait être achevée, dans sa construction tout au moins, quand Sambin put être appelé à intervenir dans la direction des travaux ; il a sans doute présidé à l'achèvement de la décoration du porche et donné le dessin de la façade. La belle frise du porche, les deux fausses gargouilles qui la décorent et le petit édicule avec dôme et lanternon en pierre qui surmonte et pénètre si étrangement la voûte de la porte centrale, pourraient bien être dus à son inspiration.

Mais il n'a exécuté lui-même aucune des sculptures du porche, car son ciseau ne s'est jamais attaqué à la pierre et n'a travaillé que le bois. Il faut notamment renoncer à lui attribuer le remarquable bas£30 relief du Jugement dernier qui orne le tympan de la grande porte, et cela, malgré la signature HUGUE SAMBIN qu'on peut lire au bas de ce morceau. Cette inscription, tracée dans le mortier de scellement, a du être apposée en 1804, quand le Jugement dernier, déplacé pendant la Révolution, a été restauré et rétabli par le sculpteur dijonnais, Nicolas Bornier.

Personne alors, à Dijon surtout, n'aurait osé contester à Sambin le mérite d'avoir sculpté le bas-relief du Jugement dernier de Saint-Michel. Or, il résulte d'un marché conservé, jusqu'à ces derniers temps, dans les archives paroissiales, que ce bas-relief, dans, lequel l'influence de l'art italien est manifeste, a été exécuté, en 1551, moyennant 70 livres tournois, par Nicolas de la Court, natif de Douai en Flandre, " ymagier et, tailleur de figures ".

Nous avons signalé, dans la décoration de la porte latérale sud du porche, la persistance des traditions de l'art gothique ; dans les deux autres portes, triomphant les procédés de l'art nouveau mis en honneur par la Renaissance. Le thème est toujours le même : une arcade plein cintre décorée d'anges, des files de colonnes, dans les ébrasures, supportant des statues sous de riches dais sans pinacle, mais le système de construction des voûtes, le style des figures et des ornements sont bien différents. A la voûte de la porte centrale, quinze caissons encadrés de moulures très ornées renferment chacun quatre anges en haut relier tenant les uns des écussons, les autres des banderoles sur lesquelles se déroulent des inscriptions empruntées à l'Apocalypse 3t de saint Jean. Notons, en passant, que les inscriptions de tous genres, millésimes, devises, versets des Ecritures, invocations pieuses apparaissent de tous côtés sur le portail de Saint-Michel ; il y a notamment gravée, sous la moulure très saillante de la grande arcade centrale, une longue inscription empruntée à la première épître de saint Jean, chapitre V, -verset 8.

Entre les portes, la façade du porche est décorée de niches avec dais, surmontées de pilastres cannelés portant un entablement et un fronton. Sur les rampants de ces frontons, sans que l'on puisse deviner pourquoi, galopent de petits chevaux emportant, dans des chars de poupées, des génies minuscules. Six médaillons circulaires, deux à chaque porte, entourés de lourdes guirlandes de fruits, sont suspendus à des têtes de lion. Ces médaillons renferment les bustes en haut relief des prophètes Mo‹se, David, Ezéchiel, Isaïe, Baruch et Daniel. La tête de ce dernier prophète est brisée et, lors de la restauration du portail, les fabriciens n'ont pu obtenir, de la Commission des monuments historiques, son rétablissement. Des cartouches, des écussons, des têtes d'anges, des coquilles, des vases, deux fausses gargouilles et une frise d'un grand style composent une décoration d'une richesse inouïe, mais quelque peu incohérente. On y trouve, en effet, le plus singulier mélange des emblèmes chrétiens et des scènes du paganisme. Non sans quelque étonnement, on voit, aux deux extrémités de la frise, Hercule luttant, d'un côté, avec le lion de Némée, de l'autre, avec le taureau 32 de Crète. Sur le chapiteau bien connu qui sert de base, contre le trumeau de la grande porte, à une statue de l'archange saint Michel, on rencontre Apollon et Vénus à côté de Salomon et de saint Jean-Baptiste. Bien d'autres surprises attendent ceux qui examinent, 'dans les détails, la décoration dont l'art païen de la Renaissance a couvert le porche. Nous ne sommes plus au moyen âge, l'imagerie des grandes cathédrales était alors un enseignement populaire résumant en quelque sorte la science sacrée et profane du temps. La Renaissance, éprise de l'art et de la civilisation antiques, songe plus à plaire qu'à instruire, elle s'adresse plus aux lettrés qu'au peuple et représente les fables du paganisme à la porte d'une église sans même s'apercevoir de l'inconvenance du fait ; la mode régnante l'explique et personne n'osait le blâmer.

A propos de la statue de saint Michel qui se dresse aujourd'hui à la grande porte, il faut noter que ce n'est point celle qui occupait cette place au seizième siècle. L'ancienne statue, œuvre, comme le bas-relief du Jugement dernier, de Nicolas de la Court, était de plus grande dimension ; elle représentait l'archange les ailes déployées, brandissant son épée et foulant aux pieds le démon. Cette statue qui masquait en partie le bas-relief du tympan, a été brisée, à la Révolution, avec toutes celles qui décoraient le portail de l'église. On ignore l'origine de la statue actuelle ; tout ce que l'on sait de cette sculpture remarquable, c'est qu'elle se trouvait, en 1828, dans un mur de la cour de la maison n', 27 de la rue 33 Buffon, et que M. le curé Deschamps auquel elle avait été signalée, par M. Maurice Joanne, la fit placer là où on peut encore l'admirer.

Les vantaux des portes, sous les trois arcades du porche, datent de la construction de l'église ; ce sont d'excellents spécimens de menuiserie méritant d'être étudiés et imités. On y retrouve très nettement accusés les caractères de la sculpture bourguignonne ; si on les compare à certaines œuvres connues de Sambin, à la porte de la salle des Pas-Perdus et à celle du " Serin " du Palais de justice de Dijon, par exemple (ces deux portes sont au musée de Dijon), on constate facilement des analogies singulières, notamment dans les guirlandes de fruits et dans les élégants ornements méplats rappelant, parleur faible relief, certaines reliures anciennes. Ces pièces de menuiserie viennent probablement de l'atelier de Sambin et son ciseau y i peut-être laissé sa trace.

Nous avons déjà dit que les travaux du portail, souvent interrompus, Sarclèrent très lentement ; il existe des gravures représentant la façade de l'église Saint-Michel avant l'édification des tours. Elle se composait alors du porche, de l'amorce des tours et du pignon de la grande nef surmonté de ses trois obélisques, avec ses deux escaliers en tourelle et les deux élégantes galeries superposées qui les relient entre eux.

Le manque de ressources retardait sans cesse les travaux, auxquels s'intéressaient cependant les diverses autorités : le 20 septembre 1654, trois fabriciens allaient remercier le président et le rapporteur, à 31 propos d'un arrêt qui avait bien voulu appliquer à l'église Saint-Michel une amende de 50 livres prononcée contre un criminel ; le 5 février 1655, la chambre de ville de Dijon accordait aux fabriciens de l'église Saint-Michel une somme de 200 livrés pour être employée à la construction des tours du portail. Grâce à tous ces concours, on put terminer l'érection de la tour sud, en 1659.

La boule de cuivre doré qui brille au-dessus de son dôme de pierre et qu'Huysmans, dans L'Oblat, compare irrévérencieusement à une orange, a été fondue par Mathieu Blondeau qui y a gravé son nom. Elle est formée de deux demi-sphères reliées par une armature en fer et, en 1897, lors des réparations faites au portail, on trouva, dans cette boule, enfermé dans un étui de plomb, un procès-verbal daté du @3 septembre 1659. Ce document contient les noms des fabriciens en exercice, celui du doreur Lambert Masson, de Paris, et ceux des architectes Jehan Braconnier et Portier. A la suite de cette pièce officielle, quatre paroissiens ont glissé un souvenir personnel : L. Martin a écrit : "Le jour que ceste boulle a esté montée Louis Martin mestre paticier en ceste ville a escript ce présent billet au nom de la sainte trinité." Jean Dimet s'est contenté d'apposer sa signature au-dessous de la date du 16 septembre 1659.

Catherine Yunet et Henry Chevalier ont fait précéder leurs noms de cette prière : " Jésus Marie Joseph bien heureux sainct Michel intercède pour moy. "

La tour nord, du côté de la place, fut achevée en novembre 1667, aux frais des paroissiens, c'est un 35 sieur Chevoüellat qui en dora " la pomme, en suite de quoi on tira autour et au milieu de la place Saint-Michel des feux d'artifices précédés d'une procession cri actions de grâces. "

Après plus d'Uri siècle et demi, l'église Saint-Michel était enfin à peu près terminée, à peu près, car le clocher central n'est pas achevé et ne le sera peut-être jamais. Dans la pensée de l'architecte primitif de l'église Saint-Michel, cette tour octogone, placée à la croisée des nefs, devait avoir plus d'élévation et probablement se terminer par une pyramide en charpente dans le genre de celles qui couronnent les tours de la façade de la cathédrale Saint-Bénigne.

Mais, au dix-septième siècle, la mode substituait volontiers les coupoles italiennes aux clochers pointus jadis si en faveur en Bourgogne. On songea donc à surmonter d'un dôme en pierre la tour centrale de Saint-Michel, la preuve en est dans un dessin de l'architecte Braconnier qui, au commencement du dix-neuvième siècle, a été reproduit par la gravure et la lithographie ; on y voit deux coupoles superposées, entourées de balustrades ornées. La seconde, beaucoup plus petite que la première, sert de piédestal à une statue de l'archange saint Michel terrassant le démon. Il est fort douteux que les piliers de la croisée des nefs soient assez solides pour supporter, sans fléchir, cette belle composition dont la tradition attribue l'idée première à Hugues Sambin.

Au moment où s'élevait l'église Saint-Michel, sa façade ne se présentait pas, comme aujourd'hui, à l'extrémité d'une large rue qui la met pleinement en 36 valeur les fabriciens eurent même fort à faire pour dégager ses abords des constructions qui l'enserraient et la masquaient presque du côté de l'ouest. La place Saint-Michel était alors occupée par le cimetière paroissial qui entourait l'abside et se prolongeait même au midi. Sans parler d'une fontaine qu'on est surpris de rencontrer en pareil lieu, deux croix de pierre qui subsisteront jusqu'au dix-huitième siècle, un Dieu de pitié, des statues se dressaient sur le sol fréquemment remué de ce cimetière. La rue Vaillant n'existait pas ; sur son emplacement, se trouvaient des masures, propriété de l'abbaye de Saint-Etienne, et, à une quarantaine de mètres du porche de Saint-Michel, la vieille muraille du Castrum que l'on a retrouvée se continuant à l'entrée du chœur de l'église Saint-Etienne devenue une Bourse de commerce.

Dès l'année 1525, les fabriciens avaient obtenu de l'abbé de Saint-Etienne la démolition de plusieurs maisons en bois joignant au sud le portail de leur église ; quant au mur romain et aux constructions qui étaient venues s'y adosser, il fallut de longues négociations pour arriver à les faire disparaître, en 1570.

Sur les ordres de Louis XIV, la rue Saint-Michel devenue, en 1857, rue Vaillant, reçut sa largeur actuelle et on démolit pour cela, en 1680, cour Saint-Vincent, la vieille église Saint-Médard où depuis longtemps tout exercice du culte avait cessé.

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Nous avons déjà vu comment les paroissiens et les fabriciens de Saint-Michel ont réuni leurs efforts pour construire leur église, on retrouve le même concours pour décorer l'intérieur de l'édifice, le 37 munir d'un mobilier convenable et y assurer le service du culte. Car il ne faut pas oublier qu'avant la Révolution, le budget de l'Etat ne fournissait aux curés et à leurs auxiliaires aucun traitement ; les églises avaient leurs biens propres, leur patrimoine, mais ce patrimoine était dû à la seule générosité des fidèles qui prenait différentes formes. Il était alors d'usage, pour les familles importantes et riches, d'avoir dans les édifices religieux de la ville des chapelles qui, bâties et dotées à leurs frais, restaient leur propriété et leur servaient de lieu de sépulture.

La plupart des chapelles de l'église Saint-Michel n'ont pas d'autre origine. Citons, à titre d'exemple, la chapelle de Loysie, actuellement du Sacré-Coeur, fondée en 1500, sous le vocable de saint Antoine, la chapelle des Gros construite et dotée, vers la même époque, par les enfants de Jehan Gros ; elle sert aujourd'hui de sacristie à la chapelle de la Sainte-Vierge et ce ne sont guère que les employés de l'église qui voient parfois les nervures compliquées de ses voûtes, sa charmante piscine et les curieuses peintures rendues à la lumière, en 1896, par l'enlèvement du badigeon qui les recouvrait depuis 1821.

Qui voulait fonder une chapelle dans une église s'adressait aux administrateurs de la paroisse et traitait avec eux. Ceux-ci lui concédaient la propriété de la future chapelle qu'il pouvait orner à sa guise ; de son côté le fondateur s'engageait à faire les travaux nécessaires pour la construction de la chapelle projetée et pourvoyait, par le don d'immeubles ou de rentes foncières, aux frais du culte et au traitement 38 du ou des chapelains qu'il choisissait lui-même. Le fondateur devait, et on trouve tous ces détails réglés soigneusement dans les actes de fondation, garnir la chapelle d'ornements, de linge, d'argenterie, de livres liturgiques, etc. En un mot, la chapelle ainsi fondée formait une petite église à côté de la grande, vivant de sa vie propre, de ses ressources personnelles, appartenant au fondateur et faisant partie de son patrimoine, dont le desservant était nommé par le fondateur et par ses héritiers après lui.

Les fondateurs attachaient une grande importance à ce droit de choisir le chapelain auquel revenaient les produits de la fondation, certains cherchaient à assurer cet avantage aux membres de leur famille. On trouve, à Saint-Michel, un curieux exemple d'une combinaison de ce genre : une chapelle, dite des Cinq-Plaies, celle où se trouve aujourd'hui le Sépulcre, a été fondée par Jean Durand, le 14 juillet 1531, avec cette clause expresse, qu'après sa mort, le chapelain serait choisi par son héritier le plus proche et devrait toujours être un membre de sa famille, s'il s'en trouvait un propre à remplir cet office. En fait, cette volonté du fondateur fut respectée jusqu'à la Révolution, et pendant deux siècles et demi, quatorze neveux ou cousins de Jean Durand eurent successivement la jouissance des émoluments attachés à la chapelle des Cinq-Plaies, devenue ainsi un véritable bien de famille.

Plusieurs chapelles furent fondées par des particuliers, dans l'église Saint-Michel, lors de sa construction ; on peut citer la chapelle de la Trinité, ou 39 des Bernard fondée, le 25 janvier 1512, par Etienne Bernard, curé de Franxault ; la chapelle Saint-Elie fondée, le 13 février 1525, par Elie Moisson ; la chapelle des Martin, fondée par acte du 20 avril 1527.

D'autres chapelles existant avec leur dotation dans l'ancienne église furent transférées dans la nouvelle qui eut ainsi, sans, parler de plusieurs autels adossés aux piliers de la grande nef, des chapelles dédiées à la sainte Vierge, à saint Jean-Baptiste, à sainte Marguerite, à saint Sulpice, à saint Jean l'évangéliste, à saint Georges.

Une des chapelles de l'église Saint-Michel a eu une grande notoriété et mérite une mention spéciale, c'est 9 la chapelle ou mieux l'autel des, Trépassés, que l'on désignait volontiers jadis par l'appellation populaire de chapelle des diables. Elle est devenue, en 1821, la chapelle des Rois, que l'on voit dans le transept sud.

Le 6 mai 1530, les fabriciens qui ne négligeaient rien pour l'ornementation de l'église, commandèrent à un sculpteur, Jehan Damotte dit Reynard, pour le prix de 450 livres tournois, le retable de l'autel des Trépassés ; le marché a été conservé et permet de se faire une idée de ce qu'était cette grande composition.

L'ensemble se composait de trois parties superposées -, dans le bas, les morts ressuscitants, avec des diables pourchassant les damnés ; au centre, saint Michel pesant les âmes au milieu de la cour céleste ; dans le haut, le ciel avec les élus et les anges. Seuls les deux pilastres interrompus par des niches garnies de statuettes, supportant une arcade de nuées pour -former le cadre du retable, existent encore. Ils ont 40 été conservés, au dix-septième siècle, par le président Jacob devenu concessionnaire de cette chapelle qu'il " modernisa " profondément et dota richement. Le cadre du retable est resté, mais le tableau a disparu et c'est grand dommage, car les charmantes figures d'anges garnissant les niches des pilastres donnent une haute idée du talent de l'artiste, d'ailleurs peu connu, auquel les fabriciens de Saint-Michel s'étaient adressés, au seizième siècle, pour la décoration de cette chapelle. Le président Jacob chargea Jean Dubois de remplacer ces précieuses sculptures par une œuvre plus à la mode et l'artiste dijonnais représenta le Père éternel dans des nuages et au-dessous les anges rebelles vaincus par saint Michel.

Le Père éternel existe encore, mais le saint Michel, mutilé, presque détruit pendant la Révolution, a complètement disparu en 1821, lors de la transformation de cette chapelle en chapelle des Rois.

Dans le transept nord, faisant pendant à la chapelle Jacob, là où se trouve aujourd'hui la chapelle Saint-Pierre, il y avait un autel avec un Dieu de pitié provenant de l'ancienne église. C'était une statue peinte du quinzième siècle, très réaliste, représentant le Christ après la flagellation, assis, les mains liées, la tête couronnée d'épines.

