L'EGLISE SAINT-MICHEL DE DIJON

Etienne METMAN

Sub tutela Michaelis Pax in terra, pax in coelis.

ADAM DE SAINT-VICTOR.

DIJON LIBRAIRIE RATEIL-COTOSSET Rue Vaillant, 11
1914

L'EGLISE SAINT-MICHEL DE DIJON

Sommaire

CHAPITRE PREMIER Les origines de l'église Saint-Michel.

L'église Saint-Michel de Dijon, dont l'origine est fort ancienne, ne fut d'abord qu'une modeste chapelle, située dans un cimetière, en dehors et tout auprès de l'enceinte de la ville romaine. Cette ville était un simple camp, le camp dijonnais, le Castrum divionense des savants, entouré de hautes murailles munies de tours dont une existe encore au fond du jardin de l'ancien hôtel des Fyot, rue Amiral-Roussin, no 23 ; ce camp occupait, au centre du Dijon actuel, le très petit espace circonscrit par une ligne suivant la muraille nord du palais des dues, place des Ducs-de-Bourgogne, passant derrière le théâtre, rue Longepierre, traversant la rue Vaillant, à la hauteur de l'entrée du chur de l'ancienne église Saint-Étienne, gagnait la rue Chabot-Charny pour la traverser à la hauteur du numéro 55, coupant la rue Hernoux, la rue Amiral-Roussin au numéro 40, pour revenir par les rues Jules-Mercier et Porte-aux-Lions, au palais des ducs, notre point de départ.

Le premier et longtemps le seul cimetière chrétien de Dijon s'étendait à l'ouest de la ville, là où s'élèvent aujourd'hui les églises Saint-Bénigne, Saint-Philibert et Saint-Jean. Plus tard, les chanoines de Saint-Étienne finirent, malgré l'opposition des moines de Saint-Bénigne, par établir un nouveau cimetière dans le voisinage et dans la dépendance de leur abbaye, mais en dehors de la muraille de la ville. C'est dans ce cimetière que fut très anciennement construite une chapelle dédiée à l'archange saint Michel qui, au moyen âge, figure presque toujours dans les représentations du Jugement dernier, tenant la balance pour peser les âmes et fixer leur destinée éternelle.

La première mention connue de l'église Saint- Michel se trouve dans un acte des archives de l'abbaye de Saint-Etienne, daté de l'année 889. Cet acte constate la donation d'une vigne située à Sennecey, et cette vigne donnée à l'abbaye est désignée comme joignant, d'un coté, une terre appartenant à l'église Saint-Michel. Peu après, en 897, un autre acte des mêmes archives mentionne la donation d'une vigne et d'un champ, faite par le prêtre Amalbert "à la très sainte basilique de Saint-Michel construite près du mur de Dijon ".

L'évêque de Langres, suivant l'usage de l'époque, prélevait une partie des revenus provenant des oblations faites dans les églises de son diocèse dont Dijon faisait alors partie. Or, en 1098, Robert, évêque de Langres, frappé de l'exiguïté des ressources de l'abbaye de Saint-Étienne, lui céda ses droits sur l'église Saint-Michel qui est située près des murs du Castrum. Cette donation fut confirmée, en 1178, par un autre évêque de Langres, Gauthier, qui concéda à l'abbé de Saint-Etienne, le droit de nommer directement les desservants des églises dépendant de l'abbaye, parmi elles se trouvait l'église Saint-Michel. Celle-ci nous apparaÎt donc, dès l'origine, comme se rattachant à l'abbaye de Saint-Etienne, et jusqu'à la Révolution, c'est l'abbé de Saint -Etienne, puis l'évêque de Dijon, mais seulement comme étant aux lieu et place de cet abbé, qui nommeront le vicaire ou curé de Saint-Michel.

A l'origine, le culte était assuré, dans la paroisse, par des religieux de Saint-Etienne choisis par l'abbé ; on les qualifiait de foraine ou étrangers, parce qu'ils quittaient leur monastère dont on voit encore la porte, à l'entrée de la cour de l'Ancien-Evêché, rue Chabot- Charny, no 79, pour aller, sous la direction de l'un d'eux nommé recteur du peuple, vicaire ou curé, habiter une maison longtemps appelée le vieux couvent. Elle se trouvait rue des Ribouteaux, devenue plus tard la rue Chanoine, aujourd'hui rue Jeannin, où l'on voit encore (no 35 à 39) un vieux logis dont le premier étage en pans -de bois, soutenu par des encorbellements de pierre, repose sur une longue poutre sortant de la gueule de deux dragons sculptés à ses extrémités.

On ne sait rien de précis sur la première église Saint-Michel bâtie dans le cimetière voisin de la muraille de la ville : c'était une modeste chapelle, peut-être construite en bois. Au commencement du onzième siècle, elle se trouva insuffisante pour contenir les fidèles d'un quartier où plutôt' d'un faubourg qui avait pris un certain développement, et, à cette époque, l'abbé de Saint-Etienne, Garnier de Mailly, entreprit de la remplacer par une église plus convenable et plus vaste. Il lui donna 180 pieds, soit 58m44 de longueur, et 30 pieds, soit 9m 74 de largeur ; elle fut consacrée, en 1020, par Lambert, évêque de Langres, et Garnier de Mailly y fut inhumé en 1051.

Deux dessins de la fin du quinzième siècle, reproduits par la gravure, au commencement du dix-neuvième, nous ont conservé de précieuses indications sur l'aspect extérieur de cet édifice tel qu'il était, quatre siècles et demi après sa construction, au moment où l'on allait le démolir pour bâtir l'église actuelle.