Chaque concessionnaire de chapelle la disposait et l'ornait à son gré de verrières, de tableaux et de statues. Ces sanctuaires soigneusement clos renfermaient les tombeaux des ancêtres ; aux dix-septième et dix-huitième siècles, les sépultures somptueuses se multiplièrent, à Saint-Michel comme dans 41 les autres églises. On se plaisait à étaler ses titres dans des épitaphes pompeuses et à faire briller son blason sur des monuments d'un go–t souvent douteux dont le luxe contrastait fort avec l'ancienne simplicité des tombes chrétiennes.

On trouve dans l'Histoire de l'église abbatiale et collégiale de Saint-Etienne de Dijon, publiée en 1692, l'énumération des chapelles alors fondées dans l'église Saint-Michel, savoir : la chapelle Sainte-Marguerite, dont il a été question page 5, la chapelle Saint-Jean-Baptiste ou des Fonts, la chapelle de Saint-Sulpice, la chapelle Saint-Jean-l'Evangéliste, dite chapelle des Gros ou d'Agey, la chapelle dédiée, par Elie Moisson, à saint Jean-Baptiste, à saint Jean-l'-Evangéliste et à saint Elie, son patron, la chapelle des Cinq-Plaies, la chapelle de la Résurrection de Notre-Seigneur, dite la chapelle des Martins, la chapelle de la Sainte-Vierge, de Saint-Philippe, de Saint-Claude et de Sainte-Claire, la chapelle Saint-Denis et la chapelle du Nom de Jésus, de Notre-Dame et de Saint-Jean fondée, le 14 février 1667, par Antoine-Bernard Gagne, alors conseiller, plus tard président au Parlement, et Jacqueline Gonthier, sa femme.

Il arrivait parfois que par suite de l'extinction de certaines familles, des chapelles restaient sans entretien et même sans titulaire. Lors des visites canoniques de l'église, et ces visites semblent s'être faites très soigneusement, l'abbé de Saint-Etienne examinait une à une chaque chapelle, voyait si elle était en bon état, et convenablement munie des ornements et de l'argenterie nécessaires. Le propriétaire se mon£42 trait-il négligent, il était averti d'abord et privé de la concession de la chapelle ensuite, si tout ne rentrait pas dans l'ordre. Certaines chapelles ont pu ainsi être attribuées successivement à différents titulaires, de là parfois quelques difficultés pour déterminer l'emplacement de chacune d'elles. < a name="10">

Ceux qui n'étaient pas assez riches pour acquérir une chapelle, s'assuraient du moins, quand ils le pouvaient, un droit de sépulture dans l'église, soit au chœur, soit dans les nefs, des dalles funéraires marquaient les emplacements concédés et, comme les autres églises de Dijon, Saint-Michel finit par devenir un véritable cimetière. En 1705, les fabriciens ayant fait dresser un état des sépultures existant dans l'église, on en trouva deux cent quarante-trois.

La piété de nos pères qui leur faisait désirer reposer dans l'intérieur de l'église, les portait à fonder des messes et des prières de toutes sortes pour le repos des âmes des défunts. Des fondations prévoient, aux anniversaires des décès, des processions avec aspersion de la sépulture sur laquelle était dressé un catafalque.

Du reste, à ces époques de foi, on ne se bornait pas à fonder des messes et des services funèbres, on fondait volontiers des messes devant être célébrées à des jours, à des heures et dans des conditions déterminées, des vêpres, des offices, des prières de toutes sortes, des distributions d'aumônes. Les fondations de tous genres étaient nombreuses à Saint-Michel et leurs dotations formaient un élément important de la richesse de la paroisse.

43 Toutes ces fondations étaient constatées par des actes notariés passés entre les fondateurs et les représentants de la paroisse ; très souvent une inscription placée en évidence dans l'église proclamait' la générosité des fondateurs et précisait les conditions parfois très compliquées mises par eux à leurs libéralités. On se tromperait d'ailleurs en supposant que ces fondations pieuses étaient toujours dues à des familles nobles et opulentes ; on voit encore à Saint-Michel, dans le transept sud, une inscription relative à une fondation faite par un simple laboureur et les archives conservent le souvenir de beaucoup d'autres qui eurent pour auteurs des fidèles de condition très modeste. Parfois, c'était non pas un puissant ou un noble, mais un groupe de bourgeois qui prenait l'initiative de la fondation ; la grande inscription en lettres gothiques encastrée dans la muraille du transept sud, en face de l'autel des Rois, nous offre un exemple d'un fait de ce -genre, et il convient de s y arrêter. Ici, ce sont de braves paroissiens dont les noms sont tous gravés sur la pierre, des vignerons, des cultivateurs qui entendent appeler les bénédictions de Dieu sur leurs récoltes pour les protéger contre les intempéries des saisons. Ils versent la somme considérable de 1,274 livres aux vénérables prêtres et chapelains de l'église qui prennent l'engagement de célébrer à perpétuité des messes et des offices. Chaque jour, devait être dite, au grand autel, une messe basse sonnée pendant une demi-heure, dès trois heures du matin, depuis la Chandeleur jusqu'à la Saint-Rémy der octobre, et à quatre heures le reste de 44 l'année ; la Passion devait être récitée chaque jour depuis le premier avril jusqu'à la Saint-Rémy et " es aultres temps et heures que l'on s'apercevra de mauvais temps, bruismes, gresles ou gelées ". Enfin des grand'messes, des processions, des vêpres, des matines à certains jours déterminés venaient compléter cette importante fondation dont les paroissiens de Saint-Michel étaient justement fiers et dont il ne reste plus qu'une belle inscription devant laquelle tout le monde passe et que bien peu cherchent à comprendre. En suite de cette fondation, la Passion a été récitée, à Saint-Michel, du 1er mai aux vendanges, jusqu'à la Révolution, mais bien avant cette époque la dotation avait disparu.

En fait, rien n'était plus précaire que ces fondations soi-disant perpétuelles et leur histoire semble une ironique leçon donnée à l'homme mortel osant prétendre faire une œuvre durable et triompher du temps qui l'emporte. Même avec une administration prudente et sage, les revenus des biens donnés allaient sans cesse s'amoindrissant et le maintien des services religieux promis devenait par suite impossible, force était de les réduire et les annales de la paroisse Saint-Michel constatent plusieurs réductions de ce genre, en 1721 et 1775 notamment. La réduction de 1775, sur laquelle nous avons des renseignements très précis, donne la liste complète des fondations existant alors à Saint-Michel - il y avait 1,915 messes basses, réduites par Mgr d'Apchon, évêque de Dijon, à 900 ; 213 grand'messes réduites à 128 ; 28 matines et heures canoniales réduites à 14 ; 45 52 saluts, tous les samedis, conservés ; 312 saluts, les autres jours, conservés ; 364 vêpres et complies quotidiennes réduites aux jeudis et veilles de fêtes et dimanches, et six autres jours ; 52 Ave, maris stella, tous les samedis, conservés ; 5 fois les litanies de la sainte Vierge, conservées ; 52 Custode, tous les mardis, supprimés ; 12 Veni Creator, à la messe du premier lundi de chaque mois, conservés ; 3 Domine, lion secundum, avant la bénédiction, les jours gras, conservés ; la Passion, du 1er mai aux vendanges, conservée ; 160 bénédictions et 52 amendes honorables, tous les jeudis, conservées ; 52 Vexilla, tous les vendredi, supprimés ; 6 Stabat, supprimés ; 10 fois les psaumes pénitentiaux, 8 conservées ; 36 vigiles, conservées ; 100 processions au moins, avant la grand'-messe, y compris celle des fêtes et dimanches, conservées ; 200 stations avec De Profundis, Libera ou répons.

Le périmètre de la paroisse Saint-Michel était, avant la Révolution, beaucoup moins étendu qu'à l'heure actuelle, nous avons déjà dit qu'il ne pénétrait pas dans l'enceinte du Castrum formant la paroisse Saint-Médard, et il se trouvait d'ailleurs limité, au midi, par le territoire de la paroisse Saint-Pierre et, au nord, par celui de la paroisse Notre-Dame. La limite de la paroisse Saint-Michel traversait la rue Vaillant à la hauteur de l'entrée du chœur de l'église Saint-Etienne, englobait une partie de la rue Buffon, traversait la rue Saint-Lazare, au n', 18, où l'on voit encore sur le linteau d'une fenêtre l'inscription PAROISSE SAINT PIERRE, 1743, pour 46 se prolonger dans la Campagne ; Mirande, le Bassin, Morveau, Cromois, les Argentières, le Creux d'enfer, Champmaillot dépendaient de Saint-Michel.

De l'autre côté, en partant de la rue Vaillant, dans la direction du nord, la limite paroissiale passait rues Longepierre, Lamonnoie, Jeannin, Jean-Jacques-Rousseau, d'Assas, pour aboutir au rempart.

Ce territoire était très restreint et on n'est pas surpris qu'à la fin du dix-huitième, siècle, on n'ait attribué à la paroisse Saint-Michel que trois mille cinq cents communiants ; mais, dans cette petite paroisse, la vie religieuse, la vie liturgique surtout, était très active et, pour la célébration de tous les offices rappelés ci-dessus, un clergé nombreux était nécessaire. Outre les chapelains affectés au service des chapelles particulières, le vicaire perpétuel ou curé avait comme auxiliaires des prêtres appelés mépartistes parce qu'ils partageaient entre eux une partie des revenus de l'église. Le nombre des mépartistes a varié comme leur mode de nomination. Il y en avait six en 1479 et, à cette époque, ils étaient tous nommés par l'abbé de Saint-Etienne comme le vicaire ou curé lui-même. Après la reconstruction de l'église, les paroissiens qui avaient fait, à cette occasion, de grandes dépenses, prétendirent en être devenus les fondateurs : à ce titre, cri vertu d'une règle alors admise, ils revendiquèrent le droit de nommer eux-mêmes sinon le curé, du moins les mépartistes qui l'assistaient dans son ministère. On sait avec quelle ardeur nos pères, très processifs, 47 défendaient leurs droits même purement honorifiques ; la fabrique, représentant les paroissiens, intenta, à ce propos, un procès à l'abbé de Saint-Etienne et on plaida longuement. Le conflit se termina par une transaction, en date du 25 mai 1510, aux termes de laquelle les mépartistes de Saint-Michel étaient nommés alternativement par l'abbé de Saint-Etienne et par les fabriciens de la paroisse. La formule de l'institution qui devait être donnée aux mépartistes nommés par les fabriciens, était d'ailleurs soigneusement réglée.

A la fin du dix-huitième siècle, cette transaction était encore la loi des parties, l'église était alors desservie par un curé choisi par l'évêque de Dijon comme jouissant de tous les droits de l'abbé de Saint-Etienne, et par onze mépartistes dont trois étaient encore nommés par les héritiers des fondateurs de diverses chapelles et dont les huit autres l'étaient alternativement par l'évêque et par les fabriciens.

Bien entendu tous recevaient de l'évêque l'institution canonique, nous avons plusieurs fois rappelé les droits de l'abbé de Saint-Etienne sur l'église Saint-Michel dont il était le curé primitif, c'est à ce titre qu'il nommait le prêtre chargé dé la desservir, c'est à ce titre qu'il exerçait sur le clergé de Saint-Michel sa juridiction et qu'il faisait la visite canonique de l'église. On se tromperait si l'on s'imaginait qu'il n'y avait là que des droits honorifiques ; il ne faut pas oublier que ce fut pour augmenter les revenus de l'abbaye de Saint-Etienne que l'évêque de Langres, Robert, en 1098, lui céda ses droits sur l'église Saint-Michel. Au moyen âge, de nombreux documents en témoignent, l'abbé de Saint-Etienne louait la cure de Saint-Michel pour une durée limitée et un prix annuels comme on loue une ferme, et il a toujours, sous une forme ou sous une autre, tiré des revenus des églises dont il était curé primitif et qu'il faisait desservir par un vicaire. Longtemps le vicaire de Saint-Michel, nommé par l'abbé de Saint-Etienne, resta un préposé toujours révocable et, en fait, changeant souvent ; sa situation était d'ailleurs assez singulière, car il dépendait à la fois de l'abbé qui le nommait et le révoquait à son gré, et de l'évêque de Langres sans l'approbation duquel, au dix-septième siècle tout au moins, il ne pouvait ni prêcher, ni confesser-, ni administrer les sacrements. Une ordonnance royale de 1629 conféra aux -vicaires l'inamovibilité, d'où leur vint le nom de vicaires perpétuels, et prétendit réduire les curés primitifs aux seuls droits honorifiques. Il y eut des résistances et, à Dijon, quand, en 1662, Claude Fyot fut pourvu de la dignité abbatiale, il consentit bien à confirmer le vicaire de Saint-Michel nommé par son prédécesseur dans son titre perpétuel, mais à la condition que ce vicaire reconnaîtrait sa dépendance en payant chaque année à l'abbaye de Saint-Etienne un droit d'oblation comme cela s'était toujours fait dans le passé. Cette sorte de taxe était de 40 livres pour Saint-Michel. Le vicaire de Saint-Michel et ceux de Notre-Dame et de Saint-Nicolas résistèrent aux exigences de l'abbé, mais, dans un louable esprit de paix, le différend fut soumis à des 49 arbitres, le R. P. Pépin, recteur du collège Godran, le R. P. Germain prieur des Carmes et les avocats Jean Claisne et Nicolas Gemeau. Grâce à leur intervention, une transaction intervint sur les bases suivantes l'abbé Fyot reconnaissait qu'il convenait de donner aux vicaires une situation plus honorable que celle de simples préposés révocables ad nutum, il acceptait donc les vicaires des trois paroisses Notre-Dame, Saint-Michel et Saint-Nicolas comme vicaires perpétuels et les maintenait dans leurs fonctions, se réservant seulement de les instituer et d'exercer, dans leurs églises, tous les droits honorifiques des curés primitifs, y compris ceux de juridiction et de visite.

De leur côté, comme marque de la subordination de leur paroisse et de leur dépendance de l'abbaye, les vicaires perpétuels reconnus s'engageaient à paver annuellement à l'abbé : le vicaire de Notre-Dame, 20 livres, celui de Saint-Michel, 15 livres, et celui de Saint-Nicolas, 10 livres. La transaction fut signée le 1er septembre 1667, mais l'abbé Fyot exigea rétroactivement les redevances annuelles, à partir du 13 septembre 1662, jour de sa prise de possession de l'abbaye.

Il n'existe pas de liste complète des curés de l'église Saint-Michel ; voici les noms de ceux que nous connaissons, avec la date à laquelle chacun de ces noms a été rencontré, dans les documents consultés Champonet Jean, 1429.

Parmi ces curés, il n'en est aucun qui ait acquis une célébrité sauvant son nom de l'oubli, bien peu ont laissé des œuvres imprimées et il est difficile aujourd'hui d'apprécier, leurs mérites et de restituer à chacun d'eux sa physionomie particulière. Au nom du curé Joly Jean-François est resté attaché le souvenir des Sœurs de charité et des Frères de la doctrine chrétienne établis par lui sur la paroisse.

Quarré Barthélemy, qui était en même temps curé de Saint-Michel et chanoine de la Chapelle-au-Riche, a publié plusieurs livres de piété qui, après avoir eu une assez grande popularité à Dijon, sont bien oubliés aujourd'hui. Seuls les bibliophiles connaissent : La garde angélique au Roy Louis le Juste à la France et à la ville de Dijon et Le chariot angélique pour conduire les âmes au ciel, gouverne par Sainct Michel, et les neuf cœurs des anges, enrichy des plus rares vertus et perfections des Esprits célestes. C'est sous ce titre étrange que fut publiée une suite de sermons prêchés, à Saint-Michel, par " Maistre Barthélemy Quarré ".

51 Ces sermons sont aussi bizarres que le titre et on peut leur préférer un petit livre du même Barthélemy Quarré publié, en 1634, sous ce titre : Explication de l'office, et cérémonies que l'église et le peuple observent aux obsèques, Vigiles et Messes des Trespassez. On y trouve d'intéressants détails sur la manière dont se manifestait la dévotion de nos pères envers les morts.

Quand nous aurons rappelé un extrait du discours prononcé, en 1721, par Jean-Bénigne Joly, sur la mort de l'abbé Fyot, l'oraison funèbre de Monseigneur Louis Dauphin de France, Fils de Louis XIV, par Claude Mathieu, alors chanoine de la Chapelle-au-Riche, et du même auteur, un court éloge du professeur de droit, Gabriel Davot, mort en 1743, éloge conservé en manuscrit dans une collection particulière, nous aurons cité tout ce que nous connaissons des écrits des curés de l'église Saint-Michel antérieurs à la Révolution. Ils ont eu, et qui songerait à les en blâmer plus de souci de la gloire de Dieu et du bien des âmes que de leur réputation littéraire.

Il y avait, à Saint-Michel, plusieurs associations pieuses ou confréries. Ces confréries constituaient des établissements religieux, créés et surveillés par l'évêque ; leurs biens étaient considérés comme biens d'Eglise et comme tels inaliénables. Les confréries de Saint-Michel, sauf celle dite des Associés de Saint-Michel dont les membres se trouvaient collaborer à l'administration temporelle de la paroisse, furent surtout des associations de piété ; leur vie ne se manifestait guère que par l'élection du bâtonnier et celle des dignitaires, l'administration de la bourse commune, la célébration de la fête patronale et de différentes cérémonies religieuses. Les confréries procuraient, en outre, certaines tout au moins, aide et secours à leurs membres, mais en général, cela se bornait à quelques actes de charité, prières, assistance aux convois funèbres, etc.

Une des plus anciennes confréries de l'église Saint-Michel était celle des Rois Mages qui est restée longtemps très populaire. Une suite de registres allant de 1551 à 1792, a conservé les noms des membres, les dons des associés et la désignation des rois qui se faisait annuellement au tirage au sort. Le premier roi élu recevait la couronne qu'il conservait chez lui pendant toute l'année pour la remettre, à l'élection suivante, à son successeur. D'après une tradition que rien ne semble confirmer, cette couronne aurait été offerte à la confrérie par nu roi de France.

Le jour de l'Epiphanie, les trois rois suivis des membres de la confrérie assistaient à une procession dans l'intérieur de l'église, et le cortège ne suivait pas, dans les nefs, l'itinéraire habituel : arrivé à l'extrémité de la grande nef, sous la tribune de l'orgue, au lieu de tourner à droite pour gagner le collatéral nord, il passait à gauche. C'était pour rappeler que les mages, divinement avertis en songe de ne point retourner vers Hérode, rentrèrent dans leur patrie par un autre chemin.

Primitivement, la chapelle des Rois était celle aujourd'hui consacrée à saint Vincent de Paul, près de la chapelle de la Sainte-Vierge ; la confrérie avait, d'ailleurs, dans le transept nord, un banc d'honneur 53 OU Siégeaient ses dignitaires. On racontait qu'au temps jadis, le jour de la fête, pendant la messe, on présentait au roi une coupe de vin et qu'il y trempait ses lèvres pendant que les confrères poussaient le cri traditionnel : " Le roi boit ! "

Il existait encore à Saint-Michel différentes confréries, de Saint-Jacques le Majeur, de Sainte-Anne, de l'Ange-Gardien et du Saint-Sacrement. Cette dernière, le fait a été constaté par l'avocat Claude Micaut dans ses notes, célébra, le 25 juin 1753, le second centenaire de son établissement. Il y eut, à cette occasion, une grande solennité : " Le chœur de l'église était magnifiquement paré, le Saint-Sacrement fut exposé toute la journée ; sur les six ou sept heures du soir, à l'issue des complies, on fit la procession qui alla faire une station aux Minimes. "

Pour assurer le service de la sacristie la régularité et la pompe des cérémonies, le clergé de Saint-Michel, de tout temps, a eu recours à des auxiliaires sacristains, enfants de chœur, chantres, musiciens, sonneurs, etc. Il convient de parler ici de ces modestes auxiliaires ; ceux à qui ces détails paraîtront indignes d'attention, n'auront qu'à passer quelques pages.

Dès le seizième- siècle, un bedeau ou marguillier est chargé, sous la surveillance des fabriciens, de parer le maître-autel, de disposer l'argenterie et les ornements liturgiques pour les cérémonies et de tendre et détendre les tapisseries au chœur. De 1650 à 1702, maintes fois des recommandations sont faites au bedeau pour lui enjoindre de sonner exactement 54 aux heures fixées, de ne pas prêter les tapisseries de l'église, de tenir la lampe du sanctuaire nette et toujours allumée, de veiller à la propreté des nappes du maître-autel et de la table de communion, de ne jamais prêter argenterie, linge, ornements à qui que ce soit, sans une autorisation écrite. Au dix-huitième siècle, le bedeau, à Saint-Michel, recevait 120 livres pour ses gages, sans parler des avantages qu'il pouvait retirer de sa situation ; il portait, dans les cérémonies, une robe violette.

Le 14 janvier 1703, on délibéra d'enlever au marguillier le soin de l'argenterie et des ornements et on confia à un prêtre l'entretien et l'ornementation du maître-autel et tout le service matériel du culte. Jean Sarreau fut le premier mépartiste appelé à remplir cette charge de sacristain qui fut bientôt réunie à celle de maître des enfants de chœur.

Une fondation de Michelle de Belrien, femme de Bénigne la Verne, président du Parlement, fondation augmentée, en 1633 et 1638, par la générosité de Bénigne Millotet, petit-fils de la fondatrice, et Claudine de Cirey, sa femme, permettait à la fabrique d1entretenir deux enfants de chœur. A l'origine, ces enfants étaient choisis par les fondateurs et leurs descendants ; plus tard, le choix fut laissé aux fabriciens auxquels cette fondation donna beaucoup de souci.

Ces enfants de chœur étaient confiés à un prêtre du clergé paroissial qui les logeait dans une maison à ce destinée, pourvoyait à tous leurs besoins et leur donnait lui-même l'instruction élémentaire. Un véritable contrat intervenait entre le maître des enfants 57 de chœur et les fabriciens pour déterminer exactement les obligations du maître. D'après le règlement du 22 novembre 1744, il devait initier les enfants de chœur à la connaissance du plain-chant, les perfectionner dans la lecture et l'écriture, les conduire à tous les offices paroissiaux, leur apprendre à chanter par cœur le graduel et les versets, leur faire garder la bienséance. Les enfants devaient coucher seuls, chacun dans un lit avec draps, matelas, couvertures ; ils mangeaient du pain de froment, faisaient quatre repas par jour, avaient de la viande à dîner et à souper et un demi-" chauveau " de vin par jour. Ils étaient, en outre, chauffés, éclairés et blanchis.

Le maître des enfants de chœur ne pouvait sous aucun prétexte, les envoyer ni aux écoles, ni au collège, sans une autorisation formelle des fabriciens.

L'un seulement des deux enfants de chœur était exceptionnellement admis à suivre les cours du collège, " s'il se trouve de l'esprit et de la disposition pour entendre le latin ", mais un enfant restait toujours pour assurer le service à l'église.

Le maître des enfants de chœur avait la jouissance de la maison dite des enfants de chœur, rue Chanoine, et deux cents livres ; il recevait, de plus, cinquante livres comme sacristain et était autorisé à percevoir vingt sols chaque fois qu'il préparait et ornait l'autel et les crédences de noir pour les services et enterrements. Par contre, il était tenu de célébrer chaque année, quarante-huit messes basses, à la décharge de la fabrique. Plusieurs fois, le maître des enfants de chœur se déclara dans l'i possibilité 58 de remplir ses engagements, par suite de chèreté excessive des vivres et la fabrique dut venir à son aide.

Bien entendu, aux jours de fête, il y avait plus de deux enfants de chœur à Saint-Michel. Les fabriciens modifièrent plusieurs fois leur costume. Le 8 janvier 1719, ils leur donnèrent des robes rouges ; nous savons, par les comptes de la fabrique, que les enfants de chœur portaient perruques aux processions solennelles notamment, et cela jusqu'à la Révolution.

Les offices furent longtemps chantés, à Saint-Michel, par les membres du clergé et par les fidèles ; au quinzième siècle, des instruments vinrent soutenir la voix et des chantres gagés furent bientôt appelés à aider le prêtre et les assistants.

Cependant, jusqu'au commencement du dix-huitième siècle, les fidèles continuèrent de chanter à Saint-Michel, s'associant ainsi personnellement aux cérémonies liturgiques. Les clapiers, ce détail est noté par de Moléon, dans ses Voyages liturgiques en France, se promenaient non seulement dans le chœur, mais encore dans une partie de la nef. Cet usage avait pour but de " maintenir le chant et de reprendre ceux qui y manquent, comme aussi de faire taire les causeries, et c'est peut-être pour cela, ajoute de Moléon, que les chantres ont des bâtons en main ".

Le premier instrument employé pour soutenir le chant dans notre église parait avoir été le serpent, ce vieil instrument que l'on ne retrouve plus guère que dans les attributs dont le dix-huitième siècle s'est plu 59 à décorer les boiseries des églises. Celui de Saint-Michel ne cédera la place à l'ophicléide que dans le cours du dernier siècle.

Depuis longtemps on lui avait adjoint des orgues.

Le 29 septembre 1587, jour de la fête patronale, on inaugura des orgues à Saint-Michel, et depuis il est souvent question dans les registres de la fabrique, de la réparation des orgues et du choix de l'artiste chargé de les toucher.

En 1692, il est délivré un mandement de dix livres à Lorin pour avoir soigné l'orgue pendant une année et un autre de quarante livres à Marotel pour l'avoir touché pendant le même temps. En 1744, c'est un jeune homme de quatorze ans, Philibert Perronard, fils d'un marchand chamoiseur, qui, après examen, est admis comme organiste, aux gages annuels de cent livres, en remplacement d'une demoiselle Duplu.

L'année suivante, les fabriciens, peu satisfaits sans doute du talent de ce jeune organiste, traitaient, aux mêmes conditions, avec Pierre Doublet, maître menuisier à Dijon, et Pétronille Doublet, sa fille, qui se qualifie d'organiste. Toutefois, ses études musicales n'étaient probablement pas encore terminées, car père et fille s'engageaient " à fournir à leurs frais un organiste capable jusqu'à ce que ladite Pétronille puisse remplir l'emploi ". La durée du contrat était de trois ans, il fut renouvelé air même prix le 30 juin 1748.

Ces détails montrent qu'on avait alors quelque peine à Dijon à trouver des musiciens capables de tenir un orgue.

60 L'église Saint-Michel a toujours eu plusieurs cloches, souvent remplacées. Elle avait également, dès le seizième siècle, une horloge à laquelle s'intéressait la municipalité : en 1583, sur la requête des fabriciens dont toutes les ressources étaient alors absorbées par les salaires des ouvriers employés à la construction de l'église, la chambre de ville faisait don d'une somme de vingt écus pour aider à faire une grosse cloche pour l'horloge de l'église Saint-Michel " à la charge, porte la délibération, de faire faire une monstre (cadran) apparente pour cognoistre les heures et demy heures, et à ung coint d'icelle monstre faire mettre les armoiries de la ville ". La condition fut exactement remplie et l'église Saint-Michel eut pendant longtemps un cadran à son horloge ; il était apposé, du côté de la place Saint-Michel, contre le pignon du transept nord où l'on voit encore les crampons de fer qui le soutenaient. Le trou par lequel passait l'axe donnant mouvement à l'aiguille a disparu lors des dernières réparations ; nous savons, d'ailleurs, par un ancien dessin, que ce cadran était abrité par un petit toit en forme d'auvent.

Les cloches de l'église Saint-Michel furent d'abord installées dans les tours du portail ; mais après l'incendie allumé par la foudre dans le clocher de l'église Saint-Etienne, le 2 juillet 1684, on les transporta dans la tour centrale où elles sont encore.

Ces cloches étaient nombreuses et elles furent souvent refondues à la suite d'accidents. Les registres de catholicité renferment plusieurs actes de bénédiction de cloches avec les noms des parrains et marraines.

61 Le 27 janvier l689, J.-B. Derequeleyne, délégué par l'abbé Fyot, bénissait deux cloches auxquelles messire François-Bernard Jacob, président à mortier au Parlement, et dame Jacqueline Gonthier, veuve de messire Antoine-Bernard Gagne, président à mortier au Parlement, Monsieur Bénigne de Machecot, conseiller du roi au Parlement, et dame Catherine de Conouville de Raphetot, veuve de messire Jacques Legrand, président de la chambre des comptes, donnèrent leurs noms.

" Le 6 octobre 1716, fut faite la bénédiction de la seconde cloche de l'église paroissiale de Saint-Michel sous l'invocation de saint Philibert et de sainte Madeleine ; ceux qui ont été choisis pour prêter leurs noms à cette cérémonie sont messire Philibert Gagne, seigneur de Perrigny, conseiller du Roy en ses conseils, président à Mortier au Parlement de Bourgogne, et dame madame Madeleine De la Toison, relicte (veuve) de messire Bernard Jacquot aussi conseiller du Roy en ses Conseils, second président au Parlement de Bourgogne. " La plus grosse cloche de Saint-Michel, fondue en 1572, par " Maistre Mauris Jornot ", existe encore.

Elle pèse environ sept milliers et était déjà fort usée des quatre côtés en 1716, car le 15 décembre de cette année, les fabriciens, pour la ménager, décidaient qu'elle ne serait plus sonnée qu'aux fêtes solennelles.

Cette belle cloche, fort ornée, mesure 1m 60 de hauteur et de diamètre à sa partie inférieure et donne un si bémol. Nous savons, par l'inscription qui court sur sa panse, qu'elle a été fondue grâce à un legs de 62 cent escus soleil dû à Catherine Mignot, auquel se sont jointes les aumônes des paroissiens ; qu'elle a eu pour parrains et marraines Jacques, comte de Vintimille, seigneur d'Agey, André Moisson, seigneur du Bassin, Elisabeth Vion de Fontaine-Madame et Guillemette Mignot, femme de M. G. Perreault.

Les cloches de Saint-Michel étaient nombreuses avant la Révolution ; au dix-huitième siècle, dans les règlements de la fabrique, qui énumèrent les différentes sonneries funèbres pour en fixer le co–t, on trouve mention des deux grosses cloches, des secondes cloches et des petites cloches.

Sans parler des deux petites cloches sur lesquelles l'horloge sonne encore les demies et les quarts, on comptait alors sept cloches dans le beffroi de notre église. L'une d'elles, nommée la cloche du chapitre ou du Grand, servait à appeler les mépartistes aux chapitres ou assemblées, et pour cela, on la tintait, à trois reprises, vingt coups à chaque reprise.

Les sonneries en usage étaient très variées, elles mettaient en jeu plus ou moins de cloches tantôt en volée, tantôt piquées seulement, de manière à former des carillons joyeux, des glas funèbres et diverses combinaisons dont le sens était alors compris par tous les paroissiens. On rencontre souvent dans les vieux textes les mots tréseau, tréseler, qui supposent primitivement l'emploi simultané de trois cloches, comme le mot carillon celui de quatre. Ainsi le 28 mai 1518, Etienne de Cirey fonde des prières le jour de la Pentecôte, " laquelle fondation sera tréselée sur la fin 63 par l'espace d'un demi-quart d'heure desdites vêpres, par les cloches dudit Saint-Michel ".

On lit dans un acte daté du 10 décembre 1647, par lequel Jeanne Senault, femme Hudelot, fonde à Saint-Michel, un service annuel, heures canoniales et grand'messe, " lesquels vêpres et grand'messe seront carillonnées, savoir le tréseau à la grosse cloche, la veille à l'heure de midi ".

La longue inscription gravée sur la muraille d'une chapelle du collatéral sud de l'église Saint-Michel et portant la date de 1573, renferme ces mots : " sonner les cloches et tréseaux ".

Comme les autres cloches de la ville, celles de Saint-Michel prêtaient leurs voix pour célébrer les grands événements : quand la nouvelle de la mort de Louis XIV parvint à Dijon, la municipalité ordonna de sonner toutes les cloches, les 6 et 7 septembre 1715, d'heure en heure. La sonnerie générale dura trois jours, en mai 1774, à la mort de Louis XV.

Le 30 mars 1785, à 7 heures du soir, les cloches de l'église Saint-Michel mêlèrent leurs voix à celles des autres cloches de la ville pour un grand carillon général à l'occasion de la naissance du second fils de Louis XVI, Louis- Charles de Normandie qui devait mourir au Temple, le 8 juin 1795.

Deux ans auparavant, sur l'ordre de Mgr de Vogüé, une autre sonnerie générale mit en branle toutes les cloches de Dijon pour la bénédiction du nouveau cimetière.

La vie religieuse était très intense à Saint-Michel, comme dans les autres églises de la ville les fêtes 6 chômées étaient nombreuses, l'ordonnance du 2 janvier 1667 en prescrit vingt-huit, outre les dimanches.

La célébration des messes, au seizième siècle, commençait de grand matin, on sonnait en été dès 3 heures du matin, en hiver à 4 heures. On voit, par ce détail, que nos pères avaient des habitudes matinales et ne songeaient pas à se plaindre d'être réveillés avant l'aurore, les santés d'ailleurs ne s'en trouvaient pas plus mal, car on se couchait tôt en général.

L'heure des offices variait suivant les solennités le jour de Noël de l'année 1744, la grand'messe a été célébrée à 10 heures avec l'orgue et à " double revesture ". Le 25 mars 1745, jour de l'Annonciation, les vêpres furent chantées à l'issue de la messe, et il y eut le soir, à 5 heures, un office où l'on chanta les complies, les litanies de la Sainte Vierge et qui se termina par la bénédiction du Saint-Sacrement.

Le 9 mai 1745, fête de l'Ange Gardien, le Saint-Sacrement fut exposé pendant la grand'messe, à une heure, vêpres, complies et bénédiction.

Un billet d'invitation conservé dans une collection dijonnaise nous apprend qu'en 1770, pour la fête paroissiale, on chantait la veille, 7 mai, à 3 h. 1/2 après midi, les premières vêpres ; la grand'messe, le lendemain, était célébrée à 8 h. 1/2 ; à 3 h. 1/2, les vêpres ; le jour, suivant, à 9 h 1/2, il était dit une messe de Requiem. C'est le cérémonial encore en usage, pour les fêtes patronales, dans beaucoup de paroisses rurales, sauf les premières vêpres qui n'ont pas été conservées.

65 L'ordonnance épiscopale du 20 août 1775 déjà citée à propos des réductions opérées dans les charges des fondations, renferme quelques détails sur l'organisation du service religieux dans la paroisse. Il devait y avoir " quatre messes quotidiennes à heures fixes et une cinquième les jours de dimanches et fêtes, savoir

" 1 La grand'messe paroissiale les dimanches et fêtes, et la messe haute du chœur les jours ouvrables, ou une messe basse à la même heure les jours auxquels il n'y avait point de grand'messe ;

" 2, La messe basse du matin au maître-autel, à six heures du premier mars au premier septembre et à sept heures, le reste de l'année, précédée de la Passion du premier mai aux vendanges ;

" 3 Messe basse à dix heures, à l'autel Jacob, laquelle s'acquittera à huit heures, les dimanches et fêtes, au grand autel, avec lecture de l'Epître et de l'Evangile en francais, les jours de dimanches ;

" 4, Messe basse à l'autel Jacob, à onze heures les jours ouvrables, et à onze heures et demie les dimanches et fêtes " 50 Les jours de dimanches et fêtes (outre la grand'messe paroissiale et les trois messes basses cy-dessus) une cinquième messe basse à l'autel de la Sainte-Vierge, à sept heures en été et à sept heures et demie en hiver."