L'un de ces dessins nous montre la vieille église vue de la place Saint-Michel un cimetière fermé de murs entoure l'édifice, une tour octogone terminée par une pyramide en charpente s'élève au-dessus du transept. Des absides semi-circulaires, dont deux seulement sont visibles dans le dessin, terminent les trois nefs. Du côté du portail, à l'ouest, lés deux premières travées sensiblement plus large : et plus élevées sont flanquées de trois contreforts surmontés, d'une sorte de pilastre supportant une boule. Ces deux travées très différentes du reste de l'édifice sont dues à la générosité d'un bourgeois de Dijon, Guyenot Hardy, dont on voit encore, à Saint-Michel, la tombe très usée, dans la chapelle joignant celle des Fonts, au collatéral nord. Une charte d'octobre 1388 nous apprend qu'il avait, de ses deniers, fait élargir la vieille église d'une toise environ, depuis la galerie ou théâtre jusqu'à son entrée du côté du couchant.

Le second dessin nous a conservé les dispositions du portail de, l'église : il se compose d'un pignon percé de trois portes en plein cintre, celle du milieu est séparée en deux par un pilier au-devant duquel se dresse une petite colonne avec chapiteau, juste au point où nous voyons aujourd'hui la statue de saint Michel. Cinq colonnettes reçoivent la retombée des voussures, de chaque côté des portes auxquelles conduit un emmarchement de six degrés ; car, alors comme aujourd'hui, le sol de l'église était sensiblement plus élevé que celui de la rue.

Sur différents points de ce dessin, un inconnu, probablement l'architecte de l'église actuelle, a écrit de brèves mentions pour indiquer des modifications par lui proposées ; nous en reparlerons à propos de la décoration du porche de Saint-Michel sur laquelle ces mentions jettent quelques lumières.

Ce que l'on sait de l'histoire de notre église jusqu'au seizième siècle se réduit à peu de chose, les invasions des Normands, les guerres, l'incendie qui, en 1137, détruisit une partie de la ville de Dijon, ont fait disparaÎtre beaucoup de titres et de documents. Voici cependant quelques faits dont les cartulaires de Saint-Étienne nous ont conservé le souvenir.

En 1290, frère Bonaventure, vicaire général du chapitre de Langres, consacre, dans l'église Saint-Michel, un autel en l'honneur de la sainte Vierge et de sainte-Marguerite. Philippe Lelavier, bourgeois de Dijon, et sa fille, Jeanne, fondent, à cet autel, une messe quotidienne. A cette époque, le service religieux dans les paroisses n'était pas organisé comme maintenant, et la piété des fidèles se manifestait volontiers par des fondations de messes ou d'offices célébrés dans tel ou tel sanctuaire, les revenus des biens donnés devaient assurer à perpétuité l'accomplissement de la volonté des fondateurs. Mais l'expérience montre combien l'homme se trompe en croyant régler un long avenir, lui qui n'est pas même sûr du lendemain ! A ce point de vue, la fondation Lelavier est instructive : ses revenus devinrent, avec le temps, insuffisants pour assurer la célébration de la messe quotidienne que Philippe Lelavier avait entendu fonder à perpétuité. Deux autres bourgeois de Dijon, Jean et Garnier Griffon, le 15 septembre 1364, firent une nouvelle donation à l'église Saint-Michel, pour essayer de consolider la fondation primitive et nommèrent chapelain Jean Gillot dit Pitoul, qui fut chargé de la célébration de la messe quotidienne. Malgré cette nouvelle libéralité, en 1479, lors d'une visite de l'église Saint-Michel, l'abbé de Saint-Etienne trouvait l'autel consacré en 1290 presque en ruine et constatait que la fondation perpétuelle avait disparu.

Le 4 mai 1469, un abbé Parant et un marchand, Jean Tisserand, sont autorisés, par l'abbé de Saint-Etienne, moyennant certaines conditions, à établir, à Saint-Michel, un autel dédié à saint Sulpice.

Les renseignements sur la décoration intérieure de l'ancienne église Saint-Michel sont rares et peu précis. Cependant, un contrat passé entre le curé de Saint-Michel, Jean Champonet et Henri Bellechose, peintre du duc de Bourgogne, nous donne quelques indications sur le maître-autel de notre église, en 1429. D'après ce marché, conservé dans un vieux registre sur lequel un notaire dijonnais griffonnait ses minutes, il y avait alors, au-dessus de l'autel principal, une niche ou tabernacle renfermant une statue de l'archange saint Michel terrassant le démon. Cette niche devait être peinte en or et en bleu, la statue de diverses couleurs. Enfin, Henri Bellechose, par le même acte, s'engageait à exécuter, pour le maÎtre- autel, un retable représentant Notre Seigneur avec les douze apôtres et un parement sur lequel serait peinte l'Annonciation.

Le souvenir de certains objets qui ont passé de l'ancienne église dans la nouvelle, est venu jusqu'à nous ; nous savons qu'il y avait à Saint-Michel une statue de la Vierge attribuée à Claus Slutter et un Dieu de pitié très vénéré qui est resté dans l'église jusqu'à la Révolution.

Enfin, dans l'église construite par Garnier de Mailly, on conservait les saintes espèces dans une tour en cuivre placée à côté de l'autel. Ce monument existait encore au commencement du dix-huitième siècle ; il était fort ancien et son antiquité comme l'usage auquel il avait été consacré si longtemps, auraient du en assurer la conservation ; il a cependant disparu du chur de l'église Saint-Michel, sans qu'on ait même songe a en garder un dessin ou une description.

 

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