On voit par ce règlement, qu'en 1775, la messe de 11 h. 1/2 était encore célébrée à l'autel Jacob, le dimanche. François-Bernard Jacob, président au Parlement, avait donné 24,000 livres, en 1698, pour la 66 création de quatre chapelains chargés d'assurer, chaque jour, la célébration de quatre messes à l'église Saint-Michel, la première à 10 heures, la seconde à 10 h. 1/2, la troisième à 11 heures et la dernière a 11 h. 1/2. Cette messe tardive devint vite une messe à la mode où le beau monde affecta de se montrer.

Certains se scandalisèrent et, en 1707, l'abbé Fyot crut devoir intervenir et, par ordonnance, fit avancer les quatre messes d'une demi-heure, la messe de 11 h. 1/2 favorisant la paresse, la mollesse, la curiosité et les autres inclinations criminelles. L'émotion fut assez vive dans la paroisse. Les fabriciens protestèrent entendant défendre la volonté du président Jacob, et la discussion faillit donner lien à un procès.

Cependant les esprits se calmèrent, les mépartistes qui avaient d'abord refusé d'obéir à l'ordonnance de l'abbé s'excusèrent en rejetant la faute sur les fabriciens qui les auraient contraints à épouser leurs sentiments et l'abbé revint sur sa décision, mais en déclarant que si les scandales venaient à se renouveler, procès-verbal serait dressé, afin d'y être pourvu.

Chaque dimanche, alors comme aujourd'hui, le pain bénit était offert, à la grand'messe, par une des familles de la paroisse. L'un des membres de la famille, dont le tour était venu, s'approchait du sanctuaire un cierge à la main, au moment de l'offertoire, et, après la bénédiction des pains, remettait une offrande au curé et à la fabrique. Un pain d'une forme spéciale appelé " chanteau " était donné, lors de la distribution, à celui qui devait offrir le pain bénit le dimanche suivant.

67 En 1670, Me la conseillère de la Loyère refusa d'offrir le pain bénit et paya deux pistoles au curé pour les pauvres. Les fabriciens prirent une délibération portant qu'un procès lui serait intenté si elle persistait dans son refus et qu'en attendant sa détermination, la fabrique se chargerait pour elle du pain bénit, sauf à recouvrer les frais avancés. Il est probable que Madame la conseillère s'exécuta pour éviter une condamnation certaine.

La mairie de Dijon installée, depuis 1560, dans l'ancien hôtel Rollin, " rue des Folz " (rue Jeannin), devenu l'Hôtel des Archives, se trouvait sur la paroisse Saint-Michel, elle y devait, comme tout paroissien, offrir le pain bénit et le pain bénit de la ville était un événement, une cérémonie très populaire dont la mise en scène était toujours très soigneusement préparée. Les susceptibilités, les questions de préséance auxquelles nos pères attachaient tant d'importance, donnaient parfois quelques soucis aux fabriciens, dans ces graves circonstances.

Le 28 février 1655, le maire offrant le pain bénit fut reçu à la porte de l'église par deux fabriciens qui le remercièrent de se reconnaître paroissien de Saint-Michel. Le corps de ville assistait à la fête au grand complet avec 'sergents, trompettes et tambours comme il y avait alors un grand nombre d'échevins, il fallut réserver les places et sièges du chœur des deux côtés. Les frais de la fête s'élevèrent, pour la municipalité, à 121 livres 5 sols.

Cette cérémonie se renouvela le 2 juin 1689, le 1er janvier 1696 et le 4 août 1706. Ce jour-là, le 68 premier coup de la messe étant sonné, le bedeau en revêture se rendit à l'hôtel de ville pour avertir et quérir les magistrats, ceux-ci, pendant le trajet de l'hôtel de ville à Saint-Michel furent précédés de tambours, hautbois, fifres et des sergents avec leurs hallebardes. Le pain bénit, trois gros gâteaux garnis de dix-sept banderoles de taffetas blanc peintes aux armes de la ville et à celles de M. Clopin, maire, était solennellement porté, sur les épaules, par six sergents de la mairie.

M. Petit et deux autres députés dé la fabrique échangèrent avec le maire force compliments, les fabriciens prirent la gauche du maire et des deux premiers échevins et les conduisirent jusqu'au chœur pour retourner prendre leurs places au bureau.

Après l'évangile, les gâteaux posés au chœur sur un théâtre couvert de tapis furent bénits, le secrétaire de ville fit l'offerte tenant un gros cierge de cire blanche au-dessus duquel étaient deux demi-louis d'or. Après la bénédiction, les gâteaux portés à la sacristie furent découpés en gros et petits morceaux. Les gros furent offerts dans un bassin d'argent, par le bedeau, d'abord aux officiants et aux mépartistes, puis aux fabriciens, aux magistrats et enfin aux associés. Les trompettes et timbaliers envoyés par messieurs de la ville jouèrent, de la tribune de l'orgue, à l'entrée, à l'offerte et à la sortie.

La messe finie, les députés de la fabrique allèrent au chœur reprendre les magistrats municipaux, en passant devant le bureau, après civilités faites aux 69 trois premiers fabriciens qui y étaient, le maire donna ses deux louis dont on le remercia. Les banderoles furent distribuées aux fabriciens et aux membres du clergé. Enfin, après la cérémonie dont l'éclat avait attiré un grand concours, les magistrats envoyèrent une brioche à chacun des fabriciens, par un sergent de la mairie. Les frais du pain bénit de la ville s'élevèrent, cette année-là, à 267 livres 7 sols.

La dépense fut beaucoup plus élevée en 1730, elle atteint le chiffre de 544 livres 14 sols. On conserve aux archives de la ville de Dijon non seulement un procès-verbal très détaillé de la cérémonie qui eut lieu le 13 mars, mais encore la liste des notables dijonnais auxquels M. le maire Philibert Baudot fit porter des brioches : " L'après midy, aux soins de Monsieur le Maire et sur les listes faites à la Chambre, il a été porté des brioches sçavoir trois à monsieur le comte de Tavannes, commandant pour le roy en cette province, trois à monsieur le premier président, trois à monsieur le premier président de la Chambre des comptes et trois à monsieur le comte de Montigny et de Bierre, intendant de S. A. S. monseigneur le Duc gouverneur de cette province avec chacune une banderolle (sic) de tafetas blanc aux armes de la ville et de monsieur le vicomte mayeur à tous présentées par un substitut en robe noire accompagné chacun de leurs sergents.

" Pareilles brioches ont été aussy portées, dans le même jour, par les sergents de la mairie, à tous les autres présidents, conseillers, maîtres des comptes, aux sept curés des paroisses et plusieurs personnes 70 de la première considération de la ville, à Monsieur Baudinet antique mayeur et autres parents et amis de Monsieur le vicomte mayeur le tout au nombre de près de quatre cents. "

En 1745, le nombre des brioches distribuées fut sans doute plus considérable encore, car la dépense s'éleva à 775 livres 18 sols. M. le conseiller Burteur, vicomte-mayeur, avait fait grandement les choses ; le cérémonial fut le même et la relation de la fête ne renferme rien de nouveau. En 1753, 1761 et 1769 le co–t du pain bénit de la ville s'abaisse à 117, 100 et 245 livres.

Les processions étaient fréquentes à Saint-Michel, soit dans l'intérieur de l'église, soit au dehors ; loin de songer à interdire ces manifestations pieuses, les autorités d'alors y prenaient part volontiers. Outre douze processions générales, l'ordonnance de 1775, déjà citée à propos des réductions de services religieux fondés, mentionne " cent processions au moins avant la grand'messe compris celles des fêtes et dimanches ".

. La procession de la Fête-Dieu comportait d'ordinaire trois ou quatre reposoirs ; le 17 juin 1745, elle eut lieu à 8 heures du matin ; les reposoirs étaient placés rue Roulotte (rue du Lycée), rue Chanoine (rue Jeannin) et, devant la maison de la demoiselle Boyer. Il y eut station à l'église des dames de Sainte-Ursule (rue Chancelier-l'Hôpital), à 10 heures, rentrée et chant du Te Deum.

Le 1er juin 1752, à la procession de la Fête-Dieu, " le dais a été porté par Messieurs les avocats et 73 procureurs en robes, ainsi qu'il est d'usage sur la' paroisse, les sieurs Poulet et Dumas comme fabriciens de second rang ayant chacun un flambeau à la main, en habits de cérémonie, savoir ledit sieur Poulet en robe et ledit sieur Dumas en habit noir et manteau, ont marché à côté du Saint-Sacrement et Messieurs les autres fabriciens immédiatement après le dais en suite du célébrant, tous les confrères du Saint-Sacrement ayant chacun un flambeau à la main ont précédé la procession, ainsi qu'il est d'usage chacun an. " Dijon avait aussi des processions générales dans lesquelles figurait le clergé de Saint-Michel à son rang, Saint-Michel étant la troisième des cinq paroisses de la ville. La plus célèbre de ces processions était celle de la Sainte Hostie' qui, chaque année, le jour de l'octave de la Fête-Dieu, sortait de la Sainte-Chapelle où était conservée l'hostie miraculeuse, pour se rendre, en grande pompe, dans l'une des paroisses. Voici une sorte de procès-verbal de la réception de la Sainte Hostie, à Saint-Michel, en 1745 ; on y verra ce qu'était, à cette date, une grande cérémonie dans cette église : " Le dimanche 20 juin 1745, la grande Messe de la paroisse a été célébrée à la chapelle Jacob à six heures ; la procession de la sainte Hostie est entrée à l'église sur les dix heures, Messieurs les fabriciens ès personnes de Monsieur Languet de Rochefort, président à mortier, Monsieur Demontot, conseiller au parlement, Mr Boulanger, trésorier de France, Mrs Julliet et Boisot avocats, Mr Rouget sindicq (sic) 74 des estats, Mr Dumas marchand estants au bureau, le Marguillier en robe les a précédés, et se sont trouvés à la grande porte du portail pour recevoir la procession, Monsieur le Curé et Messieurs les prestres Mépartistes assistés d'un grand nombre d'ecclésiastiques, tous en chape, un flambeau à la main, les enfans de choeur en tunique et en flambeaux et plus de trente six clercs tonsurés, dont douze estoient en aubes, tuniques et ascencoirs (sic), douze en chapes et flambeaux, douze avec des paniers de Fleurs, tout ce clergé est allé audevant de la procession jusqu'à la première maison de la paroisse proche l'hôtel de Villoy où Monsieur le Curé assisté de Messieurs Lardillon l'aisné et Bertrand prestres Mépartistes revestus de surplis et estoles, a encensé à genoux la Sainte-Hostie, et s'étant relevé a pris rang avec ledit sieur Bertrand dans le milieu de la procession proche des diacres et sous diacres, le sieur Lardillon s'estant mis à la tête des clercs, et tout le clergé a formé un double rang avec Messieurs de la Sainte-Chapelle jusqu'à l'église de Saint-Michel où la station s'est faite.

" Messieurs les fabriciens à la sortie de la procession se sont trouvés au portail, Messieurs les prestres ont reconduit la procession jusqu'à la dernière maison de la paroisse rue du potet (rue Buffon) où Monsieur le Curé a encensé comme cy devant la Sainte Hostie. M. Lardillon et les clercs tonsurés sont allés jusqu'à la Sainte Chapelle, de même que les Confrères de la Confrérie du Saint-Sacrement en grand nombre tous le flambeau à la main, et estoient 75 allés audevant de la procession jusqu'à la première maison de la paroisse.

" L'église a été ornée de dix sept lustres avec la lampe d'argent, le portail garni de plusieurs pièces de tapisserie, de même que la porte du costé de la rue du potet (rue Buffon), le bureau de la fabrique tapissé en verdure, tableau, pots de fleurs, des cierges aux chandeliers des piliers, le Maître autel décoré très magnifiquement de plusieurs chandeliers, flambeaux d'argent, pots de fleurs, le dais au dessus de l'autel avec quatre grands rideaux de damas cramoisy à galons d'or, cinq tables garnies de toilettes magnifiques, les vitraux bouchés de tapisseries de verdure, les stalles du chœur garnies de tapisseries et tableaux, le pavé du sanctuaire et du chœur couvert de, tapis de turquie, le pupitre et l'ange ayant estés déplacés ce qui a donné depuis le portail un coup d'œil très agréable, les chapelles de la Sainte Vierge, Saint Philippe, Saint Jean, Saint Eloy ont été ornées avec huit cierges sur chaque autel, les chapelles du Dieu de pitié, Jacob, du grand et sainte Anne estoient aussy ornées avec quatre cierges sur chaque autel.

" Il y avoit, tant dans le chœur que dans l'église grand nombre d'orangers, lauriers, grenadiers et autres pots de verdure qui faisaient un bon effet, tout le luminaire montant à plus de deux cent cinquante cierges a esté fourny par la confrérie du Saint-Sacrement, et Monsieur le Curé et Messieurs les prestres se sont chargés du déjeuner donné aux ecclésiastiques pendant la station. 76 " Messieurs de la fabrique ont fait le surplus de la dépense.

" La veille à midy et le soir et pendant la marche de la procession, il a été carillonné pendant près d'une heure chaque fois.

" Les portes de l'église et du chœur ont été gardées par neuf soldats des invalides du Château auxquels Messieurs les fabriciens ont fait donner à déjeuner.

" Toute la décoration a estée réglée et exécutée par les soins de Monsieur Bertrand, prestre Mépartiste de l'église, maitre des enfans de chœur et Sacristain qui n'a voulu accepter aucune rétribution à luy offerte par Messieurs les fabriciens qui l'ont remercié.

" M. de Masson l'horlogier et Masson fondeur et Gilquin peintre, officiers de la Confrérie du Saint-Sacrement, se sont aussy donné beaucoup de mouvement et de soins pour la décoration dont Messieurs les ont pareillement remerciés. Messieurs les députés du Chapitre de la Sainte-Chapelle et Monsieur de Grosbois doyen ont remercié Messieurs de cette magnifique réception et ont été pour cela chez plusieurs de Messieurs les fabriciens. " Nous avons là, et c'est pour cela que nous avons cru devoir reproduire en entier ce récit, la description d'une grande décoration de l'église Saint-Michel, vers le milieu du dix-huitième siècle ; on y trouve, en outre, des détails sur les chapelles et les usages liturgiques du temps, détails dont certains soulèvent des questions dont nous laissons à d'autres la solution à quel usage, par exemple, servaient les " cinq 77 tables garnies de toilettes magnifiques " ? où étaient-elles placées ? Parfois les processions dijonnaises se transformaient en pèlerinages à des sanctuaires vénérés et on voyait les fidèles, clergé en tête, aller à Notre-Dame d'Etang (Velars-sur-Ouche) et même parfois beaucoup plus loin. Ainsi, le 7 juin 1640, les mépartistes de Saint-Michel partaient de Dijon, par la porte Saint-Pierre, accompagnés de deux cents de leurs paroissiens, pour se rendre à Saint-Claude (Jura), et le voyage, aller et retour, ne dura pas moins de treize jours. Après une longue marche, le soir venu, on s arrêtait dans les villes traversées et la population faisait fête aux courageux pèlerins. Au retour, un incident se produisit : M. Coineau, maire de Dijon, mécontent de n'avoir pas été prévenu du départ du clergé de Saint-Michel, fit fermer les portes de la ville et les pèlerins durent parlementer pour pouvoir rentrer chez eux.

Nous avons déjà eu plusieurs fois occasion de parler incidemment des fabriciens de l'église Saint-Michel ; il convient peut-être d'indiquer leur rôle dans l'administration temporelle de la paroisse. Sans prétendre éclaircir les obscurités qui entourent l'origine des fabriques, constatons simplement que de bonne heure des laïques se sont trouvés associés à l'administration des biens des églises par le clergé lui-même et qu'un article des statuts arrêtés pour le diocèse de Dijon, dans le Synode du 3 mai 1743, défend " aux Curez et Vicaires de gérer et administrer par eux-mêmes, les biens appartenant à leurs £78 fabriques ". En Bourgogne, l'organisation des fabriques était avant tout régie par l'usage local et quand le second évêque de Dijon, Claude Bouhier, entreprit de régulariser cette organisation en publiant les statuts de 1743, il déclara formellement n'entendre préjudicier en rien aux usages des fabriques de Dijon et des autres villes du diocèse.

Dès le quatorzième siècle, nous trouvons, à Saint-Michel, la gestion des biens de la paroisse confiée à des fabriciens représentant les fidèles et nommés par eux. Ces fabriciens choisissaient parmi eux un président et un receveur chargé du maniement des deniers.

Chaque fois, d'ailleurs, qu'il y avait lieu de prendre une décision importante, entraînant, par exemple, des charges pécuniaires nouvelles, tous les intéressés, c'est-à-dire tous les paroissiens chefs de maison, étaient réunis pour discuter et émettre leur avis. C'est dans une réunion de ce genre qu'a été décidée la construction de l'église actuelle.

Peu à peu cette intervention directe des fidèles dans l'administration temporelle de la paroisse devint de plus en plus rare et finit par disparaître tout à fait.

C'est simplement par respect pour un vieil usage disparu qu'on indique encore parfois, aux dix-septième et dix-huitième siècles, dans des délibérations, que les paroissiens dûment convoqués ne se sont pas présentés. La cloche sonnait encore pour convoquer les paroissiens, mais chacun savait bien que personne n'attendait son vote et chacun restait chez soi.

Pendant un certain temps, les paroissiens continuèrent à nommer du moins les fabriciens qui £79 administraient à leur place ; puis les fabriciens restant en fonction nommèrent eux-mêmes les nouveaux titulaires destinés à remplacer les membres, sortants, car le conseil de fabrique se renouvelait par des élections partielles de deux en deux ans. L'usage s'établit de choisir les fabriciens parmi les membres de l'Association de Saint-Michel et d'avoir toujours dans le JL conseil deux de MM. les officiers du parlement, un de la chambre des comptes ou du bureau du trésor, deux avocats et deux procureurs ou bourgeois ; les membres des cours souveraines étaient dits fabriciens de premier rang.

Le conseil de fabrique se réunissait sur convocation, chaque fois qu'il en était besoin, d'ordinaire le dimanche avant ou après les vêpres.

Les fabriciens et les associés de Saint-Michel avaient leurs places marquées dans les processions et les cérémonies. Nos ancêtres attachaient une grande importance aux questions de préséance et elles donnaient lieu bien souvent à d'interminables procès.

On a conservé le souvenir d'un procès de ce genre entre les associés de Saint-Michel et les chanoines de Saint-Etienne. Ceux-ci venaient tous les ans, le jour de la fête patronale, célébrer les offices solennels à Saint-Michel et ils émirent, à plusieurs reprises, la prétention d'occuper les hauts sièges dans le chœur.

Les associés de Saint-Michel invoquaient l'usage ancien qui leur assurait, ce jour-là, la possession de ces places d'honneur. Le 28 septembre 1650, il fut délibéré par les associés qu'ils se maintiendraient dans cette possession, à l'exclusion de MM. de £80 Saint-Etienne, réduits à se contenter de bancs couverts de tapis.

Pareille humiliation sembla insupportable et, le 29 septembre 1653, les chanoines de Saint-Etienne, après avoir promis d'occuper les chaises préparées pour eux dans le chœur, s'emparèrent des hauts sièges, malgré les protestations indignées des associés.

L'incartade des chanoines était d'autant plus grave que la justice se trouvait alors saisie de la question des hauts sièges ; immédiatement les fabriciens décidèrent de soutenir leurs droits par tous les moyens.

La lutte qui dura longtemps, ne nous intéresse plus guère et fait penser au Lutrin de Boileau.

Les fabriciens avaient un costume obligatoire, au moins pour les jours de fête. Ceux qui appartenaient au Parlement revêtaient alors la robe rouge ou noire suivant l'importance de la solennité, les autres magistrats ou officiers ministériels prenaient leur robe noire professionnelle ou le petit manteau noir qui constituait le costume de cérémonie des fabriciens n'ayant pas droit à la robe.

Le 26 décembre 1773, fabriciens et associés réunis à la sacristie, avant les vêpres, ont délibéré sur la question du costume des fabriciens : certains se plaignaient d'avoir à le revêtir trop souvent et, pour leur donner - satisfaction, on réduisit le nombre des jours auxquels ils restaient tenus d'assister aux offices, au banc d'œuvre, en robes ou manteaux. Le nouveau règlement qui a été imprimé et auquel peuvent recourir ceux qui veulent plus de détails, n'exigeait plus le costume qu'aux jours suivants - à la Purification de la Sainte Vierge, le dimanche des Rameaux, le Jeudi saint, le Vendredi saint, le jour de Pâques, la veille et le jour de la fête de l'Apparition de saint Michel, le lendemain, au service pour les fabriciens décédés, à la Pentecôte, à la Fête-Dieu, le jour de la Dédicace, à l'Assomption, à la Toussaint et le jour de Noël. Les fabriciens devaient assister, en outre, en robes noires et en petits manteaux noirs, le jour de la Saint-Etienne, à la sacristie, à deux heures, à l'assemblée générale de l'Association de Saint-Michel.

Selon l'usage alors suivi dans la plupart des compagnies, quand un fabricien tombait malade, ses collègues ou quelques-uns d'entre eux, délégués à cet effet, allaient le visiter, s'informer de son état, puis retournaient le féliciter de sa guérison ou, en cas de décès, portaient à ses proches des témoignages de condoléances Un service solennel était d'ailleurs célébré pour le repos de l'âme de chaque fabricien décédé, tous ses collègues devaient y assister et on avait soin d'y convoquer officiellement les parents du défunt.

La mission des fabriciens était fort complexe représentant les paroissiens qui ayant rebâti l'église étaient considérés comme ses fondateurs, ils désignaient les titulaires de la moitié des méparts, disons qu'ils nommaient la moitié des vicaires de la paroisse, de plus ils étaient chargés d'assurer le service du culte, de traiter à ce sujet, avec le vicaire perpétuel ou curé et les mépartistes, de veiller à l'exact acquittement des fondations, enfin ils administraient les 82 biens, de la paroisse et devaient entretenir et orner l'église.

C'étaient les fabriciens qui, au nom des paroissiens, passaient un contrat avec le curé nommé par l'abbé de Saint-Etienne et lui faisaient signer solennellement ce que l'on appelait l'état des charges. Les obligations ainsi imposées au curé de Saint-Michel comprenaient, outre les services religieux très minutieusement réglés, outre les conditions de certaines fondations et les fournitures y afférentes, luminaire, pain, vin, aumônes, certaines charges traditionnelles qui nous étonnent et qu'expliquent de vieux usages jalousement conservés. Ainsi le vicaire perpétuel de Saint-Michel était tenu d'offrir aux fabriciens un certain nombre de repas, à des jours déterminés, le Jeudi saint, le jour de la Dédicace et le jour des Trépassés, c'est ce qu'on appelait les trois banquets.

Le co–t de chaque banquet était fixé et a plusieurs fois varié, mais les fabriciens tenaient à être bien traités et veillaient pour empêcher le vicaire perpétuel de chercher à faire des économies sur le menu. Ces banquets existaient encore à la fin du dix-septième siècle.

Les fabriciens ne se renfermaient pas, comme leurs successeurs du dix-neuvième siècle, dans l'administration des affaires temporelles de la paroisse, ils s'immisçaient volontiers dans ce qui touche au culte et par conséquent au spirituel. En 1561, nous les voyons se réunir, le 8 mars, et délibérer gravement, avec les associés de Saint-Michel, " en l'absence des aultres paroissiens pour ce appelez au son de la 83 £ cloche pour adviser des affaires de l'église, sur le jour auquel se célébrera la teste Monseigneur Sainct Michel ". Il est exposé que le 29 septembre, jour auquel on a coutume de célébrer la fête du patron de la paroisse et de prendre le bâton, on se trouve au temps des vendanges et que " la cueillette des fruits ne laisse pas le loisir de célébrer la fête avec toute la solennité convenable ", et on décide de la transporter au 8 mai, jour de la Saint-Michel d'été, et on modifie, en conséquence, les usages relatifs à l'élection du bâtonnier de l'Association de Saint-Michel. Dorénavant l'élection du bâtonnier se fera le dimanche qui précède le 8 mai, et c'est au jour de la fête que l'on ira chercher le bâton chez l'ancien bâtonnier, pour le porter chez le nouveau. Ces usages et ces cérémonies se sont conservés dans quelques confréries des paroisses rurales de la Côte-d'Or.

Chargés de veiller à l'acquit des charges, les fabriciens devaient, à l'occasion, blâmer et reprendre quand il y avait faute ou négligence de la part du clergé et ils n'hésitaient pas à le faire ; ils critiquaient même parfois les actes de l'abbé de Saint-Etienne lui-même. Celui-ci ayant nommé à un mépart le sieur Pernot qui n'était encore que diacre, les fabriciens prirent, le 30 mai 1652, une délibération, pour inviter, ils ne pouvaient guère faire davantage, le sieur abbé à ne plus nommer à l'avenir que des prêtres en état de chanter la messe paroissiale et de faire le prône.

Les fabriciens usaient de leur autorité pour 84 imposer aux différents membres du clergé de l'église une résidence assidue et reprenaient ceux qui s'absentaient indûment comme ceux qui, présents, négligeaient quelque devoir de leur office. Mais certains abus étaient difficiles à réformer et la défense de quitter son poste est sans cesse rappelée, parce qu elle était sans cesse violée, malgré des sanctions sévères. Un exemple, on pourrait en citer beaucoup : le 11 septembre 1651, il est délibéré " qu'en cas d'absence de plus d'un mois, et même de ne pas dire la messe pendant huit jours, le sr Mermelet serait radié de 30 d. par jour et qu'en cas de récidive on se pourvoirait au juge d'église pour le faire déchoir de son mépart ".

L'administration des biens de l'église et l'emploi de leurs revenus restaient le principal souci des fabriciens. Un receveur était chargé de la gestion financière, il rendait ses comptes, chaque année, dans le courant de l'été.' En quoi consistaient les biens de la paroisse Saint-Michel ? Nous avons cité d'anciennes chattes relatives à des donations immobilières dont l'église Saint-Michel a bénéficié dès le neuvième siècle. Que sont devenues ces propriétés ? Nul ne le sait ; mais depuis l'époque de la construction de l'église actuelle, la paroisse Saint-Michel ne semble pas avoir eu jamais une richesse immobilière importante. Elle possédait cependant des rentes foncières sur plusieurs maisons de Dijon.

Au dix-huitième siècle, époque pour laquelle les renseignements sont plus nombreux, les immeubles, propriétés de l'église, comprenaient, outre la maison 85 des enfants de chœur, rue Chanoine (rue Jeannin), et la maison curiale, rue du Vieux-Collège, no 3, une maison devant les Minimes, une autre au coin de la place Saint-Michel habitée par les mépartistes, deux maisons près le vieux collège louées l'une 80, l'autre 200 livres, un domaine à Potangé (commune d'Aiserey, canton de Genlis) et u n. autre à Ciremeaux (canton d'Is-sur-tille) loué 450 livres, ce dernier domaine avait été acquis, en 1714, moyennant 8,000 livres.

A la veille de la Révolution, cette fortune immobilière s'était amoindrie et on ne trouve plus alors, dans l'avoir de l'église Saint-Michel, en fait d'immeubles productifs de revenus, qu'une maison rue des Juifs (rue Buffon, no 5) louée, en 1789, 400 livres, à M. Nault, agrégé de l'Université, et un domaine à Dijon, pour lequel Saint-Julien (canton-est de D Claude Chaudonneret payait 130 livres de fermage, en 1791). Les documents font défaut pour déterminer exactement les revenus de l'église Saint-Michel, aux différentes époques de son histoire. Un- pouillé du diocèse de Dijon, dressé vers 1789, indique 800 livres, comme étant le chiffre du revenu de la cure de Saint-Michel, mais elle devait rapporter davantage.

Les indications, de ce document, dont nous ne pouvons contrôler la valeur absolue, permettent du moins de se rendre compte de l'importance et de la richesse relatives des différentes paroisses de Dijon, aussi a-t-il semblé bon de les reproduire ici :

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Notre-Dame : Communiants, 4,000. Revenu, 900

Saint-Jean : Communiants, 4,000. Revenu, 1,000

Saint-Michel : Communiants, 3,500. Revenu, 800

Saint-Médard : Communiants, 600. Revenu, 550.

Saint-Nicolas : Communiants, 2,500. Revenu, 700

Saint-Pierre: Communiants 1 000 Revenu.700

Saint-Philibert :Communiants, 400. Revenu, 1,300

D'après ces chiffres, la paroisse Saint-Michel qui vient la troisième pour la population, comme elle était classée troisième dans l'ordre hiérarchique, n'était que la quatrième pour le revenu.

Un fait historique permet de se faire une idée la richesse relative, en argenterie, des sept paroisses de Dijon, en 1564 : Charles IX, à son avènement, avait trouvé les caisses du trésor royal vides ; cependant les guerres religieuses désolaient la France, les besoins d'argent étaient pressants, et comme il 1 s'agissait de défendre la foi, que d'ailleurs on avait épuisé tous les expédients, les églises furent mises à contribution. Une fois de plus, l'Etat prit l'argent là où il en trouva : des lettres patentes du 31 mai 1562 ordonnèrent aux églises, pour subvenir aux frais de la guerre, de livrer toute leur argenterie, à l'exception des objets strictement nécessaires pour l'exercice du culte. Dijon voulut sauver les trésors de ses églises, le maire et les échevins, sous leur responsabilité, empruntèrent 8,000 livres, somme que les agents du roi ac1captèrent comme l'équivalent de l'argenterie des églises de la ville.

Quand il s'agit de recouvrer cette somme dont la municipalité entendait simplement faire l'avance, survinrent les difficultés c'était d'abord à qui ne 87 contribuerait pas au remboursement. Un arrêt du Parlement, du 5 avril 1564, ordonna que le remboursement des 8,000 livres ne serait pas laissé à la charge exclusive des sept paroisses et que devraient y contribuer d'autres établissements religieux dijonnais, la Sainte-Chapelle, l'abbaye de Saint-Bénigne, l'abbaye de Saint-Etienne, les Chartreux, les Cordeliers, les Jacobins, les Carmes du Val-des-Choux, la Madeleine, le Saint-Esprit, Larrey et la Chapelle-au-Riche. Puis la contribution des paroisses ayant été fixée à 1,950 livres, pour éviter une estimation officielle de l'argenterie de chacune d'elles et ne pas détailler leurs richesses au fisc et aux voleurs, après de longues discussions, les intéressés finirent par tomber d'accord et l'on mit à la charge de Notre-Dame 900 livres, de Saint-Jean 300, de Saint-Philibert 200, de Saint-Pierre 200, de Saint-Michel 150, de Saint-Nicolas 100 et de Saint-Médard 100.

Dans ce concours de richesse métallique, car la valeur artistique des pièces n'entrait pas en compte, la paroisse Saint-Michel, la troisième paroisse de Dijon, n'arrive qu'au cinquième rang, son argenterie ne vaut que la moitié de celle de Saint-Jean, le sixième de celle de Notre-Dame et elle ne dépasse en valeur que d'un tiers, soit de 50 livres, celles de Saint-Nicolas et de Saint-Médard, les deux paroisses les moins bien partagées.

Rien ne subsiste aujourd'hui de cette argenterie de 1564, il en restait probablement peu de choses à la fin du dix-huitième siècle. 88

Les fabriciens concédaient dans l'église des chapelles et des emplacements pour les sépultures.

Ainsi, le 15 mars 1682, ils concèdent à M. Fyot, président au Parlement, la chapelle Saint-Philippe-, cette concession fut faite pour remercier M. Fyot qui avait consenti à la réunion des revenus de cette chapelle sur laquelle il avait des droits, à la dotation commune des mépartistes. Il fallut même indemniser M. Martin, car il avait, dans cette chapelle, un droit de sépulture qui fut transféré ailleurs. La chapelle Saint-Philippe devint ainsi le lieu de sépulture de la famille Fyot qui y fit élever le grand monument funèbre que l'on y voit encore.

Le 25 mars 1711, les fabriciens concédaient à messire François Hanrion conseiller du roi, président trésorier de France en la généralité de Bourgogne et de Bresse, moyennant 200 livres, " une petite chapelle ou autel de Sainte Anne située dans l'église, entre les deux premiers pilliers (sic) du dessus de la nef du costé du midy et proche la chaire du prédicateur, fermée par lesdits deux pilliers, par des sièges ou bancs du costé de ladite nef et par une petite balustrade de bois du côté des basses voûtes ".

Le concessionnaire obtenait le droit de se faire inhumer dans cette chapelle lui et ses successeurs, d'y faire construire un charnier ou caveau dont l'entrée était prise du côté du collatéral, d'y mettre et poser ses armes et d'y " faire telle fondation de services, constructions, ornements, banc ou siège et réparations que bon lui semblera ". Il devait cependant réserver aux dames de la confrérie de Sainte-Anne le droit de continuer à faire célébrer dans cette chapelle les offices accoutumés, au jour de la fête patronale.

Cet acte du 25 mars 1711 montre bien, et c'est pour cela que nous l'avons rappelé, ce qu'étaient les autels adossés aux piliers de la grande nef. Le nombre de ces autels a varié ; il y en avait dix au commencement du dix-huitième siècle, formant de v retables petites chapelles entourées- de clôtures, avec des sièges, des bancs. Chaque concessionnaire les aménageait et les ornait à sa guise, les unes étaient riches et soignées, les autres laissées à l'abandon. Il résultait de là un encombrement et une disparate fâcheux ; de plus tous ces droits de chapelle complexes et variés donnaient lieu à de nombreuses contestations qui faisaient la joie et le profit des gens de justice.

Nous voyons les fabriciens chercher à lutter contre les empiétements incessants des concessionnaires ; les abus étaient si nombreux que, le 9 août 1718, le Parlement appelé à intervenir ordonna l'examen des titres de tous, ceux qui prétendaient aux chapelles de Saint-Michel. Plus tard, en 1718, les fabriciens firent blanchir l'intérieur de l'église et, à cette occasion, ils obtinrent de l'évêque la permission de supprimer les autels des piliers, à l'exception des autels Sainte-Anne et du Grand, qui se trouvaient le premier du côté de l'épître, près de la chaire, et le second derrière le banc d'œuvre.

C'est aux fabriciens qu'incombait le soin d'entretenir, de réparer et d'orner l'église. On les a vus s'employant à la construire à la pourvoir tout ce 92 qui était nécessaire pour l'exercice du culte et, plus tard, s efforçant d'assurer l'achèvement des deux tours du portail. Ils n'eurent rien à modifier dans les dispositions générales de l'église, mais à plusieurs reprises ils durent procéder à d'importantes réparations, Le 19 novembre 1690, ils aliènent une rente de 954 livres 10 sols pour payer la couverture en ardoises du chœur. A cette époque, les bas côtés de l'église Saint-Michel étaient couverts en pierres plates que les Bourguignons appellent des " laves ", comme on en voit encore sur les chapelles latérales de l'église Saint-Jean ; les tuiles du comble pyramidal de la tour centrale ne seront remplacées par des ardoises qu'au commencement du dix-neuvième siècle.

L'église Saint-Michel avec son vaste vaisseau avait été bâtie de manière à pouvoir donner satisfaction aux besoins du culte dans une importante paroisse et, malgré l'augmentation de la population, on n'a jamais été obligé de l'agrandir, mais il n'en fut pas de même de sa sacristie. Celle qui avait été construite en même temps que l'église, était fort exiguë, elle se composait d'une, petite salle voûtée communiquant avec le chœur par une porte auprès de laquelle se trouve une grande armoire à porte de fer munie de trois serrures ou 11on enfermait les titres de propriété et les objets précieux. A l'est de cette petite salle qui existe encore, et communiquant avec elle s'en trouvait une autre de dimensions modestes qu'on aperçoit dans le plan de Dijon gravé par Lepautre, pour l'histoire de l'abbaye de Saint-Etienne, de l'abbé Fyot. Dans les 93 églises, au moyen âge, les sacristies étaient fort petites, le service religieux ne nécessitait pas alors ces vastes salles et ces magasins où s'accumulent aujourd'hui tout ce que l'on emploie pour les besoins du culte et la pompe des cérémonies. Les vases sacrés trouvaient jadis une place honorable et sure dans des armoires ménagées dans les murs du sanctuaire, les accessoires du culte étaient moins nombreux ; les prêtres revêtaient leurs ornements à l'église et ceux-ci étaient le plus souvent conservés dans des coffres déposés dans les chapelles. Plus tard, au dix-septième et surtout au dix-huitième siècle, les habitudes se modifièrent, les décorations théâtrales de Versailles s'introduisirent dans les églises, au grand dommage de la liturgie ; les suisses firent leur apparition dans les cérémonies, Saint-Michel eut le sien comme les autres paroisses ; les auxiliaires du culte se multiplient. C'est l'heure des retables gigantesques, des statues colossales, des cierges démesurés, le temps où l'ont élargit les portes des cathédrales pour laisser passage aux dais monumentaux, que des légions de porteurs ont peine à mettre en mouvement. A la fin du dix-septième siècle, les modestes sacristies, suffisantes dans des siècles de foi et de vie religieuse intense, ne répondaient plus aux nouvelles exigences du culte ; -voilà pourquoi, en 1700, les fabriciens de Saint-Michel remplacèrent la petite pièce qui lui servait de sacristie par la salle voûtée, éclairée Isar trois grandes fenêtres cintrées qui est encore en service et à laquelle on ajoutera, à la l'in du dix-neuvième siècle, un petit cabinet pour le 94 curé. Rien à dire de cette sacristie qui a perdu, à la Révolution, ses boiseries et ses meubles. Lors de son établissement, elle n'avait aucun moyen de chauffage et pas d'autre accès que la porte d'entrée donnant dans le chœur de l'église. Cette disposition se retrouve dans la plupart des églises rurales et semble avoir été commandée par des raisons de sécurité.

Les fabriciens étaient chargés de veiller à la solidité de l'église et, sans parler des travaux d'entretien qui sont incessants dans un grand édifice, ils eurent plus d'une fois à entreprendre des réparations plus ou moins importantes.

En 1695, pour remédier aux dégradations provenant de l'infiltration des eaux dans les terrasses des tours du portail, les fabriciens firent procéder à des opérations délicates et coûteuses, après avoir précisé dans les marchés toutes les précautions minutieuses imposées aux ouvriers.

En 1745, c'est un pilier du haut de l'église qui menace ruine ; les fabriciens appellent un sieur Aubriot à le réparer, un marché est passé avec lui d'après lequel la pierre d'Is-sur-Tille sera seule employée pour ce travail.

Quand, le 11 mars 1777, une déclaration vint, au nom des règles de l'hygiène, interdire, d'une façon presque absolue, les inhumations dans l'intérieur des églises, les fabriciens de Saint-Michel firent établir, à grands frais, au devant du portail, sous le parvis de l'église rehaussé à cette occasion, de vastes charniers voûtés auxquels on accédait par un escalier s'ouvrant 95 £ dans l'église. Cette installation coûteuse est invoquée par les administrateurs de Saint-Michel à l'appui d'une demande adressée par eux au Parlement pour obtenir l'homologation d'un nouveau tarif d'inhumation avec taxes surélevées. La création de ces charniers entraîna la suppression des emmarchements sous les voussures des trois arcades du porche, et modifia sensiblement et d'une manière fâcheuse la présentation de la façade en diminuant la hauteur du porche et, par conséquent, celles de ses ouvertures.

Les fabriciens qui, au seizième siècle, avaient placé au-dessus de la grande porte de l'église le bas-relief du Jugement dernier et commandé les sculptures de la chapelle des Trépassés, continuèrent à s'occuper de la décoration intérieure de Saint-Michel, c'était là d'ailleurs une partie de leur mission. Il ne faut pas oublier que les propriétaires des chapelles ornaient celles-ci comme ils l'entendaient, suivant leur o—t 9 et leurs ressources. Les douze chapelles des collatéraux renfermaient des caveaux funéraires, on y accédait par une ou plusieurs marches, cette disposition a disparu dans un certain nombre de ces chapelles dont le sol abaissé au niveau du dallage des nefs, après la violation des caveaux, en 1796, laisse apparaître la saillie des fondations débordant le nu des murailles. Plusieurs de ces chapelles reçurent, aux dix-septième et dix-huitième siècles, des monuments funèbres somptueux, avec sarcophages et statues de marbre, inscriptions pompeuses et blasons. La plupart de ces tombeaux ont disparu, deux seulement' ont échappé aux destructions révolutionnaires, celui 96 des Fyot de Lamarche, dans la chapelle Saint-Philippe, et celui bien mutilé de l'avocat Claude Jeannin, dans la seconde chapelle du collatéral sud.

La mode qui avait substitué aux simples dalles funéraires des monuments prétentieux, de forme et d'inspiration païennes, eut aussi son influence sur l'ornementation de l'église confiée aux fabriciens. Il ne faut pas leur reprocher de n'avoir pas su défendre les vieilles traditions de l'art gothique ; il fut un temps où cet art n'était plus ni étudié ni compris, les meilleurs esprits croyaient avoir tout dit quand ils l'avaient traité de barbare. Ainsi s'explique tant de destructions regrettables faites, avec d'excellentes intentions, dans nos églises ; ne fallait-il pas, à tout prix, les mettre à la mode ? Les concessionnaires de chapelle rivalisaient avec les fabriciens pour rajeunir l'ornementation des sanctuaires où ils étaient maîtres absolus. Ainsi le président Jacob devenu titulaire de la chapelle des Trépassés, au transept sud, n'hésita pas à détruire la grande composition de Jean Damotte pour lui substituer un saint Michel vainqueur des anges rebelles, œuvre de Jean Dubois, qui disparaîtra à son tour pendant la Révolution. Bien d'autres modifications du même genre se produisirent dans les chapelles de Saint-Michel, par suite de ce besoin de changement qui a détruit en France et ailleurs, mais en France surtout, tant de richesses artistiques.

Sous l'empire du goût nouveau, les fabriciens introduisirent à Saint-Michel les tableaux appendus aux murailles au lieu de faire corps avec elles, comme 97 les peintures murales des siècles précédents. Nous avons encore deux spécimens de ces tableaux dans notre église, une copie agrandie du saint Michel, de Raphaël, entourée d'un riche cadre sculpté dans le style du dix-septième siècle, et le Martyre de saisit Jacques le Majeur, grande toile d'un des derniers représentants de l'école de Bologne, Mathieu Nanini, qui y a apposé, avec sa signature, la date de 1727.

Une anecdote que M. Baudot nous a transmise, anecdote qui pourrait n'être qu'une légende, bien qu'elle s autorise des noms du peintre Claude Hoin et du curé Philippe Deschamps, se rattache à cette peinture : Nanini était venu en Bourgogne, probablement pour travailler à la décoration du château de Ville-gaudin (Saône-et-Loire), appartenant à la famille p des Fyot de Lamarche. Se trouvant à Dijon, il y tomba malade ; un fabricien de l'église Saint-Michel qui était alors receveur et notaire de l'hôpital du Saint-Esprit, le fit recevoir dans cet établissement o—, grâce aux soins des médecins, il recouvra bientôt la santé. Pour lui témoigner sa renaissance, Nanini posa à M. Poulet, c'est le nom du fabricien, de pro peindre un tableau destiné à l'église Saint-Michel, sa paroisse. Il y mit comme condition, ce qui fut accepté, que la fabrique lui fournirait la toile et le châssis.

M. Baudot croit savoir qu'on lui donna " de la grosse toile et un assez mauvais châssis, parce qu'on ne soupçonnait pas à Nanini un grand talent". Toile et châssis ont cependant résisté aux injures du temps, le tableau de Nanini est toujours dans le transept sud, en face de l'ancienne chapelle des Trépassés, 7 98 aujourd'hui chapelle des Rois, il n'est pas sans mérite puisqu'il a été classé récemment par les soins de M. le ministre des beaux-arts. C'est une des meilleures toiles de l'église Saint-Michel où elle rappelle la confrérie de Saint-Jacques, une des plus anciennes de la paroisse.

Au cours du dix-huitième siècle, les fabriciens modifièrent plusieurs des chapelles pour adapter leur ornementation au go–t du jour.

En 1751, Saint-père, sculpteur, recevait 620 livres pour les travaux faits par lui dans la chapelle du Dieu de pitié, au- transept nord, là où se trouve aujourd'hui l'autel Saint-Pierre. L'ancienne statue du Dieu de pitié avait été placée sur un autel en pierre polie de Dijon et en marbre noir, avec tabernacle et pilastres formant retable.

Vers la même époque, l'ornementation de la chapelle de la Sainte-Vierge fut entièrement transformée : un autel en marbre remplaça l'ancien et fut décoré d'un retable à pilastres et fronton encadrant une niche pour la statue de la Vierge, œuvre du sculpteur dijonnais Bizac. C'est à cette occasion que la chapelle des Gros, malgré les protestations des représentants des fondateurs, les sieurs Gravier de Vergennes, Blanot, Fourneret et Coichet de Saint-Valier, se transforma peu à peu en sacristie. Elle perdit son banc, vit transporter à l'intérieur le bel écu aux armes parti de Plaines et de Gros qui, à l'origine, se trouvait dans l'église, au-dessus de la porte de la chapelle, et finit par être complètement séparée du chœur par une muraille, pour permettre d'installer dans le 99 chœur les hautes boiseries dont il est encore entouré.

L'architecte qui a tracé le plan de l'église Saint-Michel avait construit un chœur communiquant par de larges et hautes arcades avec le prolongement des bas-côtés, au-delà des transepts, un chœur largement éclairé par les longues fenêtres du sanctuaire.

Le mobilier, installé au seizième siècle, respectait ces dispositions : près de l'autel dont nous ignorons la forme, mais qui devait être celui de l'ancienne église, les fabriciens avaient replacé la tour de cuivre dans laquelle étaient conservées les saintes espèces, de chaque côté du maître-autel une piscine et une armoire ornées venaient rompre la nudité de la muraille.

Piscine et armoire existent -probablement encore, derrière les boiseries du sanctuaire, et on en devine la place à une déviation évidemment intentionnelle de l'aplomb des panneaux inférieurs. Au chœur, des stalles peu élevées (3-,46), surmontées de dais, alignaient dans les arcades une double rangée de formes, sans arrêter le regard qui, du chœur, pénétrait, au-dessus d'elles, dans les deux chapelles de Saint-Philippe et de la Sainte-Vierge. Du côté de l'évangile, la chapelle des Gros, entièrement décorée de peintures, formait comme une dépendance du chœur dont elle n'était séparée que par une clôture ou barrière en bois en face, du côté de l'épître, s'ouvrait, comme aujourd'hui, la porte conduisant à la sacristie et au trésor. Une note de M. Baudot nous apprend heureusement, car le souvenir du tait avait disparu, que les anciennes stalles du chœur de l'église Saint-Michel ont été, en 1763, vendues par les fabriciens à 100 la paroisse de Rouvres-en-Plaine (canton de Genlis) et elles existent encore. C'est une œuvre de menuiserie de la Renaissance, dont l'ornementation manque d'originalité et de fini ; nous ne sommes plus au beau temps de l'art du moyen âge, dont la tradition persiste cependant dans les figures grimaçantes et grotesques des miséricordes. Toutefois les sièges avec leurs dais restent dans l'ensemble des meubles correspondant bien à leur destination, s'adaptant à l'édifice sans modifier ses lignes et contribuant à l'effet voulu par l'architecte au lieu de le détruire. Il suffit de replacer, par la pensée, dans notre église, ces stalles peu élevées pour se rendre compte de ce que le chœur de Saint-Michel a perdu à leur départ pour Rouvres et à leur remplacement par les hautes boiseries qui l'assombrissent et l'encombrent aujourd'hui.

C'est en 1763 que, pour obéir aux exigences du goût du jour, les fabriciens modifièrent complètement la décoration du chœur et du sanctuaire. Ils sacrifièrent sans pitié les anciennes stalles, l'ancien autel, la vénérable tour de cuivre servant de tabernacle et il leur parut bon d'obstruer partie des fenêtres de l'abside, de fermer, presque jusqu'à la hauteur des chapiteaux, les arcades latérales du chœur et d'envelopper d'une lourde boiserie les piliers de la croisée des nefs. Les menuisiers Gallois, Bochard et Guy travaillèrent à cette entreprise, Jérôme Marlet fut chargé de la sculpture et se fit aider par le sculpteur Munier. En dehors du chœur, les boiseries du banc d'œuvre et celles du pilier de la chaire vinrent, au transept, satisfaire la symétrie ; à la même époque 101 on éleva les tambours de la grande porte, ceux des portes du transept sont un peu plus anciens. Toutes ces boiseries avec leurs panneaux sculptés, leurs pilastres cannelés et leur frise ornée de guirlandes et de têtes de chérubins ne manquent pas de grandeur, les formes des stalles sont élégantes et bien comprises. L'ensemble a une incontestable valeur décorative, mais il a singulièrement modifié l'aspect de l'église et la modification n'est pas heureuse.

Ces boiseries sont restées ce qu elles étaient au jour de leur inauguration, seuls ont disparu les deux grands Nases en bois sculpté qui surmontaient la corniche à l'entrée du chœur au-dessus des montants découpés en ailerons. Il est facile de reconnaître dans les sculptures du choeur les ciseaux de plusieurs artistes : les panneaux représentant des emblèmes religieux qui se trouvent au-dessus des stalles, sont d'un travail médiocre, très inférieur à celui des médaillons du sanctuaire et des huit bas-reliefs représentant des scènes de l'Ancien et du Nouveau Testament qui décorent la partie haute des boiseries semi-circulaires enveloppant les piliers de la croisée des nefs.

Les quatre médaillons du sanctuaire surmontés d'anges renferment, en buste, le Christ, la Sainte Vierge, saint Pierre et saint Paul. Ils sont, comme les huit bas-reliefs des piliers, l'œuvre du sculpteur Jérôme Marlet. Les sujets de ces derniers bas-reliefs semblent avoir été choisis de manière à présenter aux regards des fidèles des manifestations de Dieu aux hommes, soit directes, soit indirectes par l'intermédiaire des anges. Voici les différents sujets très habilement sculptés par l'artiste :

A l'entrée du chœur, côté de l'épître, Dieu apparaissant à Moise dans le buisson ardent (Exod., iii 2), l'Ange apparaissant à Josué devant Jéricho (Jos., xv, 13)

Côté de l'évangile, l'apparition d'un ange annonçant à Manué et à sa femme la naissance de Samson (Juges, xii, 19), Tobie s'emparant du. poisson sur l'ordre de l'archange Raphaël (Tobie, vi, 4) ; Au-dessus du banc d'œuvre, Noé construisant l'arche (Gen., vi, 14), Zacharie devant l'autel des parfums (Luc, i, 9) ;

Au-dessus du pilier de la chaire, Jésus et la Samaritaine, Jésus chez Marthe et Marie.

Les fabriciens, aidés par différents dons, remplacèrent l'ancien dallage du sanctuaire et du chœur ; il fallut supprimer les pierres tombales, ce qui ne se fit pas sans soulever de vives protestations. D'après un décompte détaillé des travaux, il semble que plusieurs de ces pierres tombales furent alors placées sous les stalles et, en effet, on aperçoit des restes d'inscriptions funéraires, en avant des stalles, du côté du sanctuaire. La forme de celui-ci fuit modifiée, on refit les deux marches en pierre polie qui y donnent accès et les quatre marches sur lesquelles est élevé le maître-autel de marbre, solennellement consacré, le 7 août 1763, par Mgr d'Apchon, troisième évêque de Dijon.

Quelle était la forme de l'autel -qui disparut ? Provenait-il de l'ancienne église ? Etait-ce un autel de cuivre dont un vague souvenir a été conservé ? Rien 105 ne permet de répondre à ces questions. Au seizième siècle on s'intéressait fort peu aux vieux monuments et personne ne songeait à dessiner ou à décrire ceux que l'on sacrifiait au go–t nouveau. On peut supposer que l'autel supprimé était, comme la plupart de ceux des chapelles, un autel de forme cubique, construit en pierres et revêtu de boiseries ou de cuivre et auquel on adaptait des parements de différentes couleurs, suivant les exigences liturgiques. Tout ce que nous apprend sur lui le procès-verbal de consécration du 7 août 1763, c'est qu'il contenait des reliques de saint Jean-Baptiste et de saint Bernard, que l'on retrouva avec leur authentique et qui furent soigneusement replacées dans l'autel nouveau avec " des ossements de saints martyrs tirés d'une boite envoyée de Rome en bonne forme, sous les noms de saint Parfait, saint Sévère et saint Restitut, visée la veille et reconnue par Monseigneur l'évêque ".

L'évêque consécrateur daigna accorder un an d'indulgence canonique à tous les fidèles qui visitèrent pieusement l'église Saint-Michel dans la journée du 7 août 1763, puis, pour conserver le souvenir de cette date, il ordonna que, chaque année, le premier dimanche du mois d'août, l'anniversaire de la consécration du maître-autel f–t célébrée sous le rite double majeur, avec une bénédiction solennelle après les vêpres et accorda quarante jours d'indulgence à ceux qui visiteront l'église Saint-Michel ce jour-là.

L'autel en forme de tombeau, consacré en 1763, est toujours à Saint-Michel, il a conservé son aspect primitif, malgré les mutilations révolutionnaires que M le curé Deschamps s'est efforcé de faire disparaître ; mais, depuis de longues années, la fête du premier dimanche du mois d'août n'est plus célébrée et l'indulgence concédée par Mgr d'Apchon, oubliée de tous, n'est plus gagnée par personne.

Pour achever leur œuvre et compléter la nouvelle décoration du chœur, les fabriciens voulaient ajouter au grand autel un retable monumental, l'argent manqua pour la réalisation de ce 'beau projet dont il p ne reste qu'un g‹ rand plan colorié conservé dans le cabinet du docteur Marchant et qui porte la mention suivante : "Plan du sanctuaire, tombeau de l'église paroissiale Saint-Michel de Dijon, ensemble celui du baldaquin projeté pour ladite église dressé en exécution des ordres de M. les fabriciens. A 'Dijon, ce 18 mars J769. Saintpère. " On y reconnaît le maître-autel actuel, celui qui a été consacré le 7 août 1763, derrière se dresse une décoration composée de quatre colonnes et de deux statues, saint Philippe, du côté de l'épître, et saint Jacques, du côté de l'évangile.

L'église Saint-Michel s'est trouvée mêlée à beaucoup des événements de l'histoire dijonnaise, histoire religieuse et histoire civile 'qui, avant la Révolution, n'en faisaient qu'une ; nous avons déjà, au cours de notre récit, signalé certains de ces faits, comme le siège de Dijon par les Suisses ; si nous voulions les rappeler tous, c'est l'histoire de la cité qu'il nous faudrait retracer ici. Nous-nous bornerons à noter certains incidents religieux et civils dont le souvenir se rattache plus particulièrement à notre église.

l07 Saint François de Sales fut canonisé en 1665, par le pape Alexandre VII ; Dijon, où l'évêque de Genève avait laissé de si vivants souvenirs lui fit à cette occasion de grandes démonstrations auxquelles la paroisse Saint-Michel tint à s'associer. Le 29 août 1666, toute la ville était en fête : la cérémonie commença à une heure après midi, dans l'église Saint-Jean, par l'ex-position du Saint-Sacrement et des reliques du saint évêque enchâssées, dans son image en bois doré. M. Gonthier, vicaire général de Monseigneur l'évêque de Langres, prononça le panégyrique. Après les vêpres, tout le clergé de la ville se rassembla à l'église Saint-Michel et les reliques du saint furent portées processionnellement, sous un dais de drap d'argent, dans la chapelle des religieuses de la Visitation, rue Sainte-Marie, aujourd'hui rue de la Préfecture. Le clergé marchait en tète, venait ensuite M. Fyot', abbé de Saint-Etienne et après lui le corps de ville avec une grande affluence de fidèles parmi lesquels les plus âgés -se souvenaient d'avoir entendu saint François de Sales prêcher, Dijon, dans la Sainte-Chapelle, le carême de l'année 1604.

Il Une cérémonie du même genre réunit nue nombreuse assemblée à Saint-Michel, le 6 août 1703, à propos de la canonisation, par Clément VII de saint Félix de Cantalice, capucin (1513-1587). C'est, en effet, dans l'église Saint-Michel que l'abbé de Saint-Etienne alla solennellement bénir l'étendard qui figura à la cérémonie.

Voici maintenant des faits se rapportant plus particulièrement à l'histoire civile : 108 En 1595, le 2 juillet, quand la capitulation du château de Dijon eut rendu Henri IV maître de la ville, la victoire du roi et la pacification de la province si longtemps désirée furent solennellement célébrées par une procession générale dans laquelle fut portée la Sainte Hostie. Le roi y assista avec toutes les autorités, le Parlement était en robes rouges. La procession partit de la Sainte-Chapelle et se rendit successivement à Notre-Dame et à Saint-Michel. Au retour, la messe fut célébrée à la Sainte-Chapelle.

Pendant la guerre de la Fronde, à la suite d'un incident que les contemporains eux-mêmes ne s'expliquaient guère et que nous ne nous expliquons pas du tout, le 26 novembre 1650, le capitaine La Planchette, commandant du château de Dijon, ouvrit les hostilités contre la ville et tira le canon sur elle. Les projectiles dont on voit encore les traces sur certains monuments, tombèrent de tous côtés et particulièrement dans le périmètre de la paroisse Saint-Michel.

Le receveur de la fabrique prend peur, car il a chez lui les fonds et certains papiers de l'église. Le conseil se réunit cri toute hâte, M. Le Boeuf, receveur, déclare que les deniers de la recette sont en péril, à cause des bombes qu'on jette du château et propose de les mettre dans le dépôt de l'église, -c'est-à-dire dans l'armoire à porte de fer qui existe encore près du chœur, à l'entrée de la sacristie. Mais cet avis ne prévalut pas et le conseil décida que les fonds resteraient chez le receveur, préférant l'en décharger pour quelque accident qui put survenir.

Le 8 mai 1674, après la grand'messe, la reine 109 Marie-Thérèse qui se trouvait à Dijon pendant -la seconde conquête de la Franche-Comté, vint à Saint-Michel. L'abbé de Saint-Etienne, en qualité de curé primitif de l'église, la complimenta à l'entrée ; il était accompagné du vicaire perpétuel et de tous les mépartistes revêtus de chapes, avec la croix et l'eau bénite. Au même endroit, MM. les fabriciens s'y étant trouvés, M. le conseiller de Villers se mit à genoux devant la reine qui le fit lever en même temps, et il fit un compliment à Sa Majesté de la part de la fabrique.

Après, on retourna processionnellement au chœur où le Te Deum fut chanté ; la reine s'agenouilla sur un prie-Dieu. MM. les associés occupèrent les hauts sièges du chœur, un aumônier de la reine dit une messe basse, au maître-autel, après quoi la reine sortit par la porte de l'aile gauche.

Nous avons déjà rappelé la grande sonnerie générale qui eut lieu à Dijon lors de l'arrivée de la nouvelle de la mort de Louis XIV ; le 22 septembre 1715, un service solennel fut célébré pour le repos de l'âme de ce monarque dans l'église Saint-Michel avec représentation (catafalque) au chœur.

Après ces souvenirs historiques, voici des faits d'un autre ordre L'avocat Claude Micault, l'auteur du Mercure dijonnois, publié par M. G. Dumay, écrit dans ses notes relatives à l'année 175O : " Le 2 juillet, le tonnerre tomba sur l'église Saint-Michel, pendant que les prêtres disoient vespres. Il lit le tour de l'œuvre et ressortit sans blesser personne. Il était, à ce qu'on dit, de la grosseur d'un tonneau. " 110 Il y a, à la croisée des nefs, dans l'église Saint-Michel, un large oculus ménagé dans la voûte pour permettre de monter les cloches air beffroi de la tour.

M. Baudot, dans ses notes, raconte sans préciser la date du fait, qu'un charpentier qui se trouvait au bord de cette ouverture, perdit l'équilibre en jouant avec une personne étrangère d'ailleurs au service de l'église ; il fut précipité sur les dalles, et se tua.

Le 3 mai 1708, un reliquaire renfermant la sainte épine et un morceau de la croix de Notre-Seigneur fut volé dans l'église Saint-Etienne. Ce vol sacrilège avait causé, dans Dijon, une vive émotion augmentée par l'inutilité des recherches faites, de tous côtés, pour retrouver soit le voleur, soit les reliques soustraites.

Le 20 mai, le curé de Saint-Michel annonça au prône que les reliques avaient été retrouvées, en son église, dans une boîte bien cachetée, placée derrière le gradin de l'autel de la Sainte-Vierge. Le jour même, après les vêpres, les chanoines de Saint-Etienne vinrent en grande pompe chercher les reliques qu'ils rapportèrent dans leur église.

Il n'est pas possible de signaler en détail toutes les modifications successivement introduites dans l'aménagement intérieur de l'église Saint-Michel, du moins essaierons-nous de donner une idée de ce qu'il était devenu à la veille de la Révolution.

L'aspect intérieur de l'édifice était très différent de ce qu'il est aujourd'hui. A cette époque, en effet, beaucoup de fenêtres avaient conservé leurs belles verrières ; quelques-unes étaient déjà détériorées par des restaurations multipliées et malhabiles. L'art de la peinture sur verre n'était plus en honneur ; c'était à des vitriers que les fabriciens s'adressaient pour entretenir les vitraux, et on peut deviner comment ceux-ci s'y prenaient en lisant, dans le registre de la fabrique, qu'en 1748, les fabriciens chargent le verrier Mugnier de réparer les vitraux brisés par une tourmente de vent, en employant pour cela " les verres qui sont enfermés dans un grand coffre qui est derrière l'autel ". C'étaient les restes de vitraux hors d'usage que l'on transportait brutalement dans d'autres verrières pour y boucher les trous, sans s'inquiéter de l'incohérence des rapprochements. On comprend quel désordre de semblables réparations devaient causer dans les belles verrières dont la paroisse avait été jadis si justement fière.

On sait peu de chose sur ces verrières dont il ne reste plus, aujourd'hui, à Saint-Michel, que de petits et rares fragments conservés en bordure dans les fenêtres en verre blanc de certaines chapelles des basses nefs et des parcelles oubliées par les destructeurs et épargnées par le temps, dans les découpures des claires-voies de quelques fenêtres. Les archives municipales nous apprennent qu'en 1560, Evrard Bredin a été reçu, à Dijon, maître peintre et verrier après avoir présenté comme chef-d'œuvre une verrière par lui peinte pour l'église Saint-Michel : elle garnissait la fenêtre de la chapelle Gagne, celle du collatéral nord la plus proche du transept et l'on y voyait le Christ en croix avec la Vierge, saint Jean et sainte Madeleine. Le soleil et la lune qui surmontaient la croix, dans un ciel d'un bleu exquis, sont tout ce qui reste du chef-d'œuvre de Bredin.

En 1900, lors de la restauration du pignon du transept nord, on a descendu d'une des grandes fenêtres trois panneaux de verre peint en grisaille rehaussée de jaune dans lesquels on reconnaît les débris d'une grande composition représentant le moulin eucharistique, une de ces allégories compliquées qui plaisaient à nos pères et que l'on retrouve, au seizième siècle, dans plusieurs églises en France et à l'étranger.

La fenêtre de la chapelle de la Sainte-Vierge renfermait un vitrail représentant la Vierge mère accompagnée de deux sibylles et l'Annonciation dans les compartiments supérieurs de la claire-voie.

Dans le collatéral nord, une verrière datée de 1539 représentait des scènes de martyre, une autre des scènes de l'Ancien Testament ; au collatéral sud, on admirait surtout un vitrail dit de l'Apocalypse, qui portait le chiffre et le croissant de Henri Il.

En 1789, plusieurs verrières peintes avaient été déjà remplacées par des verres blancs, les autres étaient déshonorées par des réparations incessantes confiées à des mains malhabiles ; mais malgré tout, la lumière chaude et colorée qui traversait les fenêtres des chapelles et se jouait sur les marbres et les ornements de cuivre doré des tombeaux, sur les décorations des autels des piliers, donnait à l'intérieur de notre église un air de richesse que nous avons peine à imaginer. Cette impression était accrue par tout ce qui remplissait, j'allais dire encombrait 113 l'église : le pavé n'était formé que de dalles funéraires de toutes sortes ; les chapelles des collatéraux, soigneusement fermées et toutes plus élevées que le, sol des nefs, étaient remplies par des autels en pierre et des monuments funèbres, quelques-uns de grandes dimensions. Dans la nef principale s'alignaient des bancs de chêne ornés de coquilles sculptées, des sièges et des bancs particuliers s'accrochaient de tous côtés aux piliers et aux colonnes, des chaises remplissaient les -rares intervalles restés libres. Le grand tableau représentant saint Michel surmontait les boiseries du chœur, au-dessus du maître-autel, et fermait en partie la fenêtre centrale, de nombreux tableaux étaient appendus aux murailles. Cette surabondance de décoration adventice et de mobilier n'était pas d'ailleurs particulière à Saint-Michel, ni à la ville de Dijon, on la retrouvait dans les autres paroisses dijonnaises comme dans la plupart des églises de France et de l'étranger. Elle résultait de l'intensité même de la vie paroissiale et explique la disparition de tant de richesses artistiques anciennes chaque génération voulait orner à son go–t église et chapelles, force était bien de supprimer les meubles anciens pour faire place aux nouveaux et laisser accès aux fidèles dans les nefs.

De tout ce mobilier abondant et luxueux, de toute cette opulente décoration, bien peu de chose subsiste aujourd'hui : trois dalles funéraires, deux tombeaux, quelques inscriptions, le maître-autel, l'autel de la chapelle Saint-Philippe, celui de la chapelle de la Sainte-Vierge transporté à la chapelle des Rois, 114 l'entourage du retable de cette dernière chapelle, deux tableaux : la copie du saint Michel de Raphaël et le martyre de saint Jacques le Majeur, ce qui reste de la décoration peinte de la chapelle des Gros, une peinture murale représentant la mort de la Vierge dans une chapelle du collatéral nord, les boiseries du chœur, du banc d'œuvre, la chaire, les tambours des portes, tout le surplus a disparu pendant la Révolution.

Supposons maintenant un visiteur pénétrant par la grande porte dans l'église Saint-Michel, vers 1789, et essayons de nous représenter ce qui passait alors sous ses yeux : sauf le parvis surélevé de trois marches, établi en 1777, pour ménager au-dessous un charnier, parvis qui a disparu en 1898, le portail apparaît dans son ensemble tel qu'il est aujourd'hui, seulement les niches des portes sont peuplées de statues et sur le chapiteau alors garni de tous ses pendentifs, se dresse une grande statue de saint Michel foulant aux pieds et menaçant de son épée le démon vaincu ; sur le bouclier de l'archange, on distingue les trois demi-vols d'or des armes des Laverne, la tête de la statue touche presque l'arc du tympan et ses ailes déployées masquant en partie le bas-relief du Jugement dernier.

Dès que notre visiteur a franchi le seuil de l'église, il est frappé par la multiplicité des statues, des tombeaux, des chapelles, des autels, des tableaux, multiplicité qui sollicite de tous côtés l'attention.

Au-delà du transept se dressent les nouvelles boiseries qui ferment les quatre arcades sur les chapelles 115 Saint-Philippe et de la Sainte-Vierge, et enveloppent de leurs hauts lambris les piliers à l'entrée du chœur.

Des boiseries semblables accompagnent le banc d'œuvre et la chaire, aux deux autres piliers de la croisée des nets. La chaire, plus ornée que les boiseries et d'un style un peu différent, porte sur la cuve des médaillons où sont sculptés en bas-relief les bustes du Christ et des évangélistes. Deux figures d'anges terminées en gaines supportent l'abat-voix très simple. Sur le dossier, le chiffre 1 H S au milieu d'une couronne de nuages rappelle l'origine de cette belle chaire ; elle vient de la chapelle du collège Godran, et Courtépée rappelle qu'elle avait été donnée par le P. le Compasseur, précepteur du prince des Asturies, fils de Philippe V, roi d'Espagne. ' Nous commençons la visite de l'église par le collatéral sud, côté de l'épître ; la première chapelle rencontrée est celle des Cinq-Plaies, fondée en 1531 par Jean Durand. On y accède par trois marches ; elle est fermée par une balustrade en pierre blanche ornée de pilastres, de médaillons, et surmontée de vases. On y voit un autel en pierre de forme carrée.' La deuxième chapelle boisée renferme le tombeau de Claude-François Jeannin, célèbre avocat dijonnais.

Son buste en marbre, l'une des meilleures œuvres du sculpteur Jean Dubois, surmonte une pyramide reposant sur un sarcophage de pierre polie adossé à un grand cadre appliqué, à une certaine hauteur, contre le mur ouest de la chapelle, en face de l'autel. Le cadre et le sarcophage sont décorés d'ornements de bronze doré ; deux génies, de chaque côté de la pyramide, pleurent le défunt dont une épitaphe latine célèbre éloquemment les l'autel, dans un retable en mérites et les vertus. Sur bois sculpté, est un tableau représentant la Vierge tenant l'enfant Jésus dans ses bras.

Dans la chapelle suivante, la troisième, se trouve un autel avec retable en pierre blanche disposé en trois étages. Au bas, des colonnes corinthiennes avec frise et corniches accompagnant un tableau ; au-dessus, un autre ordre ionique composé de huit-colonnes avec deux arcades cri plein cintre dans lesquelles la corniche fait perspective et trois niches.

Le troisième étage est formé de colonnes corinthiennes. Le, vitrail, de cette chapelle d'un fort bon dessin, dans le style de l'école de Raphaël, retrace des sujets de l'Ancien Testament.

La quatrième chapelle porte à la clé de voûte un écu qui pourrait être celui des Carmone, d'azur à trois coquilles d'or, qu'on retrouve au troisième pilier de la grande nef du côté de l'évangile. En face de l'autel est gravée sui- la muraille une très longue inscription énumérait les " suffrages, prières et oraisons que doivent dire et célébrer les vénérables curés, vicaires et chapelains de la présente église Saint-i4icliel, cri la présente chapelle et oratoire bastie et édifiée par Messieurs les Morelets, lors de la construction de ladite église ". La verrière très admirée qui garnit la -fenêtre, représente différentes scènes de l'Apocalypse, le jugement dernier précédé de ses signes. On y remarque deux H surmontées de la couronne royale et séparées par une lune en croissant qui rappellent le roi Henri Il.

117 La cinquième chapelle est celle de la famille Bernard de Sassenay qui y a sa sépulture, le tombeau est de marbre ; - il, y à un cadre sur lequel on, lit l'épitaphe, ce cadre supporte une 'urne- funéraire, le tout entouré de guirlandes de cyprès. Sur l'autel, on voit un tableau représentant Jésus-Christ déposé dans le tombeau, dans le lointain la ville de Jérusalem. Les principaux personnages ont des auréoles d'or ; dans un coin du tableau, l'un d'eux accompagné de son patron, saint Etienne, paraît être Bernard, conseiller du duc de Bourgogne dont l'épitaphe est vis-à-vis et qui est mort en 1513.

Dans la sixième chapelle joignant le transept, l'autel est orné d'un tableau peint sur bois, représentant la scène de la femme adultère, Jésus entouré de plusieurs personnages, écrit du doigt, à terre, en caractères romains : QUI SUNT QUI TE ACCUSANT, NEQUE EGO TE CONDEMNO, " où, sont ceux qui vous accusent ? Ni moi non plus je ne vous condamnerai. " Au bas du gradin, supportant, le tableau, on lit une inscription latine et la date 1545.

Au-dessus du tableau formant retable, en longueur, trois saints en pierre, celui du milieu est saint Jean-Baptiste ; portant, son agneau au bras un cœur percé de deux flèches ; - à droite et à gauche, saint Elie et saint Jean l'évangéliste. Au-dessous de ces deux saints, des écus aux armes des Moissons.

En face de l'autel se trouve appliqué à la muraille le cénotaphe de Charles de Brosses, premier président au Parlement, membre de l'Académie française, mort en 1777, à Paris, âgé de 67 ans. Le monument élevé à sa mémoire, par les soins de son fils, est l'œuvre du sculpteur Jérôme Marlet, l'auteur du mausolée de la première femme du président de Brosses à l'église Saint-Jean.

Le cénotaphe du président se compose d'un champ de marbre blanc portant gravée l'inscription suivante :

A LA MEMOIRE DE CHARLES DE BROSSES
PREMer PRESIDt AU PARLEMt DE DIJON
DE L'AC. DES INSC. ET BELLES LETTITES
DECEDE EN 1777 AGE DE 67 ANS :
ET CELLE DE SON EPOUSE MARIE JEANNE LEGOUZ DE St SEINE
DEC. UN AN APRES AGEE DE 32 ANS :
RENE AUGUSTIN DE BROSSES RESTE PAR LEUR MORT ORPHELIN DES L'ENFANCE.
DU MOMENT QU'AVEC L'AGE IL PUT SE MONTRER LEUR FILS
ELEVA CE. MONUMENT
NON SANS GEMIR
QUE CE TRIBUT FUT LE PREMIER DE SA PIETE FILIALE.
1789

Au bas de cette épitaphe, un cartouche en marbre blanc réunit dans un même écu les armes des familles de Brosses et de Saint-Seine ; au-dessus un enfant en pierre blanche soutient les portraits en médaillon de M. de Brosses et de sa femme. Ces portraits dont la ressemblance est très exacte, sont en marbre blanc, des attributs de magistrature décorent la partie supérieure du monument.

119 Dans le transept sud, la chapelle Jacob dite chapelle des diables s'étale sur la paroi orientale : deux grands pilastres interrompus par des niches renaissance garnies de statuettes, supportent une arcade formée de nuages dans lesquels volent des anges.

Au-dessus de l'autel de marbre, dans ce vaste cadre, entourée d'une bordure moulurée en pierre polie, on voit sculptée la chute des anges rebelles précipités en enfer par un saint Michel en haut relief. Des anges et le Père éternel dans les nuages dominent cette composition. C'est le président Jacob qui, vers la fin du dix-septième siècle, a substitué cette décoration due au ciseau de Jean Dubois, au curieux bas-relief de Jean Damotte qui, depuis 1535, formait la " contretable " de l'autel des Trépassés. Cette sculpture dans laquelle le réalisme de l'art du moyen âge s'alliait à l'élégance de l'art de la Renaissance, était très populaire à Dijon, et lui avait valu son nom de chapelle des diables : dans la partie inférieure n tableau, certains démons aux prises avec des serpents faisaient d'affreuses grimaces, à la grande joie des enfants qui admiraient en tremblant un peu. Des femmes impressionnables furent, dit-on, parfois épouvantées par ce spectacle effrayant et une fantastique légende souvent racontée depuis en prose et en vers, vint, en plein dix-huitième siècle, s'attacher à cette chapelle et augmenter encore sa célébrité.

Une inscription encastrée dans la muraille, au-dessous de la petite fenêtre, rappelle que François-Bernard Jacob, second président du Parlement de Dijon, fit orner cette chapelle à ses frais, y choisit sa sépulture et y fonda quatre messes par jour pour y être célébrées là perpétuité, à 10 heures, 10 -h. 1/2, 11 heures et l1h. 1/2, par quatre chapelains qui seront commis, par lui et ses successeurs suivant le contrat de fondation reçu Guenebaut, notaire à Dijon, le,20 août 1698.

En face de la chapelle Jacob est appendu le grand tableau de Nanini représentant le martyre de saint Jacques, le Majeur. Au-dessous et à côté de ce tableau, diverses inscriptions dont deux en lettres gothiques, rappellent des fondations. Au-delà du transept, derrière la chapelle Jacob, on rencontre la chapelle de Loysie ; les armes de cette famille, d'azur, au Filet enlacé d'or, sont sculptées aux quatre culs-de-lampe supportant la retombée des ares de la voûte, on les retrouve dans le vitrail et sur le grillage de fer qui le protège. Une élégante piscine de style gothique est encastrée dans-la muraille occidentale, en face de l'autel.

Dans le prolongement du collatéral sud, sel trouve la chapelle de Fyot de la Marche sur un riche autel de marbres de différentes couleurs, se dresse dans un retable orné de quatre colonnes accouplées, une statue- de saint Philippe par Jean Dubois, statue, qui disparaîtra, comme tant d'autres pendant la Révolution. Auprès de l'autel, du côté de l'évangile et contre la clôture du chœur est appliqué le grand monument élevé à la gloire de la famille Fyot de La Marche, par Etienne-Claude Fyot, le dernier abbé de Saint-Etienne. Ce monument attribué au père de François Devosge, se compose de deux parties au bas, une 423 porte entre quatre haches de licteur formant colonnes pour soutenir un entablement, au-dessus sur une table de marbre noir avec cadre de marbre rouge, une longue inscription en lettres d'or ; le tout entouré d'un manteau d'hermine et d'attributs de justice est surmonté d'une urne funéraire dans une niche ronde ornée de branches de cyprès.

Dans le chœur, on admire les nouvelles boiseries et l'autel de marbre qui, en 1763, ont remplacé les stalles de style renaissance cédées à l'église de Rouvres-en-Plaine et le vieil autel accompagné de la tour de cuivre où l'on avait si longtemps conservé le Saint-Sacrement. Au-dessus de l'autel, la copie du saint Michel de Raphaël dans son riche cadre sculpté et d'autres tableaux offusquent en partie les fenêtres de l'abside.

Si maintenant nous redescendons vers le grand portail, notre point de départ, en continuant la visite de l'église par le côté nord, nous rencontrons d'abord derrière la chapelle de la Sainte-Vierge, la chapelle des Gros ou d'Agey : bien déchue de son ancienne splendeur, elle n'existe, pour ainsi dire, plus que de nom et est devenue, malgré les impuissantes protestations des représentants des fondateurs, une succursale de la sacristie. Sans doute, elle conserve encore sa voûte avec ses clés ornées, les peintures couvrant ses murailles de trois côtés, les verrières de ses fenêtres avec les écus des familles Gros et de Plaines, son autel de pierre avec la statue de saint Jean l'évangéliste et sa charmante piscine, mais le banc des fondateurs a disparu, leurs armes surmontées l'intérieur de la chapelle et surtout celle-ci n'est plus ouverte largement sur le chœur : un mur mi a fermé l'arcade qui faisait d'elle une dépendance du sanctuaire et est venue remplacer l'élégante balustrade en bois qui seule l'en séparait ; sous prétexte de symétrie, il n'a été laissé à la chapelle, dans la nouvelle boiserie du chœur, qu'une porte avec ventaux, en tout semblable à celle' de la sacristie qui lui fait face, du côté de l'épître.

Dans la chapelle de la Sainte-Vierge, une balustrade ferme le sanctuaire qui s'avance arrondi ; au-dessus d'un autel en marbres de différentes couleurs, dans une niche se trouve une Vierge plus grande que nature tenant, sur le bras droit, l'enfant Jésus, elle est l'œuvre du sculpteur Bizac. Le retable richement doré se compose de pilastres cannelés avec bases, chapiteaux, architrave, frise corniche et fronton. La frise est décorée de têtes de chérubins dorées.

A droite et à gauche de l'autel, il y a des portes : l'une, du côté de 1'évàngile, donné accès dans la chapelle des Gros, l'autre est simplement figurée au-dessus de ces deux portes sont pratiqués deux attiques avec imposte faisant corniche décorée de fleurons, de trophées, d'attributs et de guirlandes.

La chapelle voisine, à l'est du transept nord, est sous le vocable des Rois Mages, elle a été, fondée par la famille de Cirey comme le prouvent une belle pierre tombale et une inscription assez longue, en écriture gothique, rappellent la fondation par Guillemette £l25 Jacqueron, veuve de Bénigne de Cirey, de grand'messes qui doivent être chantées, dans cette chapelle. à certaines fêtes déterminées.

Cette chapelle était le siège de la Confrérie des Rois établie à Saint-Michel en 1550. Un long bas-relief en pierre blanche en décore le pourtour. Sur l'autel un tableau rappelant la manière de Van der Meulen représente l'Adoration des Mages : la Vierge soutient l'enfant Jésus que deux rois adorent genoux, le roi noir seul se tient debout. Derrière à genoux, lui on voit agenouillés, Louis XIV, en habits royaux, puis le dauphin en habits de cour, enfin une femme portant dans ses bras un enfant an maillot, sans doute le duc de Bourgogne ; ces figures ont un pied de haut.

Dans cette chapelle se trouve la tombe de Bénigne Milletot, conseiller d'Etat et conseiller au Parlement, mort le 7 septembre 1640. Il était latin de saint François de Sales qui l'appelait son frère.

Dans le transept nord, où se trouve aujourd'hui la chapelle Saint-Pierre, celle du Dieu de pitié, entourée d'une grille de fer, l'ait pendant à la chapelle Jacob du transept sud. L'autel de forme carrée, en pierre polie de Dijon, a deux gradins et un tabernacle ; le devant de l'autel, les côtés, le remplissage des tables sont en marbre noir. Des pilastres forment l'arrière-corps de l'autel, une statue ancienne, peinte, représente le Christ après la flagellation, assis, les mains liées. C'est le Dieu de pitié tel qu'on le retrouve à Selongey et dans le cimetière entourant l'église de Chambolle-Musigny.

En face de cette chapelle du Dieu de pitié, au banc de la Confrérie des Rois, un petit tableau très médiocre, l'Adoration des Mages, au-dessus une grande toile représentant la Cène.

La sixième chapelle du collatéral nord joignant le transept appartient à la famille Gagne qui y a apposé ses armes de tous côtés. On y admire la belle verrière où Evrard Bredin, l'artiste dijonnais, a peint le crucifiement, et le tombeau du président Antoine Gagne, baron de Paumiers, seigneur de Perrigny, mort le 23 juin 1680, et de Jacqueline Gonthier, son épouse. C'est un important monument dont un dessin du fonds de Bourgogne à la Bibliothèque nationale nous a conservé l'aspect. Il se compose d'un soubassement élevé, flanqué de deux ornements de bronze avec guirlandes de fleurs, et d'un sarcophage en pierre de Brochon supporté par des pattes de lion en bronze. Sur ce sarcophage, deux statues en pierre blanche représentent agenouillés sur des coussins le président avec les insignes de sa charge, l'hermine et le mortier qu'il tient à la main, et sa femme, les mains jointes, bras nus, dans le riche costume du temps. Entre le soubassement et le sarcophage, dans un médaillon circulaire en cuivre doré, sur le manteau d'hermine un écu supporté par deux licornes, timbré du mortier et d'une couronne, renferme les armes des défunts. Une épitaphe rappelant les dignités des ancêtres est appliquée à un pilier dans un cadre de marbre, en dehors de la chapelle presque entièrement remplie par l'autel et le tombeau.

Dans la chapelle voisine, la cinquième, dite £ 127 chapelle des Martin, un tableau peint sur bois sert de retable à un autel de pierre de forme carrée ; le vitrail représente divers sujets tirés de l'Ancien Testament.

On remarque, dans cette chapelle, un tableau votif, renfermant plusieurs personnages vêtus de noir, à la mode du seizième siècle ; au-dessous de ce tableau on lit l'inscription suivante : " Cy dessous gist très débonnaire personnage Me Bénigne Martin, avocat à la Cour... dix May... et véquit 72 ans. Mort le 29 avril jour de la Nativité 1573. Depuis lequel temps sont décédées ses deux filles du corps de demoiselle Huguette Chapelain sa deuxième femme à scavoir Marguerite âgée de 24 ans la douleur des siens le 26 juillet suivant en fleur de virginité et Jeanne Martin de 32 ans accompagnant ses quatre enfans le 26 novembre dudit an. " Nous trouvons ensuite la chapelle de la famille La Verne. Elle renferme un autel de forme carrée en pierre, surmonté d'une grande, statue de la Vierge en albâtre : c'est une sculpture bourguignonne de l'école de Claus Sluter. La Vierge porte l'enfant Jésus sur le bras, sous ses pieds est un croissant ; des restes de polychromie apparaissent en plusieurs points, mais les couleurs là où elles ont subsisté, ont été très affaiblies par le temps, les bords des draperies laissent voir des traces de dorure.

Cette statue est entourée d'une décoration architecturale peinte lui formant une niche simulée. Au-dessous on lit l'inscription suivante empruntée au livre' de l'Ecclésiastique : " Quasi flos rosarum in diebus vernis", allusion à la devise des La Verne, Vernum tempus que l'on retrouve sur le devant de l'autel. Au-dessus de la niche et du retable figuré qui l'encadre jusqu'à la voûte, la -muraille est couverte par une peinture représentant la mort de la Sainte Vierge La composition qui n'est pas sans mérite, est divisée en deux parties : à la pointe de l'arc formeret, la Sainte Trinité dans les nuages, au bas la Vierge étendue sur un lit meurt, entourée des apôtres. Deux cierges sont allumés, au pied de la couche funèbre, un bénitier avec un goupillon est placé au premier plan sur le -dallage de marbre. Les personnages sont groupés avec art, les draperies un peu conventionnelles ne manquent pas de noblesse.

Plusieurs membres de la famille La Verne sont inhumés dans le caveau ou charnier de cette chapelle, On remarque appendu à la muraille le portrait en pied, moins grand que nature, de Bénigne La Verne, second président au Parlement, qui siégea quarante-neuf ans dans cette compagnie. Une inscription rappelle qu'en 1583, il donna deux cents écus pour faire, blanchir l'église. Plusieurs autres personnages de la famille La Verne figurent accompagnés de leurs patrons dans le vitrail qui porte la date de 1537.

Dans la troisième chapelle se trouve un groupe en pierre, sainte Anne enseignant à lire à la Sainte Vierge, et la pierre tombale de Guiénot Hardi et de sa femme.

La chapelle suivante, celle des Fonts, est en réalité la dernière que nous ayons à visiter, car la première, sous la tour, d'ans laquelle on voit un vieux tableau médiocre et en mauvais état représentant la Mère de douleur, bien qu'elle ait un autel, est moins une chapelle qu'un réduit donnant accès à des latrines ménagées dans le massif du portail. Pour aérer ce local mal odorant, l'architecte a ménagé, dans la muraille, une petite ouverture à laquelle le sculpteur s'est plu à donner, à l'extérieur, l'apparence d'une gueule de diable rappelant celle qui, dans les théâtres servant à la représentation des mystères an moyen âge, figurait la porte de l'enfer.

Revenons à la chapelle des Fonts pour y signaler, au-dessus de l'autel, un tableau représentant le Baptême du Christ par saint Jean-Baptiste, tableau sur lequel on lit ces mots : Desid. Louet faciebat, anno 1753.

Avant de quitter l'église, il faut encore jeter un coup d'œil sur les voûtes du chœur et de la croisée du transept qui attirent l'attention par leurs nervures et les clés pendantes qui les décorent, particulièrement celles qui entourent la large ouverture circulaire ménagée pour la montée des cloches ; notons encore les différents autels décorés de statues et de tableaux adossés aux piliers de la grande nef. Il fut un temps où chaque pilier avait sa chapelle avec sa balustrade et toutes ces clôtures avaient des inconvénients ; peu à peu certains autels laissés à l'abandon furent supprimés. Parmi ceux qui subsistent encore, les plus vénérés sont ceux de sainte Anne et de l'ange gardien, sièges de deux confréries restées populaires, et l'autel du Grand placé derrière le banc d'œuvre. Son nom lui venait de son fondateur Guillaume Legrand, qui, en 1543, comme le rappelait une longue inscription 9 gravée sur une lame de cuivre, avait donné avec Thomasse de Cirey, sa femme, somme suffisante pour assurer notamment la célébration d'une messe quotidienne sonnée pendant une demi-heure, à six heures du matin.

Ces autels des piliers contribuaient à donner à l'église un aspect très différent de celui qu'elle présente aujourd'hui. Nous verrons, dans le chapitre suivant, comment la Révolution a, sans respect pour la sainteté du lieu, et sans aucun souci des intérêts de l'histoire et de l'art, profané l'église Saint-Michel et fait brutalement le vide dans ses nefs.